Ce différend commercial et technologique, centré sur la propriété intellectuelle, s’ajoute aux difficultés déjà rencontrées par l’industrie automobile, confrontée aux tarifs douaniers américains et aux restrictions chinoises sur les terres rares. Il souligne une fois de plus la vulnérabilité des constructeurs face aux tensions croissantes entre la Chine et l’Occident.
Depuis septembre, Pékin interdit l’exportation des produits finis de Nexperia fabriqués en Chine. Cette mesure fait suite à la décision du gouvernement néerlandais de prendre le contrôle du groupe, invoquant le risque de transferts technologiques vers sa maison mère chinoise, Wingtech, une société identifiée par les Etats-Unis comme une menace potentielle pour la sécurité nationale.
"Ce n’est pas un petit problème, c’est un gros problème", a déclaré Guillaume Cartier, Chief Performance Officer de Nissan, en marge du Japan Mobility Show à Tokyo. "Pour l’instant, nous n’avons pas de visibilité complète." Le constructeur affirme être approvisionné jusqu’à la première semaine de novembre. Mais au-delà des fournisseurs de rang 1, il devient difficile de suivre la situation plus en aval dans la chaîne d’approvisionnement, a-t-il précisé.
Mercedes-Benz cherche désormais des alternatives à travers le monde, a indiqué son PDG Ola Kaellenius, tout en reconnaissant l’incertitude sur l’évolution du dossier.
Au Brésil, un important centre de production automobile, certaines usines pourraient être contraintes d’arrêter leurs lignes d’ici deux à trois semaines si la crise persiste, a alerté mardi un responsable local. Le gouvernement brésilien a entamé des discussions avec les autorités chinoises pour tenter de débloquer la situation.
Pourquoi les Pays-Bas ont-ils "saisi" Nexperia ?
En septembre, les autorités néerlandaises ont décidé de prendre le contrôle de Nexperia, un fabricant de puces, face à des soupçons de démantèlement de ses activités européennes au profit de la Chine. Selon des sources concordantes, l'ancien PDG Zhang Xuezheng, également fondateur de la maison mère chinoise Wingtech, projetait de supprimer 40% des effectifs en Europe et de fermer un centre de R&D à Munich. Avant sa suspension par la justice néerlandaise le 1er octobre, Zhang aurait déjà transféré des secrets industriels de l’usine britannique de Manchester vers la Chine, ainsi que du matériel en provenance du site de Hambourg.
Cette affaire a déclenché un bras de fer entre La Haye et Pékin, provoquant l’inquiétude de plusieurs constructeurs automobiles internationaux, confrontés au risque de pénurie de puces. Bien que les composants produits par Nexperia soient simples, ils sont indispensables à l’électronique embarquée des véhicules. En réaction à la décision néerlandaise, la Chine a bloqué, dès le 4 octobre, les exportations de Nexperia depuis ses usines locales. Le gouvernement néerlandais espère désormais parvenir à un compromis avec Pékin pour restaurer une gouvernance conjointe de l’entreprise.
Nexperia, une entreprise peu connue en-dehors de l'automobile, a largement occupé les débats lors des résultats trimestriels du secteur. Zonebourse a identifié 16 conférence-calls avec les analystes mentionnant la société néerlandaise, chez des acteurs comme Forvia, OPMobility, CIE Automotive, Visteon, STMicroelectronics, Ford Motor, Porsche AG ou NXP Semiconductors.


















