Pourquoi les agences de notation attendent-elles le vendredi soir pour actualiser leur notation, alors que tout le monde (du moins en Europe) est déjà parti en week-end ?

L’idée derrière ce calendrier, c’est de laisser le temps aux marchés de "digérer la nouvelle", et donc éviter les réactions trop brutales à l’ouverture. Un objectif parfaitement rempli dans le cas de la France.

Vendredi soir, l’agence Fitch a annoncé avoir dégradé la note de la France, de AA- à A+. Et ce matin, le CAC 40 ouvre en hausse d’environ 0.5%, quand le 10 ans français est au même niveau que vendredi, à 3.5%.

Indicateur retardé

Au-delà du calendrier, l’absence de réactions traduit surtout le fait que cette décision ne fait qu’acter une situation connue de tout le monde, à savoir des finances publiques dégradées et une difficulté à prendre des mesures pour adresser le sujet compte tenu de l’instabilité politique.

Les agences de notation sont un peu un indicateur retardé et le marché a déjà "fait le travail" lorsqu’une dégradation intervient.

En témoignent les spreads de taux par rapport aux autres pays de la zone euro. Ces derniers jours, le rendement sur le 10 ans français a dépassé celui sur le 10 ans italien, alors que la note de crédit de l’Italie (BBB) est plusieurs crans en-dessous de celle de la France.

Avant cela, la France empruntait déjà plus cher que l’Espagne (dont la note a été relevée à A+, en même temps que la dégradation de la France), le Portugal, et la Grèce. Conclusion : le marché ne considérait déjà plus la France comme un pays AA.

La perte d’un statut ?

Après Fitch, qui est souvent considéré comme précurseur parmi les agences, Moody's et S&P Global, réévalueront leur note en octobre et novembre. Une dégradation est donc probable mais il ne faut pas s’attendre à plus de réactions que pour celle de Fitch.

Sur le fond, la problématique reste toujours la même pour la France : faire voter un budget qui permet de réduire le déficit, dans une assemblée divisée en trois blocs.

Sébastien Lecornu réussira-t-il là où Michel Barnier et François Bayrou ont échoué ? Rien n’est moins sûr car le nouveau Premier ministre ne dispose pas d’une meilleure assise à l’Assemblée Nationale. Et un compromis semble difficile à trouver, d’autant que Jean-Luc Mélenchon, comme Marine Le Pen désormais, poussent pour une nouvelle dissolution.

Mais rien n’indique qu’une majorité plus claire puisse émerger d’une nouvelle élection. L’instabilité politique risque donc de perdurer, alors que la dégradation des finances publiques nécessite des mesures substantielles. Le déficit public devrait s’établir à 5.4% du PIB en 2025, soit le niveau le plus élevé de la zone euro.

Tout cela arrive à un moment où l’Allemagne devrait émettre davantage de dettes pour financer son plan de relance. Or, pendant des années la France a bénéficié du fait que l’Allemagne n’émettait pas de dette. Les investisseurs devaient donc se reporter sur les OAT. Une demande supplémentaire qui a permis de contenir les taux d’intérêt français.

D’ores et déjà, le statut d’actif sans risque des OAT est remis en cause. Selon une analyse de Goldman Sachs, plusieurs entreprises empruntent désormais à des taux plus faibles que celui de l’Etat français, notamment L’Oréal, Airbus et Axa.