Nous avons retenu les sociétés de plus de 5 MdsUSD de capitalisation, avec au moins 6/10 en Qualité et en Croissance du chiffre d’affaires. Le momentum complète notre filtre : les titres devaient être positifs sur 6 mois, 1 an et 3 ans. L’idée est de faire ressortir des entreprises solides, en croissance, et encore soutenues par le marché.

Screener Zonebourse
Eaton : l’électricité comme point de passage
Avant de parler d’IA, de data centers ou de réindustrialisation, il y a un sujet plus basique : l’installation électrique doit tenir. Les Etats-Unis ajoutent des machines, rénovent des bâtiments, construisent des centres de données. Tout cela demande plus de puissance, mieux distribuée, avec moins de coupures. Eaton se place précisément là.
Le groupe fournit des équipements de distribution, de protection et de gestion de l’énergie pour les bâtiments, les usines, les infrastructures et les centres de données. Son histoire a commencé loin de l’électricité : en 1911, Joseph Eaton travaillait sur un essieu de camion, au moment où l’Amérique développait son transport routier. Depuis, le produit a changé, mais l’idée reste proche : intervenir sur une pièce technique, peu visible, indispensable quand l’échelle augmente.
Aujourd’hui, cette échelle est américaine et électrique. Les Etats-Unis représentaient 62% des ventes en 2025, et Electrical Americas, la branche qui regroupe les activités électriques du groupe sur le continent américain, pesait déjà 48% du chiffre d’affaires. Le marché suit, avec un titre en hausse d’environ 27% depuis le début de l’année. Surtout, Eaton transforme cette demande en cash : le flux de trésorerie libre a plus que doublé depuis 2021, pour atteindre 3,6 MdsUSD en 2025, soit environ 13% du chiffre d’affaires. Les analystes attendent 38,5 MdsUSD de revenus en 2028 contre 27 MdsUSD en 2025. Signe que le thème de l’électrification garde de la profondeur.
La valorisation invite toutefois à ne pas s’emballer : autour de 35 fois les bénéfices attendus 2026, Eaton se paie au-dessus de Schneider Electric, Siemens ou Legrand. Mais c’est aussi ce qui résume le profil : le marché paie une valeur déjà installée au cœur de l’électrification américaine. Pour un portefeuille PEA qui cherche une exposition industrielle aux Etats-Unis, Eaton apporte une brique claire : les équipements qui permettent aux usines, bâtiments et data centers d’absorber plus de puissance sans fragiliser leurs installations.
Trane Technologies: le froid redevient un sujet de croissance
Trane fait partie de ces entreprises dont le métier semble banal, jusqu’au moment où l’on regarde ce qui se passe derrière. Le groupe vend des systèmes de chauffage, de ventilation, de climatisation et de réfrigération. Une activité ancienne, héritée notamment des travaux de Reuben Trane sur les convecteurs, mais revenue au premier plan avec les data centers, les hôpitaux, les entrepôts alimentaires et les usines automatisées.
Dans ces sites, la température n’est pas un détail. Elle conditionne le bon fonctionnement des machines, la conservation des stocks, la continuité de service et la consommation d’énergie. C’est ce qui rend Trane intéressant aujourd’hui : le groupe ne vend pas seulement du froid, il vend de la fiabilité à des infrastructures qui supportent de moins en moins les interruptions.
Le lien avec notre sélection se fait naturellement : environ 80% du chiffre d’affaires venait des Amériques en 2025. La dynamique suit aussi en Bourse, avec un titre en hausse d’environ 17% depuis le début de l’année. Dans les comptes, la trajectoire reste solide : 14 MdsUSD de revenus en 2021, 21 MdsUSD en 2025, et 27 MdsUSD attendus en 2028. La marge EBITDA est passée de 17% à 20% sur la période. Trane grandit, avec une rentabilité qui progresse en même temps.
La valorisation reflète cette qualité. A environ 31 fois les bénéfices attendus de 2026, le groupe se traite proche de Johnson Controls ou Carrier, mais au-dessus de Daikin ou Lennox. Ce niveau de prix laisse peu de place à l’approximation, mais Trane arrive avec une trajectoire lisible : des revenus en hausse, une marge en progression et une forte exposition aux Amériques. Dans notre sélection, elle prolonge naturellement Eaton : plus l’Amérique électrifie ses infrastructures, plus elle doit contrôler la chaleur qu’elles dégagent.
Linde : l’air comme matière première
Linde est le plus discret des trois. Après l’électricité d’Eaton et le refroidissement de Trane, on passe aux gaz industriels. Le sujet paraît moins immédiat, mais il touche une foule d’usages du quotidien industriel : produire, conserver, purifier, soigner. Linde fournit aux entreprises des éléments qu’elles utilisent tous les jours, souvent bien avant le produit final.
Le groupe vient d’une idée assez brillante : prendre l’air, le séparer, en extraire des gaz utiles, puis les livrer aux secteurs qui en ont besoin. Carl von Linde a contribué à industrialiser ce savoir-faire. Aujourd’hui, le principe reste le même, mais à une autre échelle. Un fabricant de puces a besoin de gaz très purs. Un industriel utilise de l’azote ou de l’hydrogène. L’agroalimentaire, la chimie ou les métaux consomment aussi ces molécules au quotidien.
L’intérêt de Linde vient justement de cette dispersion : la société avance avec plusieurs industries à la fois, sans dépendre d’un seul moteur. Les Amériques sont son premier bloc géographique, avec 15 MdsUSD de ventes en 2025, sur 34 MdsUSD de chiffre d’affaires total. Les analystes attendent 40 MdsUSD en 2028, et le titre gagne environ 19% depuis le début de l’année.
Le profil financier explique aussi pourquoi le marché s’y intéresse. En 2025, Linde affichait 39,3% de marge EBITDA et transformait près de 15% de ses revenus en flux de trésorerie libre. La valeur se traite autour de 31 fois les bénéfices attendus, au-dessus d’Air Products ou SOL S.P.A. Linde apporte au trio le profil le plus régulier : moins exposé à un seul chantier, plus présent dans les usages quotidiens de l’industrie. Pour un PEA orienté vers l’Amérique, c’est une façon de jouer les besoins récurrents de l’industrie, de la santé, de l’électronique ou de l’agroalimentaire, sans dépendre d’un seul moteur de croissance.
























