Les marchés américains et mondiaux ont bondi lundi, portés par l'espoir d'une issue prochaine au shutdown du gouvernement américain, déclenchant un rallye de soulagement mené par la tech. Parallèlement, le yen a chuté après que la Première ministre japonaise Sanae Takaichi a affiché sa préférence pour une politique budgétaire plus souple et une approche monétaire moins restrictive.
Plus d'informations à ce sujet ci-dessous. Dans ma chronique du jour, j'analyse le rôle de la couverture de change dans la réalisation du surprenant « gagnant-gagnant » de l'administration Trump cette année : un dollar plus faible et un boom de Wall Street. Les étoiles pourraient-elles s'aligner de la même façon l'an prochain ?
Si vous avez un peu plus de temps pour lire, voici quelques articles que je recommande pour mieux comprendre les mouvements de marché de la journée :
- Un compromis au Sénat américain ouvre la voie à la fin du shutdown gouvernemental
- Le marché boursier marque une pause mais les investisseurs restent optimistes
- L'IA obscurcit le tableau de bord économique : Mike Dolan
- EXCLUSIF : La Chine commence à assouplir les règles d'exportation des terres rares, mais en deçà des attentes de Trump, selon des sources
- Takaichi annonce un objectif budgétaire plus souple et appelle à la prudence sur une hausse des taux de la BOJ
Principaux mouvements de marché aujourd'hui
- ACTIONS : Wall Street en hausse entre 0,8 % et 2,3 %. Corée du Sud en progression de plus de 3 %, l'Italie de plus de 2 % à un sommet de 18 ans.
- SECTEURS : Tech US +2,7 %, biens de consommation discrétionnaire +1,5 %, biens de consommation courante -0,3 %. Palantir +8,8 %, Nvidia +5,8 %. L'ETF Roundhill « Mag 7 » signe sa plus forte hausse depuis mai.
- DEVISES : Indice dollar stable, mais dollar/yen franchit 154,00. Le yen est la grande devise perdante du G10, le dollar australien le principal gagnant.
- OBLIGATIONS : Rendements US en hausse de 4 points de base sur le court terme alors que la probabilité d'une baisse des taux de la Fed en décembre tombe à 60 %. La courbe s'aplatit.
- MATIÈRES PREMIÈRES/MÉTAUX : L'or bondit de 3 %, le pétrole grimpe de presque 1 %.
Points à retenir aujourd'hui
* Vers la fin du shutdown
La fin du plus long shutdown de l'histoire des États-Unis semble proche, et les marchés financiers poussent un soupir de soulagement. Du moins, c'est le cas des actions : le dollar reste stable et les taux américains n'ont progressé que de quatre points de base.
Au-delà du rallye de soulagement immédiat, que doivent retenir les marchés ? Hormis la reprise de la collecte et de la publication des données, probablement pas grand-chose. La plupart des pertes de croissance du trimestre seront compensées au suivant. Les investisseurs semblent toujours plus enclins à « acheter la baisse » qu'à « vendre la hausse ».
* Les chèques de 2 000 $ de Trump
Le président américain Donald Trump a évoqué l'envoi de chèques « dividende des droits de douane » de 2 000 $ à la plupart des foyers américains. Désormais, avec une sortie de crise du shutdown en vue, et après une série d'élections locales difficiles, pourrait-il passer à l'acte ?
De nombreux obstacles demeurent, à commencer par l'approbation du Congrès. Beaucoup d'analystes jugent la mesure peu crédible tant que l'inflation reste élevée, la croissance solide et le déficit abyssal. Mais cela illustre la vision économique de l'administration : faire tourner l'économie à plein régime, en faisant fi du déficit.
* Détente américano-chinoise
Les relations entre les États-Unis et la Chine semblent se dégeler. Deux exclusivités Reuters récentes révèlent que Pékin conçoit un nouveau régime de licences pour les terres rares afin d'accélérer les exportations, et que le directeur du FBI, Kash Patel, était en Chine la semaine dernière pour discuter du fentanyl et de questions de sécurité.
Le processus sera long, mais il semble que les deux parties jettent les bases du cadre d'accord commercial convenu le mois dernier par les présidents Trump et Xi. Washington se félicitera également que le fixing dollar/yuan quotidien de Pékin continue de baisser. Une raison supplémentaire d'« acheter la baisse » ?
L'équilibre du dollar de Trump pourrait dépendre de la couverture
L'administration Trump a réalisé un surprenant coup double cette année : Wall Street a flambé tandis que le dollar s'est affaibli. Mais un bis repetita l'an prochain semble improbable, car l'ingrédient clé de ce cocktail, la couverture de change, pourrait manquer.
Un taux de change plus faible est au coeur de la vision du président Trump et de son secrétaire au Trésor, Scott Bessent : restaurer la puissance industrielle américaine, stimuler les exportations et réduire le déficit commercial massif du pays.
