De la rapidité avec laquelle les marchés boursiers, dopés par la technologie, peuvent se retourner, à l'impact de la fermeture du gouvernement américain, les sujets de réflexion ne manqueront pas la semaine prochaine.

Il ne faudra pas non plus oublier les données économiques chinoises, les spéculations autour du budget britannique et le sommet des Nations unies sur le climat.

Voici tout ce qu'il faut savoir sur la semaine à venir sur les marchés financiers, par Rae Wee à Singapour, Alden Bentley à New York et Amanda Cooper, Marc Jones et Libby George à Londres.

1/ RETOUR À LA RÉALITÉ ?

La semaine débute sur une note optimiste alors que le Sénat américain a franchi, dimanche, une étape décisive vers l'adoption d'une mesure visant à rouvrir le gouvernement fédéral, mettant ainsi fin à une fermeture qui dure depuis 40 jours, paralysant les fonctionnaires, retardant l'aide alimentaire et perturbant le trafic aérien.

Si un accord est finalisé, il faudra encore compiler et reprogrammer les données, ce qui rend peu probable la publication prévue de l'inflation jeudi. Le flou dans les statistiques pourrait donc perdurer pour l'instant.

La paralysie en cours depuis le 1er octobre a désormais dépassé le record établi lors du premier mandat de Donald Trump en tant que président.

Le soulagement pourrait toutefois n'être que temporaire, à mesure que l'on découvre l'impact économique de cette fermeture.

D'autres rappellent qu'un éventuel accord pourrait n'être que provisoire, ce qui ramènerait rapidement les marchés à surveiller de nouveau le risque de shutdown.

2/ L'ABSENCE D'EMBALLEMENT DES DONNÉES

Alors que les investisseurs semblent tourner la page sur une trêve commerciale sino-américaine fragile -- du moins jusqu'à un éventuel regain de tensions --, l'attention revient sur les données domestiques pour évaluer la performance économique de la Chine à l'approche du bilan 2025.

Les chiffres publiés dimanche montrent que la déflation des prix à la production s'est atténuée en octobre et que les prix à la consommation sont repassés en territoire positif.

Les prix de l'immobilier et les ventes au détail, qui figureront parmi les nombreuses statistiques attendues vendredi, ne devraient pas non plus changer la donne d'un horizon morose.

Les exportations chinoises ont chuté de manière inattendue en octobre, selon les données de la semaine dernière.

Cependant, les marchés semblent moins sensibles à cette série de mauvais chiffres, les actions continuant de grimper, portées par la volonté du pays d'accroître son autonomie technologique et de moderniser son appareil industriel.

3/ UN CHAMP DE MINES STATISTIQUE TRÈS BRITANNIQUE

Les investisseurs britanniques se préparent à une baisse des taux de la Banque d'Angleterre en décembre.

Mais avant cela, il faudra traverser une forêt de statistiques -- dont beaucoup seront déterminantes pour la décision de la BoE -- avant que la ministre des Finances, Rachel Reeves, ne dévoile son budget le 26 novembre.

Reeves a ouvert la voie à une hausse des impôts lors d'un rare discours pré-budgétaire mardi, sans toutefois préciser si son plan romprait des engagements de campagne.

La livre sterling affiche son niveau le plus faible face à l'euro depuis 2023 et son point bas face au dollar depuis avril.

Les chiffres attendus cette semaine sur les prix à la consommation, l'inflation salariale et la croissance économique pourraient donner le ton aux marchés britanniques avant ce budget clé, tandis que les chiffres de la balance commerciale pourraient illustrer l'impact des droits de douane imposés par Trump sur la « relation spéciale » entre le Royaume-Uni et les États-Unis.

4/ MARCHÉS ÉMERGENTS : PAS SI IMPACTÉS PAR TRUMP ?

Le Nigeria a rejoint la liste des pays émergents dans le viseur de Donald Trump, après que le président américain a menacé d'une action militaire si le producteur de pétrole d'Afrique de l'Ouest ne fait pas davantage pour protéger ses chrétiens.

Les investisseurs ont à peine réagi à la menace et, quelques jours plus tard, une émission obligataire nigériane a été sursouscrite.

Un schéma se dessine : des menaces de Trump sur le commerce ou d'autres « manquements » supposés, suivies d'une réaction modérée des marchés, comme cela a été observé au Brésil, au Mexique, en Colombie et en Afrique du Sud.

Les coupes dans l'aide américaine décidées par Trump ont fragilisé certaines économies et sa politique commerciale met en péril des centaines de milliers d'emplois dans les pays exportateurs.

Cependant, l'appétit pour le risque, la baisse des coûts d'emprunt mondiaux, la faiblesse du dollar et des perspectives locales positives en matière de croissance et de réformes offrent un solide rempart anti-Trump. Même la Chine attire à nouveau des capitaux.

Les actions nigérianes ont reculé après la salve de Trump dimanche, mais les actions des marchés émergents dans leur ensemble affichent un rendement de près de 32 % en dollars cette année, une performance dépassée seulement par l'or, selon BofA.

5/ COP, MAUVAIS POLICIER

Le sommet mondial sur le climat COP30 s'ouvre lundi à Belém, ville brésilienne choisie symboliquement pour sa situation en pleine forêt amazonienne, à l'embouchure du fleuve.

La rencontre s'annonce particulièrement houleuse. Le nombre réduit de dirigeants présents déplore la fragmentation du consensus mondial sur l'action climatique, critiquant le gouvernement américain -- qui nie le changement climatique -- tout en tentant de rassurer sur leur propre engagement.

Reste à savoir si le monde y croira. Même le Brésil, hôte du sommet, qui cherche à lever 125 milliards de dollars pour protéger les forêts mondiales, vient de prendre la décision très controversée d'autoriser le forage pétrolier en Amazonie.

Ce rassemblement marque également les trente ans des négociations climatiques mondiales. Les pays ont quelque peu freiné la hausse des émissions de carbone, mais pas suffisamment pour éviter ce que les scientifiques considèrent comme un changement climatique extrême dans les décennies à venir.