JOHANNESBURG, 12 juin - S&P Global Ratings a rétabli la note de l'African Export-Import Bank (Afreximbank) en catégorie investissement (« investment grade »), près de 12 ans après sa dernière évaluation, invoquant l'historique de prêts contracycliques de l'entité et le solide soutien de ses actionnaires.

La note BBB+, assortie d'une perspective stable, se situe un cran au-dessus du Baa2 de Moody's. Elle intervient quelques mois après qu'Afreximbank a rompu ses liens avec Fitch Ratings, accusant l'agence d'avoir mal interprété sa mission suite à une dégradation en catégorie spéculative (« junk »), sur fond de désaccords concernant le rôle de la banque dans les restructurations de dettes du Ghana et de la Zambie.

Fitch avait par la suite retiré l'ensemble de ses notations, signalant des préoccupations en matière de gouvernance.

En annonçant sa décision jeudi, S&P a déclaré dans un communiqué que les antécédents d'Afreximbank en tant que prêteur contracyclique et l'appui substantiel de ses actionnaires justifiaient cette notation.

S&P a souligné que le total des actifs du prêteur avait atteint 42,3 milliards de dollars à la fin de l'année 2025, contre 7,1 milliards de dollars en 2015.

Les notations de crédit orientent souvent le coût du capital pour un emprunteur.

DÉBAT SUR LE STATUT

Afreximbank est au cœur d'un débat sur l'éligibilité des prêteurs au statut de « créancier privilégié », généralement accordé aux institutions multilatérales telles que le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, ce qui les protège des pertes lors des restructurations de dettes souveraines.

Contrairement à ces institutions, la structure de l'actionnariat d'Afreximbank, mêlant secteurs public et privé, complexifie sa revendication de ce statut.

S&P a précisé qu'elle n'avait pas intégré le statut de créancier privilégié dans son évaluation, au motif qu'Afreximbank accorde près de 80 % de ses prêts à des entités du secteur privé.

Toutefois, l'agence a reconnu qu'Afreximbank, à l'instar d'autres institutions, avait connu des arriérés de paiement prolongés ces dernières années, notamment à la suite des défauts de paiement et des restructurations de dettes au Ghana et en Zambie.

S&P a noté qu'Afreximbank avait déclaré en décembre être parvenue à un accord avec le Ghana concernant son prêt de 750 millions de dollars, mais que l'institution n'avait pas annoncé de résolution avec la Zambie.

L'agence a averti que de nouvelles restructurations souveraines pourraient peser sur la qualité des actifs d'Afreximbank.

Afreximbank, dont le siège est au Caire, n'a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire.

QUESTIONS SUR LA GOUVERNANCE

Fitch, dans son avis de dégradation et de retrait de janvier, avait estimé que le reporting d'Afreximbank sur la performance des prêts était plus faible que celui de ses pairs, ce qui l'avait conduite à évaluer la qualité de la gouvernance comme un risque « élevé ».

L'agence avait également affirmé qu'une part importante du capital détenue par des pays emprunteurs aux fondamentaux de crédit fragiles avait créé une pression pour accroître les prêts au détriment d'objectifs de croissance prudents.

Afreximbank avait alors déclaré que son profil d'activité restait robuste, soutenu par des relations solides avec ses actionnaires et les protections juridiques inscrites dans son accord de création.

L'évaluation de S&P qualifie la gouvernance et la gestion d'Afreximbank d'« adéquates », précisant que la présence de deux administrateurs indépendants et de la Banque africaine de développement (BAD) en tant que membre permanent du conseil d'administration assure une surveillance institutionnelle.

Elle a noté que si la participation croissante d'investisseurs du secteur privé via les actions de classe D pourrait influencer l'appétence au risque de la banque, les actionnaires de classe A conservent un droit de veto sur les changements institutionnels majeurs, équilibrant ainsi les risques potentiels.