"P'têt ben qu'oui, p'têt ben qu'non". On prête aux Normands le pouvoir d'éviter de répondre aux questions qu'on leur pose par une pirouette. Mais ce ne sont pas les seuls à manier avec brio ce talent. On pourrait dire la même chose d'une bonne partie de la classe politique et des personnes qui occupent le siège principal au sein des banques centrales. Jerome Powell, le président de la Fed, n'a pas dérogé à la tradition hier lors d'un discours prononcé après la clôture des places boursières européennes, mais en pleine séance à Wall Street.
Il faut dire qu'il n'a pas le choix, Jerome : il doit à la fois s'assurer que l'inflation et le marché du travail ronronnent tout en gardant des marges de manœuvre pour agir en cas de coup dur. Ce qui implique de respecter les règles, de rester flegmatique et d'éviter de surréagir, c’est-à-dire à peu près tout le contraire des habitudes du patron, Donald. Les deux hommes pourraient être complémentaires, comme Tic et Tac, Starsky et Hutch ou McFly et Carlito. Mais non, ils se détestent et Donald ne rêve que du moment où la personne qu'il aura nommée prendra la succession de Jerome en mai prochain.
En attendant, Powell doit encore plus faire le Normand que d'habitude. Hier soir donc, il a expliqué, une fois de plus, que rien n'est écrit à l'avance sur les prochaines décisions de la banque centrale américaine et que les choix à venir seront difficiles. Parce que baisser les taux aidera le marché du travail mais risque de faire grimper une inflation déjà élevée, tandis que ne rien faire contrôlerait les prix mais risquerait de dégrader l'emploi. Il a précisément employé l'expression "il n'y a pas de trajectoire de politique monétaire sans risque". C'est une autre façon de rappeler qu'en finance comme ailleurs, il n'y a pas de repas gratuit, pour reprendre une expression popularisée par Milton Friedman (There’s No Such Thing as a Free Lunch). En l'occurrence, imaginer que baisser les taux brutalement et massivement n'aura pas de conséquences négatives est une illusion.
Ces déclarations ont déclenché une réaction paradoxale. Les indices actions américains se sont pris une claque et ont clôturé dans le rouge. Le S&P 500 a perdu -0,55% et le Nasdaq 100 a reculé de -0,73% au lendemain de nouveaux records. Il faut dire que les gains récents des actions technologiques commençaient à être un peu trop exubérants. Mais en parallèle, le marché a relevé de 90 à 92% sa probabilité d'une baisse de taux de la Fed à l'issue de sa prochaine réunion, le 29 octobre prochain. Un peu comme si le message de Powell avait été un chouïa plus porteur que prévu. Un mouvement corroboré par le rendement des obligations US à 10 ans, qui s'est un tout petit peu détendu. En temps normal, la conviction renforcée d'un assouplissement monétaire à venir fait baisser les rendements obligataires et monter les actions. Pas là. C'est une petite bizarrerie de la séance d'hier, probablement liée à la perception d'une évolution des taux moins favorable à plus long terme.
Auparavant, l'Europe avait terminé en hausse, hormis à Londres et à Zurich où de petites baisses l'ont emporté. A Paris, le CAC 40 a repris 0,5% à 7 872 points, tracté par le luxe après une note de Bank of America, qui a dressé un tableau moins sombre du secteur. Ça fait exactement cinq mois que l'indice parisien navigue entre 7500 et 7990 points sans avoir jamais dépassé ces bornes en clôture. Voyage au bout de l'ennui pour les traders.
Les principaux événements de la soirée et de la nuit concernent la géopolitique. Donald Trump a fait volte-face, une fois de plus, sur le conflit russo-ukrainien. Cette fois, il a déclaré que les pays de l'OTAN devraient abattre les avions russes qui ont violé leur espace aérien et que l'Ukraine pourrait finalement récupérer les territoires perdus depuis le début du conflit, voire plus. Cette position, la plus radicale depuis des mois, a contribué à faire remonter les cours de l'or noir et devrait profiter aux entreprises cotées de la défense en Europe ce matin. Sur le front commercial, le Président américain a annoncé qu'il rencontrera son homologue brésilien Lula la semaine prochaine. Le Brésil et l'Inde sont les deux seules grandes économies qui ont refusé de plier face au chantage douanier des Etats-Unis.
La baisse de Wall Street se répercute sur la plupart des marchés d'Asie Pacifique. Si le Japon évolue autour de l'équilibre, l'Inde abandonne 0,3%, la Corée du Sud et Taiwan 0,5% et l'Australie autour de 1%. La Chine continentale et Hong Kong font exception avec des marchés qui progressent en séance. Les indicateurs avancés sont baissiers en Europe, dans le sillage de la contraction des actions américaines.
