Siemens AG devrait détailler jeudi sa stratégie de désengagement de Siemens Healthineers, sa filiale spécialisée dans l’imagerie médicale et le diagnostic, qui capitalise 48 milliards d’euros. La part de la maison-mère, 71,1% vaut quelque 34,6 milliards d'euros sur la base des cours actuels. 

La manœuvre d'envergure conférerait au PDG Roland Busch des marges de manœuvre significatives pour relancer la dynamique de croissance externe du conglomérat industriel. Depuis l’introduction en Bourse de Healthineers en 2018, Siemens a progressivement réduit sa part, aujourd’hui légèrement inférieure à 70%, après en avoir cédé 2% en février dernier pour environ 1,45 milliard d’euros.

Un désengagement pour réinvestir dans l'IA et les logiciels

Cette nouvelle étape pourrait marquer un tournant stratégique dans le mandat de Roland Busch, dont le contrat court jusqu’en 2030. Certains investisseurs, comme Deka Investment, souhaitent voir Siemens ramener rapidement sa participation à 51%, voire en dessous de 50%, afin de concentrer ses ressources sur ses métiers d’avenir, notamment l’intelligence artificielle et les logiciels industriels. Pour Ingo Speich, responsable de la gouvernance chez Deka, Busch a livré des résultats solides, mais n’a pas encore imprimé de vision forte sur le long terme : une décision ambitieuse sur Healthineers serait l’occasion de renforcer son héritage et de recentrer le groupe autour de ses piliers technologiques.

Dividende en nature ? Cession au fil de l'eau ? Autre piste ?

Plusieurs scénarios sont à l’étude pour cette réduction de participation. Siemens pourrait distribuer des actions Healthineers à ses actionnaires sous forme de dividende en nature, les loger dans une entité dédiée avant de la scinder, ou encore procéder à des ventes progressives sur le marché. Chacune de ces options comporte des implications fiscales, juridiques et financières complexes.

Selon JP Morgan, une distribution directe de deux tiers de la participation générerait une facture fiscale de 7 milliards d’euros en Allemagne. Dans l’intervalle, Healthineers pâtit d’une incertitude persistante, avec un titre en baisse de 15% cette année, quand Siemens gagne 31% sur la même période, porté par l’anticipation d’une réallocation stratégique de ses ressources et une exposition à l'IA via le renouveau du secteur énergétique (par le biais de la filiale Siemens Energy) et à la présence dans les logiciels d'automatisation.