Si vous vous êtes déjà rendu dans un restaurant, il y a une chance sur deux que votre repas ait été cuit par un produit Rational. Depuis 50 ans, le groupe allemand est spécialisé dans la fabrication et la commercialisation d'équipements de cuisine commerciaux et industriels. Au fil des années, elle a su s'exporter à l’international et devient une référence avec environ 50% des parts de marché des fours mixtes. Les investisseurs ont bien compris la position du leader, en témoigne un titre quasiment multiplié par 6 depuis le point bas de 2009.

Graphique RATIONAL AG

L'offre de la firme allemande s'articule autour de 3 gammes principales de systèmes de cuisson. Cœur de métier du groupe et de loin sa référence la plus vendue, iCombi associe vapeur et air chaud au sein d'un même appareil, tout en permettant d'utiliser chaque méthode de manière exclusive. En forte croissance, la gamme iVario vient compléter les fours mixtes : adaptée à la cuisson directe ou en liquide, elle remplace les sauteuses, marmites et friteuses. Enfin, le dernier-né du groupe, iHexagon, combine pour la première fois 3 énergies (convection, vapeur et micro-ondes), une innovation qui permet de réduire le temps de cuisson d'environ 30% sans perdre en qualité.

Les revenus de Rational proviennent principalement de la vente de matériel (69%), le reste (31%) étant attribuable aux produits et services associés. Bien que représentant moins d’un tiers du chiffre d’affaires, la maintenance des machines ainsi que les services associés portent certainement les marges du groupe. Certainement car Rational ne communique pas sur sa marge par segment, mais cette configuration est monnaie courante dans l’industrie. D’autant plus que les produits sont renommés pour leur longévité ainsi que la qualité du service client, qui préfère réparer plutôt que remplacer. Ce qui garantit des revenus stables et prévisibles pour au moins une dizaine d’années après la vente d’un appareil. 

Fort de ses 32 filiales, le groupe est présent dans plus de 120 pays. Auparavant, la construction était répartie entre la France et l'Allemagne, situation qui a récemment changé avec l’inauguration en janvier d’un nouveau site à Suzhou en Chine. Pourtant c’est encore en Europe que Rational génère la majorité de ses revenus. L’Amérique représentant un tiers des ventes apparaît comme une région fortement porteuse. En 2025, la croissance de la région s’établissait à +13%. La région Asie-Pacifique accusée d’un net retard causé principalement par la Chine qui souffre du ralentissement de son marché intérieur.

Un énorme marché à conquérir

La dynamique a toujours été globalement positive pour les appareils de la marque, conquérant peu à peu les adeptes des anciens modes de cuisson (grills, plaques). Sur ce point, le groupe estime qu’il y a encore beaucoup à faire et que la tendance entamée devrait rester solide. Le marché mondial potentiel est estimé à environ 4,8 millions de clients, dont seulement 25% utilisent aujourd’hui les technologies de four mixtes. Les solutions Rational ont vocation à remplacer les anciens équipements, offrant aux utilisateurs des coûts d’énergies réduits et une meilleure gestion de la cuisson.

Un des gros points forts des appareils de la marque allemande est l’intelligence intégrée au système, au-delà des solutions cloud fournies à la vente qui permettent de gérer à distance les machines. Les plus modernes intègrent une “intelligence de cuisson” permettant, en détectant la température, la taille ainsi que la consistance des aliments, de gérer de manière autonome les étapes de la cuisson pour aboutir au résultat demandé par l’utilisateur, remplaçant au passage l’expérience du cuisinier. Bien que ce genre de solution n’ait pas vocation à supprimer des postes dans l'immédiat, elle résout un problème important de la restauration à travers le monde, le manque de main-d'œuvre qualifiée.

Une dynamique porteuse

Quoi qu'il en soit, Rational semble en bonne voie pour faire connaître ses solutions sur les marchés. Hormis la crise Covid, la dynamique est porteuse pour le chiffre d'affaires et continuera sans doute de l’être. Le marché potentiel étant encore important. Le premier trimestre confirme la tendance. Nouveau record historique, c’est la première fois de l’histoire du groupe que les ventes dépassent les 300 MEUR après une croissance organique de 11%. L’EBIT progresse de 5% sur un an glissant alors que la marge affiche un léger repli à 23,9%. La marge brute se contracte elle aussi à 57,6% plombée par les tarifs douaniers américains. 