Le CAC 40 et le Bel 20 démarrent la séance stables. Le SMI cède 0,5% à 12 043 points.
Les temps forts économiques du jour
Sur l'agenda du jour, l'indice Ifo allemand de confiance des affaires (10h00), puis aux Etats-Unis, les chiffres de l'immobilier neuf et les stocks pétroliers. Tout l'agenda ici.
Les cotations sont celles du jour autour de 7h00, les liens permettent d'avoir le temps réel :
- Euro : 1,1798 USD
- Once d'or : 3763 USD
- Brent : 67,78 USD
- Spread Bund / OAT : 81 points (+0,3%)
- VIX : 16,64 (+0,5%)
- 10 ans US : 4,108%
- Bitcoin : 111 778 USD
Les principaux changements de recommandations
- Adidas : RBC Capital reste à surperformance avec un objectif de cours réduit de 260 à 210 EUR.
- ArgenX : BNP Paribas Exane reste à surperformance avec un objectif de cours relevé de 690 à 800 EUR.
- Arkema : Deutsche Bank reste à acheter avec un objectif de cours réduit de 76 à 70 EUR.
- ASM International : Rothschild & Co Redburn maintient sa recommandation d'achat et réduit l'objectif de cours de 630 EUR à 610 EUR.
- Aumovio : Bernstein démarre le suivi à performance de marché avec un objectif de cours de 38 EUR.
- Bechtle : BNP Paribas Exane passe de sousperformance à surperformance avec un objectif de cours relevé de 36 à 47 EUR.
- Bouygues : Morgan Stanley passe de souspondérer à pondération de marché avec un objectif de cours relevé de 36 à 44 EUR.
- Burberry Group : RBC Capital reste à surperformance avec un objectif de cours réduit de 1500 à 1400 GBX.
- Cancom : BNP Paribas Exane passe de sousperformance à neutre avec un objectif de cours de 25 EUR.
- Equinor : ABG Sundal Collier passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 290 à 300 NOK.
- EssilorLuxottica : RBC Capital reste à surperformance avec un objectif de cours relevé de 290 à 305 EUR.
- Evonik : Deutsche Bank passe d'acheter à conserver avec un objectif de cours réduit de 22 à 16 EUR.
- Georgia Capital : Keefe Bruyette & Woods démarre le suivi à surperformance avec un objectif de cours de 3400 GBX.
- Givaudan : Deutsche Bank reste à conserver avec un objectif de cours réduit de 3700 à 3300 CHF.
- Hermès International : RBC Capital reste à surperformance avec un objectif de cours réduit de 2400 à 2300 EUR.
- Hugo Boss : Landesbank Baden-Württemberg passe de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 43 à 48 EUR.
- Ipsen : Jefferies reste à conserver avec un objectif de cours relevé de 110 à 120 EUR.
- Kering : RBC Capital maintient sa recommandation performance de marché et relève l'objectif de cours de 220 à 240 EUR.
- Lanxess : Deutsche Bank passe d'acheter à conserver avec un objectif de cours réduit de 27 à 23 EUR.
- Lion Finance Group : Keefe Bruyette & Woods démarre le suivi à surperformance avec un objectif de cours de 9400 GBX.
- Moncler : RBC Capital reste à performance de marché avec un objectif de cours réduit de 57 à 53 EUR.
- NCAB Group : SEB Bank passe d'acheter à conserver avec un objectif de cours réduit de 55 SEK à 54 SEK.
- Orange : Morgan Stanley reste à pondération de marché avec un objectif de cours relevé de 13,50 à 14 EUR.
- Ryanair Holdings : Zacks passe de surperformance à neutre avec un objectif de cours réduit de 81 USD à 66 USD.
- Sanofi : Zacks maintient sa recommandation neutre et réduit l'objectif de cours de 53 à 50 USD.
- Sats : ABG Sundal Collier passe d'acheter à conserver avec un objectif de cours de 42 NOK.
- SIG Group : Bank Vontobel AG passe d'acheter à conserver avec un objectif de cours réduit de 19 CHF à 12 CHF.
- Swiss Re : JP Morgan passe de surpondérer à neutre avec un objectif de cours réduit de 170 à 160 CHF.
- Trigano : Bernstein reste à surperformance avec un objectif de cours relevé de 184 à 202 EUR.
