Le départ de John Rex, CFO depuis 2016, marque un nouvel épisode dans une série de remaniements sans précédent. Après la sortie précipitée du PDG Andrew Witty en mai, remplacé par Stephen Hemsley (figure historique du groupe), la nomination de DeVeydt parachève un printemps-été de bouleversements. L’intéressé n’est pas un novice : ancien directeur financier d’Elevance (ex-Anthem), il connaît les rouages du secteur et les exigences des fusions-acquisitions d’envergure, comme l’a montré le rachat d’Amerigroup en 2012.

Mais derrière ces mouvements de têtes se cache un constat plus profond : UnitedHealth peine à contrôler ses coûts médicaux, sur fond d’explosion des dépenses dans Medicare, Medicaid et les assurances commerciales. Le message de Hemsley est clair : "changement et réforme" deviennent les maîtres-mots, avec une volonté affichée de restaurer discipline opérationnelle, humilité et transparence.

Des résultats trimestriels en net repli

Les comptes du deuxième trimestre 2025 traduisent l’ampleur du choc. Le chiffre d’affaires atteint 112 milliards de dollars, en hausse de 13% sur un an, mais le bénéfice ajusté par action (4,08 USD) recule sous le poids de facteurs structurels : une sous-estimation massive de la tendance médicale, des erreurs de tarification et des charges ponctuelles de 1,2 milliard de dollars.

UnitedHealthcare, la branche assurance, a vu ses bénéfices opérationnels plonger de 1,9 milliard, essentiellement à cause d’un surcoût médical évalué à 6,5 milliards de dollars par rapport aux prévisions initiales. Plus de la moitié provient du portefeuille Medicare, où la tendance annuelle grimpe désormais à 7,5% contre 5% anticipés. Les segments commercial et Medicaid subissent aussi la pression, avec respectivement +11% et +20% de croissance des coûts dans certaines catégories.

Côté Optum, la filiale de services de santé, OptumHealth encaisse un choc de 6,6 milliards de dollars par rapport à ses attentes initiales, en grande partie à cause des coupes réglementaires V28 et d’un afflux de patients complexes issus de plans concurrents.

Prévisions 2025 : une trajectoire sous contrainte

La société vise désormais un bénéfice ajusté d’au moins 16$ par action, contre des ambitions bien plus élevées en début d’année. Le ratio de frais médicaux (MCR) devrait atteindre 89,25% sur l’année, reflétant la hausse persistante de l’utilisation des soins et la montée en intensité des actes médicaux.

En parallèle, UnitedHealth devra absorber plusieurs milliards de dollars de coûts supplémentaires dans les prochains trimestres. À cela s’ajoute la finalisation de l’acquisition d’Amedisys (3,3 Mds USD), qui a nécessité des concessions majeures aux autorités antitrust, ainsi qu’une amende de 1,1 million d'USD.

Vers 2026 : hausse des prix, recentrage et coupes drastiques

Pour 2026, le mot d’ordre est la récupération des marges. En Medicare Advantage, les hausses de prix anticipées reposent sur un scénario de tendance médicale à 10%, accompagné de coupes de prestations et d’un retrait de plus de 600 000 assurés, notamment sur les produits PPO jugés moins maîtrisables. En commercial, la tarification sera ajustée de manière dynamique pour compenser la hausse des coûts, tandis que certaines positions sur les marchés ACA pourraient être abandonnées.

Sur Medicaid, l’écart entre financement public et niveau réel de risque sanitaire devrait encore peser, avec des marges négatives attendues en 2026.

Chez Optum, la priorité est de stabiliser la performance, notamment en recentrant les offres de soins sur des modèles plus rentables et en réduisant l’exposition aux contrats trop risqués. L’IA et l’intégration technologique doivent servir de leviers à la fois pour améliorer l’expérience patient et réduire les coûts opérationnels, avec un objectif de baisse de 1 milliard de dollars en 2026.

Un virage indispensable mais semé d’embûches

UnitedHealth entre dans une phase de réforme à marche forcée. La stratégie annoncée (hausse des prix, réduction de l’exposition aux plans déficitaires, investissements ciblés dans les actifs à forte valeur ajoutée comme les soins à domicile) est cohérente pour restaurer les marges. Mais elle se heurte à plusieurs risques : perte de parts de marché, pressions politiques sur Medicare Advantage, exécution imparfaite des plans de redressement et climat réglementaire plus strict avec les enquêtes fédérales en cours. 

Pour les investisseurs, le titre UNH reste celui d’un leader incontournable, mais actuellement plombé par une conjoncture défavorable et des erreurs internes coûteuses. La visibilité sur 2026 demeure limitée, même si 2027 pourrait marquer un retour à une trajectoire de croissance plus robuste. Plusieurs grands fonds et gérants talentueux se sont positionnés à l'achat ou ont renforcé leur position ces derniers mois, à l'image de Viking Global Investors, Torray Funds, Christophe Davis (Davis Advisors), Dodge & Cox, Robert Olstein (Olstein Capital), Lee Ainslie (Maverick Capital) ou encore Yacktman Asset Management.