Une manne providentielle dans les infrastructures transforme lentement mais sûrement le paysage canadien. Le gouvernement fédéral a fait des dépenses d'infrastructure un moteur structurel de la croissance économique. Cette décision positionne le marché national de l'équipement lourd comme le principal bénéficiaire.

Le budget 'Bâtir un Canada fort' d'Ottawa a engagé 115 milliards de dollars canadiens en investissements de capital entre 2025-26 et 2029-30. Ce rythme de déploiement, qualifié par le gouvernement d'une 'ampleur et d'une rapidité inédites depuis des générations', devrait presque doubler les dépenses annuelles de capital fédéral, passant de 32,2 milliards de CAD en 2024-25 à une projection de 59,6 milliards de CAD d'ici 2029-30.

Les fonds sont déjà mobilisés : le seul Fonds pour bâtir des communautés fortes débloquera 51 milliards de CAD sur dix ans à partir de 2026-27, tandis que les programmes pour les corridors de commerce et les infrastructures de l'Arctique accentuent la demande de matériel lourd sur les chantiers, de Windsor au Nunavut.

Pour les concessionnaires d'équipement, cette trajectoire se traduit par un cycle de commandes soutenu sur cinq ans, accompagné d'une croissance cumulative des volumes de support produit, de location et de pièces de rechange. La résilience de ces perspectives de demande est confirmée par le rapport d'impact économique canadien de mai 2026 de l'Association of Equipment Manufacturers, qui atteste que l'industrie canadienne de fabrication d'équipement tient bon malgré les vents contraires macroéconomiques.

Dans ce contexte, Toromont s'est imposé comme un pilier diversifié au Canada, servant ses clients via deux divisions distinctes : le Groupe Equipement, leader des concessionnaires Caterpillar, et CIMCO, référence centenaire du marché des solutions de gestion thermique.

Une force d'exécution redoutable

L'entreprise a entamé l'exercice 2026 avec un premier trimestre solide. Le chiffre d'affaires s'est établi à 1,2 milliard de CAD, en hausse de 13% sur un an par rapport à 1,1 milliard de CAD. L'élément clé réside ici dans l'effet de levier : le bénéfice d'exploitation a bondi de 44% sur un an pour atteindre 143 millions de CAD, contre 99,6 millions au T1 2025, illustrant la capacité de Toromont à convertir ses ventes additionnelles en profits réels.

La marge d'exploitation s'est significativement redressée, gagnant 250 points de base pour atteindre 11,6% (contre 9,1%), portée par les livraisons d'équipement, les locations et le support produit, les systèmes d'énergie et l'acquisition récente d'AVL Manufacturing Inc. ayant largement contribué à cette performance.

Le mix d'activité a joué un rôle déterminant. L'exécution du Groupe Equipement a généré l'essentiel de la hausse, tandis que CIMCO a affiché une croissance modeste de ses revenus mais a accusé un retard de rentabilité dû au calendrier des projets et au poids des coûts. Certes, ce n'est pas idéal, mais cela reste saisonnier et réversible.

Le bénéfice net a progressé de 25% sur un an pour s'établir à 92,7 millions de CAD, contre 74,4 millions, même après avoir absorbé la hausse des dépenses et les coûts d'engagements d'achat liés à l'intégration d'AVL Manufacturing — des frictions qui n'ont pas enrayé la dynamique.

En résumé : Toromont ne se contente pas de croître ; elle opère avec assurance. La solidité du carnet de commandes et l'expansion des marges suggèrent qu'il ne s'agit pas d'un trimestre isolé, bien que CIMCO doive améliorer son exécution pour que le scénario reste intact.

Le prix de la qualité

Le titre Toromont a connu un rallye impressionnant, progressant de 91,6% au cours des 12 derniers mois pour s'établir à 217,3 CAD, non loin de son plus haut sur 52 semaines de 225 CAD. Une telle ascension ne passe pas inaperçue, et elle ne se fait certainement pas à bas prix.

Avec un ratio cours/bénéfice (P/E) prospectif de 30,9x sur les estimations de l'exercice 2026, l'action se négocie bien au-dessus de sa moyenne sur trois ans de 21,3x. Cela indique que le marché anticipe déjà le maintien d'une exécution rigoureuse et de marges élevées. Avec une capitalisation boursière de 17,7 milliards de CAD (12,9 milliards de USD), Toromont est valorisée comme une valeur de croissance de haute qualité.

Le consensus des analystes est plus nuancé. Six analystes sur neuf recommandent l'achat. L'objectif de cours moyen de 226 CAD n'implique qu'un potentiel de hausse de 4%. C'est, en substance, la manière dont le marché signifie : 'Excellente société, mais le plus gros du profit a déjà été capté'.

Turbulences à l'horizon

Toromont a gagné ses galons parmi les opérateurs les plus fiables du Canada, et la performance de cette année ne fait que renforcer cet héritage. Cependant, un titre ayant progressé aussi fortement laisse peu de place à la déception. L'exécution irrégulière de CIMCO est un point de vigilance. Il en va de même pour la pérennité des budgets fédéraux d'infrastructure si les priorités budgétaires d'Ottawa venaient à changer. Toromont est une entreprise remarquable, mais au cours actuel, le marché parie sur un parcours sans faute.