Au fond, Tokyo et Washington poursuivent un même objectif : mieux coordonner leurs réponses aux défis sécuritaires et énergétiques.
Une semaine après l’entrée en fonction de Sanae Takaichi, Donald Trump a eu l’honneur d’être le premier dirigeant étranger à la féliciter en personne. La première femme à la tête du pays du Soleil Levant avait alors annoncé un “nouvel âge d’or” des relations nippo-américaines, allant jusqu’à promettre de recommander Donald Trump pour le prix Nobel de la paix.
Ce rapprochement s’inscrit dans une logique d’intérêts communs, d’abord vis-à-vis de la Chine, mais aussi dans le cadre d’une relation bilatérale où la logique transactionnelle occupe une place centrale.
L’été dernier, un accord sur les droits de douane a ainsi été conclu, assorti d’une promesse d’investissement de 550 milliards de dollars aux États-Unis afin d’alléger les tarifs initiaux. Depuis, les discussions portent sur la nature de ces investissements, sur le rapprochement des forces militaires et sur l’accès aux métaux critiques.
Des intérêts énergétiques
À l’automne dernier, les deux pays ont signé un accord-cadre sur les terres rares afin de renforcer leur résilience, alors qu’ils étaient tous deux en proie aux contrôles à l’exportation imposés par la Chine. Ce jeudi, lors de leur rencontre, les États-Unis et le Japon ont signé un plan d’action destiné à développer des alternatives.
Il a été question de prix planchers, de coopérations entre entreprises américaines et japonaises, mais aussi d’une meilleure coordination du stockage de minéraux critiques afin d’éviter les pénuries.
Un groupe de travail doit également accélérer le développement des ressources minérales en eaux profondes. Pour Donald Trump, l’enjeu est de sécuriser l’approvisionnement et stabiliser les prix de l’énergie et des métaux précieux sur le sol américain.
Le Japon entend logiquement donner pour mieux recevoir. La semaine dernière, le Japon a demandé des assurances afin que les nouveaux droits de douane envers les partenaires commerciaux des Etats-Unis ne désavantagent pas le Japon par rapport à l’accord précédent.
Des intérêts sécuritaires
Côté japonais, l’enjeu est aussi de consolider l’alliance la plus importante du pays à un moment où les tensions régionales se sont particulièrement accrues. Sanae Takaichi avait d’ailleurs suggéré la possibilité d’une intervention militaire en cas d’invasion chinoise de Taïwan : “Et si les forces américaines, agissant conjointement avec nous, sont attaquées et que le Japon ne fait rien et s’enfuit simplement, l’alliance Japon-États-Unis s’effondrerait”.
Cette déclaration avait suscité la colère de Pékin et contribué à détériorer encore davantage des relations bilatérales déjà très tendues, avec notamment des restrictions sur l’exportation de biens susceptibles d’être utilisés dans la fabrication d’armes.
Avec une majorité écrasante à la chambre basse du Parlement, Sanae Takaichi dispose d’un levier politique et procédural unique pour faire évoluer la Constitution japonaise et engager une militarisation accrue du pays. À travers des mots chaleureux et des avancées concrètes sur les priorités américaines, Tokyo cherche à ancrer plus solidement les États-Unis dans l’Indo-Pacifique afin de renforcer la dissuasion face à la Chine.
On l’a vu avec la volonté du gouvernement japonais de rejoindre le fameux projet de bouclier antimissile "Golden Dome" porté par Donald Trump. Washington souhaite un Japon plus robuste, plus autonome sur le plan militaire, capable de renforcer la dissuasion tout en partageant davantage le fardeau stratégique.
L’arrivée au pouvoir de la conservatrice Sanae Takaichi laisse entrevoir une ligne moins ambiguë sur les questions de sécurité, en particulier vis-à-vis de la Chine et de Taïwan. La Première ministre est en mesure de faire avancer le débat pour modifier la Constitution pacifiste adoptée en 1947. Les États-Unis verraient d’un bon œil une telle évolution, dans la mesure où le Japon ne peut aujourd’hui pas déployer ses forces militaires pour combattre, ce qui limite sa capacité à s’inscrire dans les priorités stratégiques de Donald Trump, notamment autour de la sécurisation du détroit d'Ormuz.
Pour autant, il n’y a pas de besoin immédiat de modifier la Constitution pour renforcer les capacités japonaises. Sanae Takaichi a annoncé vouloir porter le budget de la défense à 2% du PIB dès 2026, soit deux ans avant le calendrier initial de montée en puissance des dépenses militaires. Cette hausse s’accompagnerait de commandes supplémentaires aux États-Unis. Le gouvernement souhaite aussi créer une agence de renseignement extérieur inspirée de la CIA ou du MI6 par exemple.
La Première ministre japonaise arrivait donc à Washington dans une position délicate, sous la pression de Trump sur l’Iran et le détroit d’Ormuz, avec le risque d’être publiquement poussée à promettre davantage que ce que le Japon peut légalement faire. Elle est finalement repartie sans engagement militaire supplémentaire, mais surtout avec l’essentiel, une relation personnelle préservée avec le président américain.






















