Ce devait être la semaine du rapport sur l’emploi aux Etats-Unis. Mais avec un shutdown qui entre dans son 37ème jour, les investisseurs n’auront pas droit à ces données, pour le deuxième mois consécutif.
Difficile dans ce contexte de se faire une idée précise de l’état de l’économie américaine, et en particulier du marché du travail.
Reste donc quelques sources privées de statistiques. Hier, l’enquête ADP a plutôt rassuré, faisant état de 42000 emplois privés créés en octobre, au-delà du consensus des économistes qui en attendait 30 000.
La pire année depuis 2009
Mais les chiffres de l’enquête Challenger, publiés ce matin, sont plus inquiétants. Le mois dernier, les entreprises américaines ont annoncé 153 000 licenciements. C’est le pire mois d’octobre depuis 2003. Cela porte le nombre de licenciements depuis le début de l’année à 1.1 million. D’ores et déjà, c’est la pire année depuis 2009.
"Certains secteurs subissent une correction après la vague d'embauches liée à la pandémie, mais ce repli intervient alors que l'adoption de l'IA, le ralentissement des dépenses de consommation et d'entreprise et la hausse des coûts entraînent des restrictions budgétaires et un gel des embauches", indique Challenger dans son rapport.

Sources : Challenger, Gray & Christmas, Bloomberg. Le graphique n’inclue pas le mois d’octobre 2025.
Depuis plusieurs mois, on constate le ralentissement du marché du travail américain. C’est ce que montrent les créations d’emplois, qui sont tombées à 29 000, en moyenne, sur les trois derniers mois publiés.
Mais dans le même temps, le taux de chômage est resté assez stable. D’où le concept très répandu depuis plusieurs mois de "low hiring, low firing" (un marché du travail qui s‘équilibre, avec à la fois peu de licenciements et peu d’embauches). L’enquête Challenger confirme qu’il y a peu d’embauches : les plans de recrutements sont au plus bas depuis 2011. Mais remet en cause l’idée qu’il y a peu de licenciements.
Les entreprises prêtes à licencier ?
Durant la pandémie, les entreprises ont fait face à des pénuries de main d’œuvre. Une expérience qui les a conduit à être plus prudentes vis-à-vis des licenciements. Dans un marché du travail tendu, les entreprises conservent leurs salariés, même en cas de ralentissement, de peur de ne pas pouvoir recruter quand l’activité redémarre.
Une statistique permet de comprendre cette problématique : le nombre de chômeurs rapporté au nombre de postes ouverts. Dans la phase de reprise post-covid, il y avait deux postes à pourvoir pour un Américain un chômage. Ce ratio a ensuite diminué pour revenir à un.
Cela montre que le marché du travail est beaucoup moins tendu, que le rapport de force est nettement moins en faveur des salariés. Résultat, les entreprises sont moins réticentes à licencier si l’activité diminue. A cela, il faut ajouter le déploiement de l’intelligence artificielle dans les entreprises, bien que l’ampleur soit encore difficile à mesurer.
Les chiffres de licenciement de l’enquête Challenger sont un peu le scénario que redoutait Jerome Powell, dans son discours à Jackson Hole, fin août. C’est à ce moment-là qu’il avait ouvert la porte aux baisses de taux, en indiquant que l’équilibre très particulier du marché du travail (baisse simultanée de l’offre et de la demande de travail) pourrait in fine conduire à plus de licenciements et à une remontée du taux de chômage.
Il faudra encore d’autres statistiques pour confirmer que ce scénario se met en place. Mais ces données renforcent le camp de ceux qui plaident pour des baisses de taux additionnels.

















