Les élections locales de jeudi en Grande-Bretagne sont sous le feu des projecteurs pour les investisseurs obligataires mondiaux, qui craignent qu'une contre-performance du Parti travailliste au pouvoir n'ouvre la voie à une contestation indésirable du leadership et ne ravive les inquiétudes sur un dérapage budgétaire.

Les coûts d'emprunt du Royaume-Uni restent les plus élevés parmi les économies développées et ont connu la plus forte progression depuis le début de la guerre en Iran, compte tenu de la vulnérabilité du pays à la hausse des prix de l'énergie. Toute nouvelle augmentation accentuerait la pression sur les finances publiques.

Voici les points clés pour les marchés :

QUE SURVEILLERONT LES INVESTISSEURS ?

Le Labour devrait, selon les prévisions générales, subir de lourdes pertes au profit des populistes de droite de Reform et du Parti Vert (gauche) lors des scrutins pour les collectivités locales anglaises et les parlements écossais et gallois.

Les investisseurs se concentreront probablement sur l'ampleur de la défaite et sur la question de savoir si elle amènera les législateurs à remettre en question l'avenir du Premier ministre Keir Starmer.

Les anticipations d'un remplacement à terme de Starmer, dont les sondages montrent qu'il est devenu profondément impopulaire, se sont intensifiées.

Cette spéculation s'est accrue après le scandale entourant la nomination de Peter Mandelson comme ambassadeur aux États-Unis, limogé en septembre dernier après qu'une série de courriels a révélé la profondeur de ses liens avec le défunt délinquant sexuel américain Jeffrey Epstein.

Les cotes sur la plateforme de paris Polymarket indiquent une probabilité de moins de 10% pour un départ immédiat de Starmer, mais celle-ci grimpe à près de 70% d'ici la fin de l'année.

COMMENT RÉAGIRONT LES MARCHÉS OBLIGATAIRES ?

Cela dépendra de l'ampleur de la défaite travailliste.

Beaucoup de mauvaises nouvelles sont déjà intégrées dans les cours des gilts ; une vente massive après le vote nécessiterait donc un résultat 'catastrophique', estime Craig Inches, responsable des taux et de la trésorerie chez Royal London Asset Management.

Un résultat meilleur que prévu pour le Labour pourrait provoquer un rallye de soulagement, ajoute M. Inches, qui est positionné pour une baisse des rendements des gilts.

QUEL EST LE RISQUE À PLUS LONG TERME ?

Une nouvelle hausse des rendements, en particulier sur les échéances longues.

Les craintes inflationnistes depuis le début de la guerre en Iran ont déjà contribué à propulser les rendements de référence à 10 ans en hausse de quelque 70 points de base, à 4,94%.

Les rendements britanniques à 30 ans ont touché leur plus haut niveau depuis 1998 en début de semaine.

Les investisseurs craignent que Starmer ne soit poussé à gauchir sa politique ou qu'il ne soit finalement remplacé par un leader plus ancré à gauche qui pourrait prôner davantage de dépenses.

Colin Finlayson, gestionnaire de fonds chez Aegon Asset Management, estime que presque tout remplaçant de Starmer serait moins favorable aux marchés, tandis qu'un virage à gauche de Starmer signifierait également moins de discipline budgétaire.

Les rendements des gilts augmenteraient également en cas de signes indiquant que la ministre des Finances Rachel Reeves, dont l'engagement envers les règles budgétaires limitant l'endettement a rassuré les investisseurs, pourrait être remplacée, prévient M. Finlayson, qui est sous-pondéré sur les gilts.

S'agissant des candidats potentiels à la direction, les investisseurs affirment que le marché des gilts réagirait négativement à l'ancienne vice-Première ministre Angela Rayner et au maire de Manchester Andy Burnham, perçus par certains commentateurs médiatiques comme des successeurs possibles. Le ministre de la Santé Wes Streeting est considéré comme une menace moindre.

Burnham a déclaré l'an dernier que la Grande-Bretagne devait cesser d'être 'l'otage des marchés obligataires', ce qui a irrité les investisseurs.

Il y a des arguments pour exclure les dépenses de défense des règles budgétaires, a déclaré Burnham à Bloomberg la semaine dernière, ajoutant que les règles resteront mais ne devraient pas entraver les dépenses militaires.

Burnham devrait toutefois obtenir un siège parlementaire pour déclencher une course à la direction, tandis que Rayner reste sous le coup d'une enquête sur ses affaires fiscales.

La politique maintiendra la volatilit&é des obligations britanniques, mais des rendements à 10 ans au-dessus de 5,25% constitueraient une opportunité d'achat, selon David Zahn, responsable de l'obligataire européen chez Franklin Templeton.

COMMENT LA GUERRE EN IRAN COMPLIQUE-T-ELLE LA SITUATION ?

L'envolée des rendements obligataires et le ralentissement anticipé de la croissance mettent indéniablement les finances publiques britanniques à l'épreuve.

Deutsche Bank estime que la marge dont dispose Reeves pour respecter ses règles budgétaires s'est déjà réduite à environ 10 milliards de livres (13,62 milliards de dollars), contre les près de 24 milliards de livres annoncés en mars avant l'impact de la guerre en Iran, ce qui laisse présager un autre budget difficile à l'automne.

La hausse des rendements obligataires et le basculement brutal des traders, qui parient désormais sur des hausses de taux plutôt que sur des baisses, ont fragilisé le marché des gilts. Pourtant, certains grands investisseurs ont vu dans la hausse des rendements induite par la guerre une opportunité d'achat.

($1 = 0,7342 livre)