Côté bilan, les capitaux propres dépassent le seuil symbolique du milliard d’euros, bien que ça ne soit que temporaire à l'approche du versement des dividendes. Au 31 mars, la trésorerie disponible s’établit à 210 MEUR, les flux de trésorerie libre sont sous stéroïdes à 27,9 MEUR contre seulement 1,7 MEUR au Q1 2025. La dette n'est pas un sujet. L’allocation de capital semble être réfléchie et orientée vers la sécurité, les investissements sont financés à partir des flux de cash du groupe et permettent chaque année d'asseoir la souveraineté de Rational à l’international. Environ 6 % du chiffre d'affaires passent annuellement dans l'innovation logicielle et matérielle. Le groupe met l’accent sur les grands projets industriels ainsi que sur le capital humain. Il vient d'ailleurs de recruter 20 nouveaux commerciaux (anciens chefs) pour faire connaître les produits.

Même si Rational se concentre sur la sécurité et la croissance de ses activités, les actionnaires ne sont pas en reste. Généralement, le groupe distribue en moyenne 70% de son bénéfice net consolidé sous forme de dividendes. Ce qui n’est d’ailleurs pas une règle absolue, comme en 2025 où, en raison d’une situation de liquidité particulièrement saine, ce ratio est monté à 90%

Des vents contraires difficiles à ignorer

Pour l'anecdote, des présentations des appareils sont régulièrement organisées partout en Europe et sont totalement gratuites, il suffit de s’inscrire via le site internet de la société pour y participer. C’est sur cette stratégie que mise Rational pour faire rayonner ses produits. Stratégie qui semble porter ses fruits, en témoigne la hausse de près de 20% des ventes d’iVario.

Les tarifs douaniers du président américain, instaurés au printemps 2025, ont fortement impacté les résultats des ventes, sur un des marchés les plus porteurs du groupe. Pour l'ensemble de l'année 2026, les dépenses totales liées aux droits de douane devraient s'élever à environ 30 millions d'euros. C'est 5 à 6 millions d'euros de plus que ce qui avait été initialement anticipé. Pour contrer cette hausse, le groupe a appliqué une hausse des prix de 4,9% aux Etats-Unis le premier février 2026. Point positif dans l’affaire, Rational a demandé un remboursement de 16 MEUR prélevés illégalement qui lui a été accordé et qui sera intégré en produit exceptionnel au titre du deuxième trimestre 2026. 

Le groupe réalise en parallèle plus de la moitié de ses revenus en devises étrangères, le laissant à la merci des fluctuations du marché des changes. La faiblesse du dollar a lourdement impacté la croissance qui s'élevait à 23% mais qui ressort uniquement à 11% après l’application des taux de change.

L’implantation en Chine constitue un point critique qui a tendance à diviser. Le marché chinois présente à la fois un fort potentiel et tire les résultats du groupe vers le bas. Pour l’instant, la dynamique est plutôt négative. La construction du nouveau site de production devrait toutefois permettre à la société d'être mieux positionnée pour profiter d’une relance du marché intérieur. 

Rational est une société en très bonne santé, affichant un bilan solide capable d’encaisser les chocs sur ses activités, la dynamique est bonne et ne semble pas être ralentie pour l’instant. Pour autant le groupe reste soumis, comme beaucoup d’industries, aux fluctuations du marché des changes ainsi qu'à la situation géopolitique mondiale. Côté valorisation, le PER actuel est en-deçà de sa moyenne historique, même après neutralisation du pic des années 2020 et 2021.

Le titre affiche un net ralentissement dans sa progression ces dernières années. Les fondamentaux progressent mais le marché s’inquiète de l’impact des tarifs douaniers et du manque de dynamisme en Asie pour l’avenir. Quoi qu'il en soit, le potentiel reste important à long terme. Le marché restant à conquérir est trois fois plus grand que celui qui a déjà été conquis. Le dossier est donc à suivre de près tout en restant à l'affût des perturbations géopolitiques et de la reprise du marché asiatique.