Le PDG de CME Group, Terry Duffy, a averti jeudi que les régulateurs américains engendrent un risque systémique en autorisant les contrats à terme perpétuels sur cryptomonnaies, critiquant au passage le processus d'approbation de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) pour ces produits inédits.

S'exprimant lors de la conférence Global Exchange & Fintech organisée par Piper Sandler, M. Duffy a déclaré que l'homologation par la CFTC des 'perps', des produits dérivés intégrant généralement des effets de levier massifs, s'avérait extrêmement risquée pour le système financier.

'C'est une catastrophe annoncée', a affirmé M. Duffy. 'Je pense que le marché a été supplanté par un marché de spéculation, ce qui ne sert les intérêts de personne.'

La plateforme d'échange de cryptomonnaies Coinbase et le marché de prédiction Kalshi ont annoncé le mois dernier le lancement de contrats 'futures' perpétuels après avoir reçu le feu vert de la CFTC. C'est la première fois que de tels instruments seront accessibles aux investisseurs américains via des bourses régulées domestiques.

Les contrats à terme perpétuels, ou 'perps', sont des dérivés cotés sans date d'expiration, permettant aux traders de maintenir leurs positions indéfiniment sans avoir à procéder au roulement des contrats. Ces produits autorisent également des niveaux de levier élevés - atteignant souvent un ratio de 50 pour 1 - permettant aux investisseurs d'amplifier leur exposition aux mouvements de marché.

M. Duffy a prévenu que ce levier extrême, combiné aux modèles de liquidation automatique répandus dans le secteur, constitue une menace significative pour les investisseurs particuliers qui pourraient ne pas saisir pleinement l'effet corrosif des coûts de financement sur leurs positions.

Un porte-parole de la CFTC n'a pas répondu immédiatement à une demande de commentaire. L'agence a précisé qu'elle approuverait ces produits au cas par cas.

Le CME, le CBOE et Intercontinental Exchange (société mère du New York Stock Exchange) ont subi des dégagements boursiers cette semaine, les investisseurs craignant que la décision de la CFTC ne crée une nouvelle menace concurrentielle majeure pour les bourses historiques à long terme.

M. Duffy a toutefois balayé ces craintes, soulignant que la demande institutionnelle pour ces produits risqués reste limitée. Il a précisé que 85% à 90% de l'activité du CME est portée par les institutionnels et que les analystes ne s'attendent pas à ce que les 'perps' aient un impact significatif sur les contrats à terme traditionnels, car ils ne constituent pas une alternative viable aux instruments conçus pour les institutionnels.

M. Duffy a également critiqué la précipitation du processus d'approbation de la CFTC, estimant qu'elle a contourné l'examen complet traditionnel pour ce qu'elle a pourtant qualifié d'instrument 'nouveau et complexe'.