Samsung Electronics et son principal syndicat sud-coréen reprendront leurs discussions mercredi, a annoncé la Commission nationale des relations sociales, alors qu'ils s'efforcent de conclure un accord pour éviter un débrayage long et préjudiciable.

'La direction et le syndicat ne sont pas parvenus à un terrain d'entente sur un point précis', a déclaré Park Su-keun, président de la commission, aux journalistes qui l'interrogeaient sur l'absence d'accord après plus de 15 heures de pourparlers mardi.

Il a ajouté qu'il s'agissait de 'la question la plus importante', sans plus de précisions.

Sous la pression du gouvernement et de l'industrie sud-coréenne, les deux parties tentent de sceller un compromis sur le versement des primes avant que près de 48'000 salariés ne cessent le travail pour une durée de 18 jours à compter de jeudi.

Une grève d'une telle ampleur et d'une telle durée pourrait infliger des dommages considérables à l'économie sud-coréenne, Samsung représentant près d'un quart des exportations du pays. Samsung est également le premier fabricant mondial de puces mémoire et des interruptions de production pourraient peser sur l'offre mondiale, alors que l'essor de l'intelligence artificielle provoque déjà des pénuries.

Samsung et le syndicat prévoient de reprendre les discussions à 10h00 heure locale (01h00 GMT) mercredi. Il est probable qu'elles s'achèvent dans la matinée, le syndicat devant permettre à ses membres de voter sur tout projet d'accord provisoire, a ajouté M. Park.

Les négociations de mardi devaient initialement se terminer à 19h00. La commission a précisé qu'elles s'étaient finalement achevées à 00h30 mercredi, après près de 15 heures de face-à-face.

Samsung n'a pas répondu immédiatement à une demande de commentaire. Le leader syndical Choi Seung-ho a déclaré qu'il prévoyait de rester sur place toute la nuit pour participer aux discussions de mercredi.

FORTE PRESSION SUR LE SYNDICAT POUR RENONCER A LA GREVE

Si la menace de grève a mis la Corée du Sud sous tension, les investisseurs ont été encouragés par l'annonce, ce week-end, d'une possible intervention du gouvernement via une procédure d'arbitrage d'urgence. Cela permettrait d'empêcher le débrayage pendant 30 jours le temps qu'une médiation gouvernementale soit menée.

L'action Samsung a clôturé en baisse de 2% mardi, réduisant ses pertes après l'annonce d'un rapprochement des positions. Le titre cède 1,3% sur la semaine écoulée.

'La réalité est que l'ensemble de nos concitoyens s'inquiètent de cette situation, compte tenu des effets de ricochet qu'une grève chez Samsung pourrait engendrer', a déclaré mardi le ministre de l'Industrie, Kim Jung-kwan, devant le Parlement.

Plusieurs groupements d'entreprises sud-coréens ont également exhorté le syndicat à ne pas mettre sa menace à exécution.

LES CONSEQUENCES POTENTIELLES

Dans le pire des scénarios, la grève pourrait amputer de 0,5 point de pourcentage la croissance de 2,0% prévue pour l'économie sud-coréenne cette année, selon un responsable de la banque centrale du pays sous couvert d'anonymat.

Cette estimation repose sur une perte de production de puces évaluée à environ 30'000 milliards de wons (19,9 milliards de dollars), ainsi que sur 'quelques semaines' supplémentaires de perturbations avant un retour à la normale des lignes de production.

Jeff Kim, analyste chez KB, estime qu'une grève de 18 jours pourrait perturber l'offre mondiale de mémoire DRAM de 3% à 4% et celle de mémoire NAND de 2% à 3%, ce qui alimenterait probablement de nouvelles hausses de prix.

Pour de nombreux investisseurs, au-delà de la grève elle-même, l'enjeu majeur est de savoir si Samsung cédera à l'exigence du syndicat d'inscrire des primes plus élevées dans les contrats, ce qui entraînerait une hausse permanente des coûts salariaux.

'Le point crucial est la manière dont ils négocieront la formalisation des augmentations de rémunération', a souligné Lee Seung-yub, gestionnaire de portefeuille chez Quad Investment Management à Séoul.

Le syndicat exige que Samsung supprime le plafonnement des primes (actuellement fixé à 50% du salaire annuel), alloue 15% du bénéfice d'exploitation annuel aux bonus et contractualise ces dispositions.

Samsung a proposé que les employés de la division des puces mémoire reçoivent cette année des primes exceptionnelles supérieures à celles des salariés de SK Hynix, tout en maintenant le plafonnement actuel.

L'ECART SALARIAL SE CREUSE AVEC HYNIX

Ce conflit constitue le bras de fer le plus important entre Samsung et ses représentants du personnel depuis que le président de Samsung Electronics, Jay Y. Lee, s'est engagé en 2020 à mettre fin aux pratiques antisyndicales passées de l'entreprise.

Samsung reste l'un des employeurs les plus prisés de Corée, mais les salariés sont exaspérés par l'ecart de rémunération avec le rival SK Hynix, qui a pris l'avantage dans la fourniture de mémoires à large bande passante (HBM) pour les processeurs IA de Nvidia.

SK Hynix a refondu sa structure salariale l'an dernier. Selon le syndicat de Samsung, les travailleurs de SK Hynix ont reçu l'an dernier des primes plus de trois fois supérieures à celles de Samsung, provoquant une fuite des talents vers SK Hynix et une explosion des adhésions syndicales.

Lundi, un tribunal a partiellement fait droit à une demande d'injonction de Samsung, statuant que des effectifs essentiels doivent être maintenus dans certaines unités de production en cas de mouvement social. Samsung a informé le syndicat que cela nécessitera la présence de 7'087 travailleurs, même si la grève est maintenue.

($1 = 1'505,9000 wons)