C’est un de ses articles qui mettent Donald Trump hors de lui. La semaine dernière, le New York Times a publié un papier intitulé "Journées plus courtes, signes de fatigue : Trump confronté aux réalités du vieillissement au pouvoir". Dans la foulée, les auteurs de l’article ont été incendiés par le président américain. "Ce TORCHON bon marché est vraiment un ENNEMI DU PEUPLE. Katie Rogers (...) est une journaliste de seconde zone qui est laide extérieurement comme intérieurement", a-t-il réagi sur son réseau Truth Social.
Le plus vieux président élu
Si Donald Trump est aussi virulent, c’est parce qu’il a fait de la vitalité et de l’énergie l’un de ses marqueurs depuis son entrée en politique. Cela se traduit par une omniprésence et une occupation permanente de l’espace médiatique. On le voit chaque semaine enchainer les interviews, conférences de presse, discours, rencontres avec des dirigeants et chefs d’entreprise, et messages à toute heure sur les réseaux sociaux.
Pourtant, comme l’indique l’article du New York Times, les apparitions publiques de Donald Trump sont en nette baisse par rapport à son premier mandat (-39%), sont en moyenne plus courtes et commencent plus tard dans la journée. Il y a aussi cette séquence, début novembre, où il semblait s’assoupir dans le Bureau Ovale, et la fameuse tâche sur la main, que la Maison Blanche attribue toujours à "trop d’aspirine et de serrages de main".
L’Histoire nous montre qu’il est toujours difficile de connaitre l’état de santé réel des présidents en exercice et qu’on ne peut pas vraiment se fier aux bulletins de santé officiels.
Ce qui est certain aujourd’hui, c’est que Donald Trump est le plus vieux président élu de l’histoire des Etats-Unis. Et même s’il déploie toujours beaucoup d’énergie (il a par exemple fait plus de déplacements à l’international qu’à la même période il y a 8 ans), il aura 80 ans l’année prochaine, et ça commence à se voir.
Le problème pour lui, c’est qu’il a beaucoup joué l’opposition avec Joe Biden, qu’il surnommait "Sleepy Joe" (Joe l’endormi), dont les apparitions étaient très limitées, et les errements tournés en dérision à l’infini par les Républicains. Mais aujourd’hui, c’est lui qui commence à faire face aux mêmes interrogations autour de sa santé.
Déconnexion avec la base ?
L’âge avance et il a moins d’énergie à déployer qu’il y a 8 ans. C’est inévitable. Mais ce n’est peut-être pas le plus inquiétant. En tout cas pour le moment.
Car ce que l’on commence à voir, c’est une forme de rupture avec la base, symbolisée par la démission fracassante de Marjorie Taylor Greene, représentante de Géorgie, le 21 novembre. Elle qui est pourtant une figure du mouvement MAGA.
Elle s’était opposée à Donald Trump sur l’affaire Epstein, en votant pour la publication des fameux "Epstein files" (les documents liés à cette affaire), contre l’avis de son président.
Si, face à la pression, Donald Trump a finalement craqué (encourageant les Républicains à voter pour), la rupture entre les deux est consommée. Mais au-delà d’une élue du Congrès, Donald Trump est surtout en porte à faux vis-à-vis de sa base.
En effet, pendant la campagne 2024, il avait promis de publier les "dossiers Epstein" et d’exposer les complicités des élites et de "l’état profond". Car dans le monde MAGA, il y a toujours l’idée d’un réseau d’abus couvrant des puissants, que l’État cache la vérité, et la conviction que Trump est celui qui "assèche le marais". Mais le fait qu’il traîne des pieds une fois au pouvoir est une forme de trahison pour la frange la plus anti-système de sa base.
Et si cette affaire a causé la rupture entre Greene et Trump, ce n’est pas le seul sujet de dissension avec la sphère MAGA.
L’autre reproche qui lui est fait, c’est qu’il consacre beaucoup de temps aux sujets internationaux, notamment sur l’Ukraine et le Proche-Orient. Dit autrement, le chantre de l’"America First" ne se concentre pas assez sur les problèmes des Américains.
Enfin, la rhétorique populiste que Donald Trump a toujours tenu et qui plait à sa base est assez peu compatible avec la proximité qu’il affiche avec les patrons de la tech et de Wall Street. Un point qu’avait aussi souligné Marjorie Taylor Greene au moment de sa démission : "Si je suis écartée par MAGA Inc. et remplacée par les néoconservateurs, Big Pharma, Big Tech, le complexe militaro-industriel, des dirigeants étrangers et la classe des grands donateurs qui ne comprennent même pas les vrais Américains, alors de nombreux Américains ordinaires auront eux aussi été écartés et remplacés".
Trump 2028 ?
Il y a donc des divisions au sein du camp Républicain. Mais ce n’est pas nouveau. Ce qui a changé, et c’est ce que montre la passe d’armes avec Marjorie Taylor Greene, c’est qu’on ose désormais s’opposer au chef.
Pourquoi ? Parce que Donald Trump est un président qui est dans son second mandat. En théorie, il ne peut pas se représenter. Tout le monde prépare donc la suite. Et plus le temps avance, plus il risque de perdre en influence sur les élus Républicains.
A moins qu’il ne rempile pour un troisième mandat. Si cela est normalement interdit par le 22ème amendement de la Constitution, il laisse en tout cas planer une forme de doute sur cette éventualité.
Pour son ancien conseiller, Steve Bannon, c’est même plus qu’une éventualité : "Il va obtenir un troisième mandat… Trump sera président en 2028. Les gens feraient bien de s’y habituer", affirmait-il dans un entretien à The Economist fin octobre. Mais si Steve Banon évoque "un plan" qui sera "dévoilé au moment opportun", on ne voit pas très bien comment cela serait possible.
L’idée d’être le vice-président de JD Vance tombe aussi sous le coup du 22ème amendement. Quant à une modification de la Constitution, cela semble impossible. Il faudrait pour cela réunir une majorité des deux tiers au Congrès, puis qu’au moins les trois quarts des États américains (soit au moins 38 sur 50) ratifient le nouveau texte.
Donald Trump continue lui de souffler le chaud et le froid. Ce week-end, il a partagé sur Truth Social une image de lui, générée par IA, tenant une pancarte Trump 2028.
Mais tout cela n’est jamais qu’une façon pour lui de rester dans le jeu, de retarder l’échéance et de ne pas devenir trop vite un "canard boiteux", ce qui est un peu le lot de tous les présidents américains lors de leur second mandat.
Même dans le cas où il pourrait être sur la ligne de départ, une réélection est loin d’être acquise. Il évolue actuellement à son plus bas niveau dans les sondages.





