L'administration a obtenu gain de cause cette année, l'indice dollar ayant signé son pire semestre janvier-juin depuis plus d'un demi-siècle, chutant jusqu'à 12 % à un moment donné, tandis que le S&P 500 a ignoré le chaos tarifaire d'avril pour atteindre de nouveaux sommets.
L'ingrédient clé de cette équation a été la couverture dollar. Les investisseurs étrangers, d'abord réticents face à la politique économique et internationale de Trump en début de second mandat, voulaient tout de même profiter du boom boursier alimenté par l'IA. Ils ont donc massivement acheté des actions américaines, tout en se couvrant contre le risque de change en vendant le dollar via les dérivés.
COUVERTURE À SON SOMMET ?
Le dollar évolue globalement de façon stable depuis juin, tandis que Wall Street poursuit sa progression, ce qui suggère que l'activité de couverture reste suffisante pour plafonner le billet vert.
Selon Deutsche Bank, plus de 80 % des flux actions américains venus de l'étranger sont désormais couverts. Si cela se confirme, la marge de progression serait donc limitée.
Bien sûr, il n'existe pas de données officielles sur la couverture, ni de méthode unique pour la mesurer, ce qui donne lieu à des estimations très variables, celle de Deutsche Bank étant la plus élevée.
Les stratèges de JPMorgan estiment que la demande de couverture s'est atténuée ces derniers mois, alors que les craintes d'une guerre commerciale apocalyptique se sont dissipées et que le dollar s'est stabilisé.
Ils analysent les flux nets vers les ETF actions américains domiciliés à l'étranger, évaluant la part de ce capital investie dans des ETF couverts contre le risque de change par rapport aux ETF non couverts.
Depuis juillet, la demande étrangère est restée soutenue pour les deux types, mais les flux en dollars sont nettement orientés vers les ETF non couverts, bien plus nombreux.
EN DÉCLIN ?
Comment la demande de couverture évoluera-t-elle l'an prochain ? Si la perception mondiale du dollar et des États-Unis se dégrade comme en début d'année, les investisseurs devraient maintenir des ratios de couverture élevés, limitant la hausse du dollar même si l'appétit pour les valeurs technologiques reste fort.
À l'inverse, le récit d'une « exception américaine » portée par l'IA a refait surface depuis la mi-anneée. Il suffit de voir la valorisation récente de Nvidia, à 5 000 milliards de dollars. Si l'économie américaine surperforme en 2025, les investisseurs étrangers pourraient ne plus voir l'intérêt de se couvrir.
Une étude de la Banque des règlements internationaux en juin a conclu que « l'importance relative de la couverture pourrait diminuer comme facteur de soutien du dollar », et que les perspectives économiques américaines devraient peser davantage dans la décision des investisseurs à l'avenir.
PARADOXE DE POLITIQUE ÉCONOMIQUE
Comment cela s'articule-t-il avec l'agenda économique de Trump ? C'est là que les choses se compliquent.
Un dollar plus faible est au coeur de la politique de Trump, mais cela entre en contradiction avec un autre objectif de l'administration pour l'année à venir : attirer des investissements records de la part des gouvernements et entreprises étrangères, ce que Scott Bessent affirme être un moteur à la fois pour Wall Street et l'économie réelle.
« Des milliers de milliards de dollars affluent dans notre pays de la part d'autres nations, entreprises et investisseurs », a déclaré Donald Trump lors d'un forum économique à Miami la semaine dernière, affirmant avoir déjà obtenu 18 000 milliards de dollars d'investissements promis, un chiffre qui pourrait grimper à 21 000 milliards.
Même en tenant compte d'une probable exagération, une incohérence de fond demeure, du moins pour l'économie réelle. D'importants flux de capitaux devraient, toutes choses égales par ailleurs, faire s'apprécier le dollar.
La couverture de change explique en grande partie la faiblesse du dollar cette année, alors même que les investisseurs ont massivement acheté des actions américaines. Si ce frein venait à disparaître, mais que les flux de capitaux restaient massifs, la politique industrielle « America First » de l'administration se heurterait à un véritable casse-tête.
Quels événements pourraient influencer les marchés demain ?
- Commerce extérieur et compte courant du Japon (septembre)
- Intervention de Megan Greene (Banque d'Angleterre)
- Emploi et salaires au Royaume-Uni (septembre)
- Indice ZEW du sentiment économique en Allemagne (novembre)
- Inflation au Brésil (octobre)
- Discours du gouverneur Michael Barr (Fed américaine)
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Les opinions exprimées sont celles de l'auteur et ne reflètent pas celles de Reuters News, qui, selon les Trust Principles, s'engage à l'intégrité, l'indépendance et l'impartialité.



















