Le conseil est l’une des industries les plus directement exposées aux débats autour de l’intelligence artificielle. Une partie du travail traditionnel des consultants, entre synthèse de données, production d’analyses et préparation de présentations, paraît aisément automatisable. Cette incertitude nourrit la prudence des investisseurs, d’autant que les grands cabinets européens évoquent depuis deux ans une demande fragile pour les grands projets de transformation.

Dans ce contexte, Wavestone continue d’avancer, mais à petits pas. Le chiffre d’affaires se rapproche du milliard d’euros, avec une hausse limitée de 1%, à 954,3 millions d’euros. La marge opérationnelle récurrente, déjà annoncée le mois dernier, constituait l’un des points décevant de l’année. Après avoir flirté avec les 16% en 2021, elle a progressivement reculé, avant d’enfin se stabiliser à 12,6% cette année. Ce niveau reste toutefois parmi les plus solides du secteur en Europe, aux côtés de Capgemini par exemple.

Une résistance qui mérite d’être notée. Les marges se maintiennent alors que le taux d’utilisation des consultants ressort à seulement 72%, loin du niveau normatif de 75%. Les clients restent prudents, les grandes transformations sont repoussées et les projets mettent plus de temps à se concrétiser. Une raison que l’on se presse de ne plus entendre de la part de tous les groupes du secteur. 

L’intégration de Q_Perior doit désormais jouer un rôle central. La présence aujourd’hui indispensable du groupe dans l’espace germanophone lui donne un nouveau levier commercial et opérationnel qui devra être exploité prochainement. Si les deux dernières années ont marqué un point bas pour les marges, cette intégration pourrait devenir l’un des moteurs de leur amélioration progressive.

L’un des points importants, surtout dans le contexte actuel autour de l’univers du conseils aux entreprises, est la part de l’activité liée à l’intelligence artificielle. Cette dernière passe de 8% à 17% sur l’exercice. Partenaire de Microsoft, Google, Mistral AI, Anthropic et d’autres acteurs du secteur, Wavestone vise désormais 25% l’an prochain. C’est l’un des meilleurs arguments narratifs autour du titre. Mais il faudra surtout vérifier si ces missions margent mieux et si elles permettent d’améliorer le taux d’utilisation des consultants.

Nous saluons également la progression au bas du compte de résultat. Le résultat net progresse de 8%, à 82,1 millions d’euros, grâce à la forte baisse des charges d’intérêts. Fort de la restructuration de sa dette en 2025, le groupe évolue désormais sans dette financière, ce qui lui donne une marge de manœuvre appréciable pour investir dans l’IA et financer d’éventuelles acquisitions en Amérique du Nord ou au Royaume-Uni.

Ces deux sujets sont sans surprise au cœur du nouveau plan stratégique. Wavestone prévoit 100 millions d’euros de dépenses opérationnelles dans l’IA d’ici à 2030. Le groupe vise aussi 350 millions d’euros de chiffre d’affaires en Amérique du Nord et au Royaume-Uni à cet horizon, soit un quart du mix de revenus, contre 13% aujourd’hui. Bien que proactif, le groupe ne manque pas de prudence dans ses objectifs et repousse notamment son objectif de 15% de marge opérationnelle à 2030 au lieu de 2028.

La gouvernance reflète elle aussi cette période de transition. La succession de Pascal Imbert, père fondateur du groupe, est reportée. A partir du 1er août 2026, la direction générale sera composée de Pascal Imbert, qui restera directeur général, aux côtés de Karsten Höppner et Benoît Darde comme directeurs généraux délégués. Le remplacement de Pascal Imbert par Karsten Höppner est désormais attendu dans deux ans, une fois cette phase charnière franchie. 

En dépit de toutes ces incertitudes, le management est à saluer pour sa discipline financière. Le cash-flow libre double quasiment pour atteindre 119 millions d’euros, en particulier grâce aux efforts sur le besoin en fonds de roulement. Ce cash fut utilisé pour rembourser la dette par anticipation et la trésorerie nette atteint un record à 121 millions d’euros.

Pour les prochains trimestres, nous suivrons le taux d’utilisation des consultants et la progression de l’IA dans les missions du groupe. Le premier dira dans quelle mesure la demande se redresse. Le second dira si Wavestone peut transformer une menace en moteur de croissance.