Vincent Bedouin, dans notre dernier interview, fin 2021, vous justifiiez l’acquisition de Firstronic qui s’était accompagnée d’une augmentation de capital. Avec le recul, comment regardez-vous cette aventure américaine ? Quelles conséquences durables cela aura-t-il sur la stratégie de Lacroix à l’avenir, en Amérique et par ailleurs ?
"Tout d’abord, il ressort de cette expérience la volonté de diversifier nos expositions sectorielles. Majoritairement positionné sur l’automobile, Firstronic a connu des perturbations et des évolutions sectorielles qui ont déjoué nos projections (moindre électrification des motorisations, barrières tarifaires…). Par ailleurs, il en ressort que si une autre opération de ce type (taille, éloignement géographique) devait être réalisée à l’avenir, l'intensité managériale à y consacrer devra être renforcée. En l’occurrence, une présence permanente aux Etats-Unis le temps de l’intégration, pour sécuriser la partie industrielle et les conditions commerciales de contrats majeurs, aurait augmenté nos chances de succès. Au final, si l’on essaie de regarder les choses de façon positive, le Groupe se retrouve aujourd’hui avec un meilleur équilibre de ses deux activités, "Electronics" et "Environment" et un périmètre qui rend plus atteignable notre objectif de marge normative d’Ebitda de 9%."

Un recentrage opéré sur les activités « résilientes et rentables » (source : présentation du 1er avril 2026)
La question de la sortie totale d’Electronics (<10% de l’Ebitda du Groupe) pour se concentrer sur Environnement s’est-elle posée ? Que manque-t-il à Electronics pour devenir significativement et durablement contributif en termes de résultat net ?
"Il n’y a pas de question tabou. En l’occurrence la question se poserait si Electronics pesait sur le développement d’Environment. Or, ce n’est pas le cas. D’une part car Electronics (hors la partie américaine) génère du cash, et d’autre part car Environment est constitué de métiers de niches qui, pendant ces années difficiles pour Electronics, ont pu continuer de creuser leur sillon sur leurs segments porteurs, moyennant des investissements continus mais raisonnables. La conquête de nouveaux territoires, de nouveaux clients et l’ajout de logiciels et de services aux équipements se concrétisent indépendamment d’Electronics et même parfois avec l’appui d’Electronics dont deux usines fournissent des équipements et sécurisent des approvisionnements parfois critiques. Et nous avons toujours pour ambition de porter la marge d’Ebitda d’Electronics à 5%."

Que manque-t-il aujourd’hui pour porter cette marge d’Electronics à un niveau convenable ?
"Un peu plus d’activité aiderait bien sûr mais, surtout, il s’agit comme en Pologne d’aller chercher des contrats plus rémunérateurs que les grands programmes dans l’automobile, par exemple dans l’aéro-défense, la domotique et l’industriel. En Allemagne, l’usine est plus petite et a connu un ralentissement de l’activité, notamment dans l’industrie. Nous sommes en train de renforcer notre positionnement sur la défense où le site a un historique important et où la demande est forte localement. En Tunisie, l’activité a connu un creux d’activité en domotique, notamment dans les pompes à chaleur, mais elle repart. En France, notre usine récente de Beaupréau, après avoir rapidement atteint près de 100 M€ de facturation, est repassée en dessous de ce seuil alors qu’elle est capable de monter à 150 M€. En 2025, des programmes en cours sont passés en double sourcing chez nos clients, des projets clients ont été reportées et nous avons rencontrées des difficultés dans le recrutement et la fidélisation des talents, mais un grand nombre de nouveaux programmes notamment militaire/aéro vont monter en puissance. C’est pourquoi je milite pour que nous travaillions davantage en filière avec les grands donneurs d’ordre de la filière aéro/défense."
Concernant l’activité Environment, les marges sont-elles homogènes d’un secteur et d’un pays à l’autre ? Y a-t-il des foyers de pertes ? Pourquoi les marges vont-elles se tasser en 2026 pour cette division ?
"Les marges de chacune de nos activités Environment dépend directement de la nature de notre offre, c’est-à-dire de la part de logiciels, d’équipements et d’intégration mécanique (exemple la fourniture d’armoires métalliques dans lesquelles sont câblées certains de nos équipements), cette dernière étant moins bien margée. D’où une meilleure rentabilité dans l’Eau, et ce malgré une vraie stratégie achat de nos clients, avec des remises liées aux volumes commandés. En 2026, après une activité multipliée par deux entre 2019 et 2025 dont près de 15% en 2025, la stabilisation de l’activité liée à l’attentisme habituel qui accompagne les années électorales (Eclairage Public en retrait) devrait amener la marge d’Ebitda à se normaliser en 2026, tout en restant au-dessus du seuil des 20%. Continuer de progresser au-delà des 23% serait peu pertinent stratégiquement, l’enjeu étant de continuer de prendre des parts de marché et d’étendre nos offres, notamment en augmentant notre force de frappe commerciale à l’international."
Quelle est votre stratégie d’acquisition, de financement et de rémunération de l’actionnaire ? Pourquoi avoir eu recours à l’affacturage ?
"Notre trajectoire 2027 n’intègre pas d’acquisition ni d’augmentation de capital. Nos investissements resteront autour de 2% du CA et notre ratio d’endettement DFN/Ebitda devrait passer de 2.6X en 2025 à moins de 2X en 2027. Cela sera facilité par le maintien à cet horizon de notre programme de factoring déconsolidant qui s’élevait à 16,5 M€ à fin 2025. Concernant le retour à l’actionnaire, nos capitaux propres ont besoin d’être reconstitués après avoir été fortement entamés par les pertes qui accompagnent nos dernières sorties de périmètre."
Vous avez indiqué être serein quant à l’atteinte des objectifs de quasi stabilité de l’activité et des marges en 2026. La marche ne risque-t-elle pas en revanche d’être trop haute pour atteindre les objectifs de 2027 ? Qu’est-ce qui vous permet de prévoir une accélération de la croissance ?
"Je qualifierais notre trajectoire d’ici 2027 de solide et réaliste. En 2026, la progression modérée du CA et de l’Ebitda que nous avons annoncée n’est pas si prudente car les incertitudes sont nombreuses (dynamiques de marché, disponibilité des composants, etc.). L’objectif d’accélération en 2027 (+6 à +12% de croissance organique et une marge d’Ebitda >8%) est ambitieux mais se fonde sur la montée en volume de nouveaux programmes clients que nous sommes en train d’introduire ou qui doivent entrer en production chez Electronics et sur des nouveaux produits dans un secteur porteur chez Environment (renouvellement des équipements 2G/3G, nouvelles normes cyber, projets technologiques de plus grande envergure, etc.)."

Une croissance soutenue pour Lacroix Environnement, mais une pause en 2026 (source : présentation du 1er avril)
L’auteur de cet article est actionnaire de la société à titre personnel



















