Oakland (awp/afp) - Trois semaines d'audiences à Oakland (Californie) et la trajectoire d'OpenAI en jeu: les créateurs de ChatGPT sont attentifs jeudi aux plaidoiries finales du procès intenté par Elon Musk, dernier acte avant que le jury ne se retire pour délibérer.

Le patron d'OpenAI Sam Altman et son compagnon de route Greg Brockman, présents à presque toutes les audiences depuis le 27 avril, ont de nouveau fait le déplacement depuis San Francisco, de l'autre côté de la baie. Elon Musk, patron de SpaceX et Tesla, est en Chine avec le président Trump.

Pour l'entreprise, l'un des favoris de la course mondiale à l'intelligence artificielle, la procédure est un boulet au pied, à un moment critique. Anthropic, le créateur de Claude fondé par des dissidents d'OpenAI, est en passe de le dépasser en valorisation, avec un tour de table en cours qui pourrait l'amener à 900 milliards de dollars.

Le procès, qui a étalé au grand jour les querelles intestines de la genèse d'OpenAI à partir de fin 2015, a remis en doute sa sincérité envers sa mission philanthropique d'origine.

"Une organisation à but non lucratif dédiée au développement sûr de l'intelligence artificielle, dont le code sera rendu public autant que possible, pour le bien de l'humanité... on essaye de nous faire avaler ça", a ironisé Steven Molo, l'avocat d'Elon Musk, devant les neuf jurés.

Dans une plaidoirie finale d'un peu moins de deux heures, il a de nouveau attaqué Sam Altman sur sa probité.

Pour le jury, a reconnu la juge Yvonne Gonzalez Rogers, l'affaire se résume à une question: qui croire entre ces milliardaires devenus rivaux?

Elon Musk a quitté OpenAI en 2018 et poursuit ses projets lucratifs d'IA au sein de SpaceX.

"Même ses collaborateurs, même la mère de ses enfants, ne soutiennent pas sa version des faits", a contre-attaqué Sarah Eddy, avocate d'OpenAI. Une allusion à Shivon Zilis, proche collaboratrice de Musk avec qui il a eu quatre enfants par procréation médicalement assistée, et qui a dû témoigner sur son rôle pivot entre les protagonistes.

- Prescription?-

Le jury, dont la décision est attendue la semaine prochaine, devra trancher une question préalable: Elon Musk, qui a lancé la procédure en 2024, soit six ans après avoir quitté OpenAI, a-t-il attaqué dans les délais légaux? Si non, l'affaire s'arrête là.

Si oui, les jurés devront déterminer si OpenAI, créée comme une fondation à but non lucratif fin 2015, a détourné les dons initiaux du multimilliardaire pour prendre son virage commercial. Elon Musk exige le retour d'OpenAI à son statut de fondation, ce qui le contraindrait à renoncer à son entrée en Bourse envisagée et à ses puissants investisseurs - Microsoft, Amazon, Softbank - essentiels dans la très coûteuse ruée vers l'IA.

Dans ce cas-là, le jury devra déterminer si Microsoft, premier investisseur privé à avoir soutenu la start-up avec plus de 13 milliards de dollars engagés, a sciemment facilité cette dérive.

Le jury a vu défiler quatre milliardaires: Elon Musk, qui s'est dépeint pendant trois jours en bienfaiteur désintéressé voulant concilier essor de l'IA et sauvegarde de l'humanité ; Greg Brockman, cofondateur d'OpenAI devenu l'un des plus gros donateurs du camp Trump ; le PDG de Microsoft Satya Nadella et enfin Sam Altman.

OpenAI, dont la fondation philanthropique d'origine reste un actionnaire minoritaire de sa structure commerciale, se félicite d'en avoir fait l'une des plus riches des États-Unis. Elon Musk, lui, l'accuse d'être une coquille vide au service d'intérêts privés.

En 2024, la fondation n'avait distribué que 7,6 millions de dollars en dons. Un mois avant le procès, elle a annoncé son premier engagement significatif: un milliard de dollars en subventions pour 2026, dont 100 millions pour la recherche sur la maladie d'Alzheimer.

afp/rp