Strategy, la société dirigée par Michael Saylor et premier détenteur de bitcoins coté en Bourse, annonce avoir cédé 3 588 bitcoins (environ 216 MUSD) en l’espace d’une semaine. Jamais jusqu’ici la stratégie de Saylor n’avait connu un tel retournement : depuis 2020, Strategy n’avait fait que renforcer son trésor de guerre bitcoin, à l'exception de 32 BTC vendus fin main, accumulant plus de 843 000 BTC. Rappelons-le, sa devise historique était devenue mythique : “On achète, on garde, on ne revend jamais”. Cette promesse a volé en éclats. L’action de Strategy est en chute de -34% en 2026.

Pourquoi ce revirement ?
La réponse est d’abord financière : Strategy a précisé que ces cessions massives visent à financer les dividendes de ses actions préférentielles et à reconstituer une réserve en USD de trésorerie. Michael Saylor et son équipe ont dévoilé fin juin un ”Digital Credit Capital Framework” qui impose à l’entreprise de maintenir au moins 12 mois de liquidités pour honorer les paiements obligataires associés à ces titres à haut rendement.
Concrètement, l’entreprise détient plusieurs catégories d’actions privilégiées (STRC, STRK, STRF, STRD) versant des dividendes élevés (STRC offre par exemple 12% de rendement annuel). Or, début juillet, ces engagements financiers ont atteint un seuil où la société se doit de trouver des fonds frais. Plutôt que d’entrer dans un puits de financement en USD, Saylor a choisi la voie la plus simple : liquider une partie du trésor en bitcoins de la société pour générer de la trésorerie.
Cette mécanique peut surprendre les puristes du Bitcoin, mais elle suit un raisonnement arithmétique : vendre un peu de bitcoins pour arroser ces dividendes. En effet, les actions préférentielles ont vu leur cours plonger sous leur valeur d’émission (STRC est passé sous 100 USD, jusqu’à 71,25 USD fin juin), étant donné que leur utilité pour financer de nouveaux achats de BTC s’est effondrée. Face aux obligations de paiement, Strategy n’avait guère le choix : redresser sa trésorerie dans un contexte où la baisse de certaines lignes fragilise son modèle économique.
Pour donner un ordre de grandeur, lors de la vente symbolique de 32 bitcoins (2,5 MUSD) fin mai 2026, le simple fait que le cœur des bitcoiners batte la chamade avait suffi à faire chuter le marché. Cette fois, en en vendant plus de 100 fois plus, Saylor franchit un cap .
Après la transaction, MicroStrategy conserve 843 775 BTC – soit plus de 4% de l’offre totale de bitcoins en circulation – acquis pour un coût d’environ 63,7 MrdsUSD.

La vente massive a certes cristallisé une lourde moins-value latente : à environ 60 000 USD l’unité vendue, elle se situe nettement en dessous du coût moyen d’achat d’environ 75 476 USD. Au total, la perte comptable latente est aujourd’hui de l’ordre de 11,4 MrdsUSD. Mais cette perte est essentiellement théorique tant que Saylor ne revend pas davantage. En attendant, l’opération a préservé la réserve en USD, désormais portée à 2,55 milliards, permettant à Strategy d’honorer ses versements financiers sans délaisser définitivement ses actifs majeurs.
Un nouveau tournant stratégique
Michael Saylor lui-même martelait que le bitcoin était de l’”énergie numérique” et qu’il fallait accumuler toujours plus de BTC. Aujourd’hui, il tempère son discours : il publie toujours sur X des graphiques d’accumulation, mais insiste désormais sur l’entrée du capital institutionnel dans l’écosystème plutôt que sur les classiques “halvings”.
Le fait d’officialiser une politique de vente de bitcoins par Strategy introduit la possibilité de peser autant à la baisse qu’à la hausse du cours.
Pour les autres entreprises ayant suivi la même stratégie (comme Bitcoin Treasuries, Metaplanet ou d’autres holdings), cette première vente historique de Saylor est scrutée de près. On se demande si elles pourraient à leur tour réévaluer leur doctrine. En effet, le modèle de Strategy repose sur un triple levier : dettes à haut rendement (actions préférentielles), promesse de dividendes en bitcoins, et accumulation agressive de BTC. Lorsque l’un de ces piliers vacille, l’édifice se fissure. La vente illustre cette fragilité : face à des obligations croissantes, même le plus farouche des hodlers a dû composer avec la réalité financière.
Finalement, la transaction de 3 588 bitcoins est moins un repentir stratégique qu’un signe de maturité opérationnelle. La société a montré qu’elle pouvait appliquer le plan qu’elle s’est elle-même fixé pour maintenir sa solvabilité. Toutefois, ce tournant ébranle la perception d’un Saylor intouchable sur ses BTC. Il soulève des questions sur la viabilité à long terme d’une approche consistant à financer des achats risqués par des emprunts structurés.
Dans l’immédiat, le marché digère cette nouvelle sans panique excessive. Les semaines et mois à venir diront si ce revirement restera un cas isolé lié à la situation unique de Strategy, ou s’il préfigure une ère où même les plus grands détenteurs seront prêts à liquider pour sécuriser leurs finances.





















