Comme avec Duolingo, Kuehne+Nagel ou Pernod Ricard, certes dans des registres à chaque fois très différents, le célèbre opérateur de casinos Caesars Entertainment subit lui aussi le contrecoup de la distorsion massive causée par la pandémie.

L'embellie spéculative d'alors avait porté la valorisation de Caesars à 25 milliards de dollars de capitalisation boursière. Celle-ci a depuis été divisée par cinq, victime tant d'un retour à la raison des investisseurs que d'une fréquentation en baisse à Las Vegas.

La rumeur des derniers jours veut que certains acquéreurs rôdent autour du groupe, en particulier le magnat texan Tilman Fertitta, proche de Donald Trump, et nommé par lui ambassadeur des États-Unis en Italie.

Sur le papier, Caesars présente la structure d'un LBO, avec 25 milliards de dollars de dettes à long terme face à des capitaux propres désormais valorisés à un peu plus de 5 milliards de dollars par le marché.

14 milliards de cette dette correspondent en fait aux baux et engagements de loyers envers le trust Vici, propriétaire des cinquante casinos gérés par Caesars depuis 2017. L'opérateur, qui possédait autrefois l'immobilier en nom propre, avait fait banqueroute deux ans plus tôt.

Flotte dans la presse - y compris dans le vénérable Financial Times - l'idée que Caesars réalisait plus de 3 milliards de dollars de cash flow libre l'an dernier. Or il s'agit d'un cash flow libre d'exploitation, qui ne tient donc pas compte d'une charge d'intérêt tout à fait conséquente puisqu'elle atteint 2,3 milliards de dollars.

Voilà qui change la donne. Selon nos calculs, Caesars génère en réalité un cash flow libre d'environ un milliard de dollars. Encore le groupe a-t-il rogné sur ses dépenses d'investissements en 2025 pour doper cette génération de cash, peut-être en prévision de sa vente.

Par ailleurs, sa structure de capital l'empêche largement d'orienter ce profit vers les actionnaires. En 2024 et 2025, il n'a ainsi pu leur retourner que 208 et 246 millions de dollars via des rachats d'actions.

Un repreneur potentiel aura à travailler en amont pour s'assurer que Vici et les créanciers du groupe ne se taillent pas la part du lion, ce qui reste le cas aujourd'hui. Il devra aussi parier sur une inflexion de tendance à Las Vegas, où le nombre de visiteurs stagne depuis dix ans.

Au regard de ces éléments, à moins d'une réorganisation stratégique d'ampleur entre les différentes entités, il sera difficile de justifier une valeur d'entreprise sensiblement plus élevée que les 30 milliards de dollars actuels.