L’expérience des trésoreries en bitcoins est entrée dans sa première phase de “Deep Discount”. Depuis 2024, une poignée d’entreprises cotées ont fait un pari radical : transformer leur trésorerie en réserve stratégique de bitcoins.
Le principe est simple :
- Lever des fonds (émissions d’actions, obligations convertibles)
- Acheter du BTC
- Laisser le marché valoriser l’action comme un proxy amplifié du bitcoin
Strategy, champion incontesté de cette mécanique, détient ainsi plus de 700 000 bitcoins (soit 54,26 Mrds USD au coût d’acquisition). Des sociétés minières de BTC comme Mara, Riot ou Hut 8 ont également accumulé des bitcoins, soit en l’achetant sur les marchés, soit en l’extrayant via le processus de minage de bitcoins (preuve de travail). L’idée pour elles : soit profiter de la hausse spéculative, soit valoriser l’actif miné (après avoir payé électricité et machines).
Mais ces bitcoins ont deux exigences : un comptage au prix du marché (marquage à la valeur courante imposé par les normes comptables) et surtout… un débouché futur pour réaliser un profit. En d’autres termes, sans acheteurs prêts à payer le prix fort à long terme, le pari perd tout son sens.
En octobre 2025, quand le BTC flirtait avec les 126 000 USD, la mécanique semblait inarrêtable. Les plus agressifs ont accumulé des pactoles. Les investisseurs payaient parfois 2 fois la valeur nette des bitcoins détenus pour obtenir une exposition boursière au BTC. Puis la correction est arrivée. En l’espace de quatre mois, le bitcoin a fondu quasiment de moitié en gravitant désormais autour des 67 000 USD.

Zonebourse
Strategy est désormais valorisée en Bourse à seulement 0,85 fois la valeur de son portefeuille de bitcoins (mNAV). Jamais les investisseurs n’avaient accepté que l’action se traite en dessous de la valeur brute de ses BTC (autrefois ils payaient deux fois cette valeur juste pour l’exposition). La perte latente de Strategy atteint 6 Mrds USD actuellement.

CoinGecko
Ce “discount” inédit reflète un changement de mentalité. En Bourse, on pourrait dire que l’entreprise vaudrait plus “morte que vivante” tant sa stratégie est remise en cause. Trois motifs le justifient :
1) le risque de devoir liquider des bitcoins pour faire face à une dette élevée en obligations convertibles (financées quand le BTC flirtait avec les 100k).
2) l’impossibilité, à ce prix, de réémettre de nouvelles actions fructueuses (l’habituelle manœuvre de créer de la valeur via de nouvelles émissions est aujourd’hui dilutive).
3) l’échéance des notes convertibles : si le cours reste bas, elles devront être remboursées en cash, un casse-tête pour les caisses de l’entreprise.

Zonebourse
Les mineurs : de producteurs à acheteurs
Contrairement aux “accumulateurs purs” comme Strategy, les sociétés minières ont déjà une autre source de valeur : l’extraction. Les poids lourds du mining tirent parti d’autres activités pour compenser la baisse du cours. Par exemple, Hut 8 (4,97x mNAV) dispose de flux annexes (centrale électrique, centres de données pour l’IA) qui offrent une stabilité supplémentaire, tandis que Riot (4,22x) n’a acquis du bitcoin qu’en minant – pas de levier d’emprunt, donc moins de stress comptable.
Pourtant, la pression monte partout. Le coût moyen de production d’un bitcoin est estimé à environ 87 000 USD. Avec le BTC à environ 64 000 USD, nombre de mineurs sont en terrain perdant. Certains acteurs cherchent déjà à convertir en cash une partie de leurs avoirs bon marché : c’est ce que suggèrent les mouvements de MARA par exemple. Le 6 février, le mineur MARA a déplacé 1 318 BTC (86,9 MUSD) vers divers comptes de garde. Parmi les transferts, 653,8 BTC sont partis vers l’établissement Two Prime (spécialiste de collatéral ou de trading) et 300 BTC vers le dépositaire BitGo. De telles opérations peuvent servir de garanties ou préparer une vente hors marché (OTC).
Historiquement, un glissement sur le hashrate Bitcoin (la puissance totale du réseau) annonce des capitulations minières pour limiter la casse. On observe déjà une baisse du hashrate global, passé de 1,15 Zetahash/s à moins de 950 Terahash/s fin janvier. À terme, si le BTC ne remonte pas vite, on peut s’attendre à ce que plus de mineurs “verrouillent” leurs gains en vendant leurs anciens bitcoins minés pour rester rentable. Ce qui pourrait faire davantage pression sur le cours.

Glassnode

























