La banque italienne UniCredit a annoncé jeudi avoir conclu un accord non contraignant pour céder des pans de sa filiale russe à un 'investisseur privé de premier plan' basé aux Émirats arabes unis, ne conservant en Russie que ses activités de paiement.

Opposée à une vente à perte de ses opérations après le déclenchement de la guerre en Ukraine, UniCredit a réduit la voilure en Russie sous l'injonction de la Banque centrale européenne et à la suite d'un bras de fer avec le gouvernement italien, ce dernier craignant que les intérêts de la banque en Russie ne menacent la sécurité nationale.

Le Kremlin, dont l'aval est requis pour ce type de transaction, a déclaré qu'il examinerait le dossier une fois saisi d'une demande officielle, tout en soulignant la complexité d'une telle décision.

Cette annonce surprise intervient alors qu'UniCredit a lancé cette semaine une offre publique d'achat hostile sur l'allemande Commerzbank.

En mai 2025, trois sociétés émiraties avaient approché le Trésor italien avec un projet de rachat d'UniCredit Russia, une démarche qui était restée sans suite.

Inweasta, l'une de ces sociétés, a déclaré jeudi par courriel à Reuters qu'elle 'surveille activement les opportunités d'investissement et de conseil' sur ses marchés clés, dont la Russie, mais qu'elle ne commente que les transactions finalisées.

UniCredit Russia occupe actuellement le 23e rang national en termes d'actifs nets, selon Sergey Zhitelev, analyste chez Veles Capital. Il y a quatre ans, elle était la 12e banque du pays.

'La continuité de l'exploitation devrait être préservée durant la période de transition', a précisé M. Zhitelev.

AUCUN IMPACT ATTENDU SUR LA RÉMUNÉRATION DES ACTIONNAIRES

Le projet de cession partielle entraînera une charge exceptionnelle comprise entre 3 et 3,3 milliards d'euros. La banque a toutefois précisé que cet impact n'affecterait pas ses plans de rémunération des actionnaires.

Les activités russes ont contribué à hauteur de 800 millions d'euros au bénéfice net d'UniCredit en 2025. Le PDG Andrea Orcel a indiqué que ce chiffre serait divisé par deux cette année, pour tomber à environ 100 millions d'euros d'ici 2028.

En termes de ratios de solvabilité, l'impact global de la cession se traduira par une amélioration d'environ 35 points de base du ratio de fonds propres.

UniCredit prévoit de finaliser l'opération au cours du premier semestre 2027, sous réserve de l'obtention des autorisations réglementaires.

L'institution prévoit de scinder ses activités russes en deux entités : elle conservera le plein contrôle du pôle paiements, tandis que l'acheteur émirati, dont l'identité n'a pas été révélée, fera l'acquisition du reste. Le montant de la transaction n'a pas été divulgué.

Roman Zhirnov, avocat au cabinet Delcredere, a expliqué à Reuters que la banque centrale de Russie devra valider le profil de l'acquéreur, tandis qu'une commission gouvernementale fixera le montant de la taxe de sortie imposée sur ce type de cessions.

UNICREDIT MAINTIENT SON RÔLE CLÉ DANS LES PAIEMENTS

Les sanctions internationales visant les acheteurs potentiels et le durcissement de la réglementation russe ont rendu le départ du pays extrêmement complexe pour les entreprises n'ayant pas quitté le territoire rapidement.

Le mois dernier, le groupe néerlandais ING a renoncé à la vente de sa filiale russe à Global Development JSC, estimant qu'il n'y avait 'aucune attente réaliste que l'acheteur obtienne les approbations nécessaires'.

Intesa Sanpaolo a obtenu le feu vert présidentiel en septembre 2023, mais attend toujours l'aval de la banque centrale.

Alors que les banques russes sont coupées des réseaux de paiement mondiaux, UniCredit Russia joue un rôle crucial dans le traitement des flux transfrontaliers pour ses clients entreprises occidentaux ou non soumis aux sanctions.

Fin mars, l'activité de paiement d'UniCredit Russia s'élevait à moins de 5 milliards d'euros. Elle est désormais limitée au dollar américain et à l'euro, contre une vingtaine de devises il y a quatre ans, lorsque sa taille était cinq fois supérieure.

UniCredit a affirmé que ses objectifs de bénéfice net pour la période 2028-2030 ne sont pas remis en cause par ce projet de désengagement partiel en Russie.