Tokyo Electric Power (TEPCO) a relancé mercredi un réacteur de la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa après la fin des inspections, une première depuis la catastrophe de Fukushima en 2011.
TEPCO a remis en service le réacteur n°6 de 1,36 gigawatt (GW), l’un des sept que compte Kashiwazaki-Kariwa, la plus grande centrale nucléaire du monde, capable de produire 8,2 GW d’électricité à pleine puissance.
Le processus avait été retardé depuis le 20 janvier, TEPCO menant une enquête sur un dysfonctionnement d’alarme. D’après TEPCO, l’équipement concerné fonctionnait normalement mercredi matin.
La relance constitue « un tournant majeur » pour le gouvernement, a déclaré Filippo Pedretti, analyste du nucléaire et du thermique chez Japan NRG à Tokyo.
« Cela marque la fin de l’impasse nucléaire post-Fukushima et réaffirme l’importance de l’atome pour une fourniture électrique stable, a-t-il ajouté. Si même TEPCO, l’opérateur impliqué dans la catastrophe de Fukushima Daiichi, parvient à relancer sa centrale la plus importante, d’autres installations peuvent suivre. »
Le réacteur n°6 devrait reprendre une exploitation commerciale, renforçant l’approvisionnement électrique dans la région de Tokyo – la plus dynamique du Japon – d’ici la fin février. Le réacteur n°7 pourrait être remis en service vers 2030, tandis que d’autres pourraient être démantelés.
La remise en service de Kashiwazaki-Kariwa porte à 15 le nombre total de réacteurs actuellement relancés au Japon, sur les 33 encore exploitables, après l’arrêt complet du parc de 54 réacteurs suite à la fusion de Fukushima Daiichi en 2011.
La Première ministre Sanae Takaichi pousse à la construction de nouveaux réacteurs, notamment de nouvelle génération et de petits réacteurs modulaires (SMR), le gouvernement ayant récemment annoncé un nouveau dispositif public de financement pour accélérer le retour du nucléaire.
Après des retards dans le déploiement de l’éolien en mer et la pression inflationniste liée aux importations d’énergies fossiles, le Japon réoriente sa stratégie vers le nucléaire pour renforcer sa sécurité énergétique et réduire ses achats de gaz et de charbon.
Les analystes de Kpler s’attendent à ce que les importations japonaises de gaz naturel liquéfié (GNL) – parmi les plus importantes au monde avec la Chine – chutent de 4 millions de tonnes métriques en 2026 par rapport à l’année précédente, à 62 millions de tonnes, grâce à une plus grande disponibilité du nucléaire et si le réacteur n°6 revient en exploitation commerciale dès cette année.
« L’importance de la relance du réacteur (n°6) s’accroît du point de vue de la gestion de l’offre et de la demande électriques, des tarifs et de la sécurisation de sources d’énergie décarbonées », a déclaré mercredi le Secrétaire général du gouvernement, Minoru Kihara.
UN TEST POUR L’INDUSTRIE
La relance de Kashiwazaki-Kariwa, première pour TEPCO depuis Fukushima, constitue un test majeur pour l’ensemble de l’industrie nucléaire japonaise, alors que six réacteurs exploités par d’autres compagnies, dont Chubu Electric Power Co, attendent une décision réglementaire sur leur possible redémarrage.
Ces évolutions sont aussi surveillées alors que le Japon cherche à renforcer sa coopération avec les États-Unis, son allié le plus proche, sur les réacteurs de nouvelle génération et les SMR, alors que l’industrie atomique mondiale reste dominée par la Chine et la Russie.
Ce mois-ci, l’Autorité de régulation nucléaire japonaise (NRA) a annoncé qu’elle demanderait à Chubu Electric un rapport détaillé sur la falsification de données sismiques et suspendrait l’examen de la demande de redémarrage de Hamaoka, sa seule centrale nucléaire, alors que l’opinion publique demeure divisée sur l’extension du nucléaire.
« Si d’autres réacteurs ne devraient pas être stoppés pour ce motif, la NRA pourrait toutefois renforcer ses contrôles sur l’ensemble des exploitants », estime Pedretti. « La confiance dans les opérateurs nucléaires est primordiale. »



















