Le secteur saoudien des matériaux de construction entame l'exercice 2026 confronté aux mêmes problématiques récurrentes.

La région s'attelle à un carnet de commandes colossal de projets d'infrastructure, d'immobilier, de tourisme et d'industrie. Sous l'impulsion massive du plan Vision 2030, le PIB réel a progressé d'environ 4% en rythme annuel jusqu'à la fin 2025, porté par un afflux massif de capitaux et d'investissements. De plus, le carnet de projets actifs dépasse désormais les 1 700 milliards de dollars américains.

Le ciment, véritable baromètre en temps réel de l'activité du BTP, voit sa demande continuer de croître. Cependant, selon les données officielles, le taux d'utilisation des capacités stagne autour de 70%. Un facteur déterminant pour l'exercice 2026 et les suivants.

Saudi Cement Company se retrouve au coeur de cette tourmente. Figurant aujourd'hui parmi les plus grands producteurs du pays, sa réussite est directement corrélée au cycle de la construction. Mais l'entreprise ne peut se permettre de relever ses tarifs, car chaque usine concurrente dispose de stocks excédentaires et se bat pour les mêmes acheteurs. C'est là que le bât blesse.

Perte de terrain

Saudi Cement Company vient de publier des résultats pour le premier trimestre 2026 qui témoignent d'une contraction du chiffre d'affaires, malgré un contrôle rigoureux des coûts. Difficile de déterminer si la direction fait preuve d'une bonne résilience défensive ou si elle bénéficie simplement d'un facteur chance. Le chiffre d'affaires a reculé de 8,5% sur un an pour s'établir à 382,8 millions de riyals saoudiens (SAR) au dernier trimestre, contre 418,2 millions au T1 2025.

Les bénéfices ont suivi la même trajectoire descendante. Le résultat net a fléchi de 7,6% à 100 millions de SAR au T1 2026, contre 108,5 millions un an plus tôt.

L'exportation est la principale source de dégradation, avec des revenus trimestriels de 77,6 millions de SAR, en chute libre de 26,9% par rapport aux 106,0 millions de l'année précédente. Une perte de 28,5 millions de SAR de revenus à l'export en un an est bien plus qu'une simple anomalie passagère.

La direction n'explicite ni ne confirme les raisons précises de ce freinage des activités à l'international dans son communiqué officiel, mais dans son rapport financier annuel 2025, elle pointait la baisse des prix de vente moyens et le recul des revenus provenant des sociétés mises en équivalence pour justifier la baisse globale des profits.

L'entreprise préserve sa liquidité alors que la demande (particulièrement à l'export) s'affaiblit. La trésorerie et les équivalents de trésorerie ont bondi de 67,8% pour atteindre 73,8 millions de SAR au T1 2026, contre 44,0 millions lors de l'exercice 2025, constituant ainsi un coussin de liquidité significatif.

Désaveu du marché

Le marché ne semble pas convaincu par ce scénario de stabilité. À 33,0 SAR, le titre accuse un repli de 21,6% sur un an et reste bien en deçà de son plus haut de 52 semaines à 42,4 SAR. Cela suggère un effritement des attentes des investisseurs.

La valorisation reflète ce réajustement : la capitalisation boursière de 5,0 milliards de SAR (1,5 milliard USD) induit un multiple de 13,3x les bénéfices prévisionnels pour 2026, contre 15x au cours des deux dernières années. Certes, le titre est moins cher, mais le marché intègre désormais une croissance plus lente ou une pression durable sur les revenus.

Les analystes affichent un optimisme modéré. Trois sur cinq recommandent toujours l'achat, tandis que deux préconisent de conserver la valeur. Le potentiel de hausse implicite vers l'objectif de 39,3 SAR (+19,2%) semble séduisant sur le papier. Mais cet écart ressemble davantage à de l'espoir qu'à une réelle conviction.

La direction a du pain sur la planche. Quand une action perd plus de 20% et se négocie sur des multiples inférieurs, la charge de la preuve incombe désormais à la société pour démontrer qu'il ne s'agit pas du début d'un déclin prolongé.

Des fissures dans le narratif

L'effondrement des exportations — en baisse de 26,9% à 77,6 millions de SAR — constitue le principal signal d'alarme. Saudi Cement Company subit une hémorragie de ses ventes à l'international sans explication officielle, ce qui laisse supposer soit une guerre des prix agressive, soit une explosion des coûts logistiques, ou encore que les acheteurs ont trouvé des alternatives moins onéreuses.

Le conflit persistant au Moyen-Orient n'arrange rien. Les routes commerciales régionales sont perturbées et les projets de construction sur les marchés voisins stagnent ou sont purement et simplement mis au placard.

Sur le plan intérieur, le recul de 2,2% signale une demande de construction atone en Arabie Saoudite, ce qui est crucial car les ventes locales constituent le socle de l'activité. L'unité de Bahreïn est déjà déficitaire, et l'amortissement annuel de 52,1 millions de SAR signifie que les actifs vieillissants devront, à terme, être remplacés.

La direction thésaurise ses liquidités au lieu d'investir, ce qui paraît prudent aujourd'hui mais pourrait se traduire par un décrochage face aux concurrents en termes d'efficacité ou de capacité lors de la reprise des marchés.