- Var Energi : Citi démarre le suivi à l'achat avec un objectif de cours de 46 NOK.
En France
Annonces importantes (et moins importantes… Je précise que les informations sont données à chaud avant l'ouverture et ne préjugent pas de la couleur des actions pendant la séance)
- Sanofi injecte 625 MUSD dans Sanofi Ventures pour accélérer l'investissement dans l'innovation.
- LVMH va racheter les magazines Challenges et Science et Avenir.
- Renault a émis 850 MEUR d'obligations vertes 2030 à 3,875%.
- Klépierre a émis 500 MEUR d'obligations vertes 2037 à 3,75%.
- Exail émet 300 MEUR d'ODIRNANE (davantage que les 250 MEUR prévus), avec un effet dilutif potentiel de 16,2%.
- Antin Infrastructure va acquérir Aquavista d'ici octobre 2025.
- Emeis crée une foncière avec deux fonds pour loger des actifs, permettant un désendettement de près de 700 MEUR.
- Atos remporte un important contrat de cybersécurité auprès de la Commission européenne pour des services d'exploitation technique.
- Le longavo de Teva et Medincell validé au Canada.
- Implanet va distribuer le TiRobot de Tivani pour la chirurgie du rachis.
- Enième passe d'armes dans le dossier OSE Immuno : les actionnaires fondateurs-frondeurs dénoncent une "manipulation frauduleuse des droits de vote par le directeur général et l'actuel conseil d'administration", qui reconnaît une erreur matérielle mais dément l'intention frauduleuse. Elle va être sympa, l'assemblée générale du 30 septembre.
- Les principales publications du jour : Groupe Crit, Herige, IDI, Cabasse, Veom, Lumibird, Witbe… Le reste ici.
Dans le vaste monde
Annonces importantes (et moins importantes)
D'Europe
- Telecom Italia et Gestamp ont levée des fonds sur le marché obligataire.
- Sofina lance une augmentation de capital de 545 MEUR.
- JD Sports Fashion publie un bénéfice et un chiffre d'affaires en hausse pour le premier semestre fiscal.
- Wisekey augmente ses recettes mais creuse ses pertes sur six mois.
- Nordex obtient une commande de fourniture d'éoliennes en Espagne.
- Metso fixe de nouveaux objectifs financiers et adopte une nouvelle stratégie.
- Amadeus Fire acquiert Masterplan.
- Les principales publications du jour : …
D'Amérique du Nord
- Micron progressait légèrement hier soir post-clôture après l'annonce de résultats rassurants.
- Eli Lilly prévoit de construire une nouvelle usine pour fabriquer des ingrédients pharmaceutiques actifs au Texas, en investissant 6,5 milliards de dollars.
- La FAA impose l'immobilisation au sol des vols United Airlines aux USA et au Canada en raison d'un problème technique.
- Meta lance la traduction en temps réel sur WhatsApp.
- Walt Disney augmentera le prix des abonnements Disney Plus à partir du 21 octobre, selon The Verge.
- OpenAI et Oracle annoncent l'extension de leur centre de données au Texas.
- Boeing Defense, Space & Security s'associe à Palantir dans l'IA.
- Applied Materials et GlobalFoundries s'associent pour accélérer la photonique dopée à l'IA.
- Les principales publications du jour : Cintas Corporation, Raymond James Financial…
D'Asie et d'ailleurs
- Alibaba poursuit son ascension à Hong Kong, après des annonces du CEO en faveur de l'investissement dans l'IA.
- Les principales publications du jour : néant…
Le reste de l'agenda mondial des publications ici.
Lectures
- Les grandes entreprises américaines ne cessent de parler de l'IA, mais ne parviennent pas à en expliquer les avantages (Financial Times, en anglais).
- Un trou de revenus de 800 MdsUSD menace le futur de l'IA, selon Bain Capital (Bloomberg, en anglais).
- Gaufres, donuts, cookies : en ville ou dans les centres commerciaux, l’heure de gloire du fast-food sucré (Le Monde).
- Impôts : ce que paient vraiment les grandes entreprises en France (Les Echos).
- Les virus conçus par l'IA sont là et tuent déjà les bactéries (MIT Technology Review, en anglais).
- Parfois, la démocratie fonctionne (Aeon, en anglais).
- Comment la France déplace-t-elle la tapisserie de Bayeux ? Avec beaucoup de précautions (National Geographic, en anglais).
- La "Super-Sparte" est une mauvaise histoire et une mauvaise stratégie (Foreign Policy, en anglais).
























