John Williams, président de la Federal Reserve Bank de New York, a déclaré lundi qu'il s'attendait à une économie saine en 2026 et n'entrevoit aucune raison immédiate de baisser les taux d'intérêt.

Le Comité de politique monétaire de la Fed, le Federal Open Market Committee (FOMC), « a rapproché la position modestement restrictive de la politique monétaire de la neutralité », a indiqué Williams lors d'une intervention devant le Council on Foreign Relations à New York.

« La politique monétaire est aujourd'hui bien positionnée pour soutenir la stabilisation du marché du travail et le retour de l'inflation vers l'objectif à long terme de 2 % fixé par le FOMC », a-t-il ajouté.

Williams a souligné qu'il était essentiel pour la Fed de ramener l'inflation à 2 % « sans créer de risques excessifs » pour l'emploi. « Ces derniers mois, les risques baissiers pesant sur l'emploi ont augmenté avec le ralentissement du marché du travail, tandis que les risques haussiers sur l'inflation se sont atténués », a-t-il estimé.

Il s'agissait lundi de la première prise de parole publique de Williams cette année. La Fed est largement perçue comme étant entrée dans une phase d'attente après avoir abaissé l'an dernier de trois quarts de point de pourcentage son taux directeur, ramenant la fourchette cible des fonds fédéraux entre 3,5 % et 3,75 %.

Cette décision de réduire le coût de l'emprunt à court terme répondait à la volonté des responsables de la Fed de trouver un équilibre entre un marché de l'emploi en perte de vitesse et une inflation toujours supérieure à l'objectif de 2 %.

Lors de la réunion de décembre, les responsables ont envisagé une nouvelle baisse des taux cette année, dans l'espoir que le marché du travail reste stable et que les pressions inflationnistes s'apaisent, alors que l'impact du système de droits de douane mis en place de manière erratique par le président Donald Trump s'estompe. Les dernières données sur l'emploi font état d'une demande de main-d'œuvre atone et d'une inflation toujours élevée.

Dans une interview télévisée en décembre, après la réunion de politique monétaire de la Fed, Williams avait déjà indiqué qu'il ne voyait pas d'urgence à baisser de nouveau les taux. D'autres responsables de la banque centrale ont exprimé des perspectives similaires ces derniers jours, alors même que la Fed continue de subir des pressions de la part de Donald Trump et de ses proches pour des baisses de taux plus agressives, en dépit d'une inflation supérieure à la cible.

Dans son discours, Williams a qualifié ses perspectives économiques de « très favorables ». Il prévoit une croissance du PIB comprise entre 2,5 % et 2,75 % cette année, avec un taux de chômage qui se stabiliserait avant de reculer les années suivantes. Concernant l'inflation, il anticipe un pic compris entre 2,75 % et 3 % au premier semestre, avant un repli à 2,5 % sur l'ensemble de l'année. Il estime que l'inflation reviendra à 2 % d'ici 2027.

INDÉPENDANCE SOUS PRESSION

L'intervention de Williams intervient aussi dans un contexte d'attaque sans précédent contre l'indépendance de la banque centrale. Dimanche soir, le président de la Fed, Jerome Powell, a annoncé que l'institution avait reçu des assignations émanant d'un grand jury, menaçant d'une inculpation pénale liée à des dépassements de coûts lors de la rénovation du siège de la banque centrale.

Dans un communiqué, Powell a dénoncé des mesures juridiques « prétextes » et estimé qu'en réalité, « il s'agit de savoir si la Fed pourra continuer à fixer les taux d'intérêt sur la base de données économiques, ou si la politique monétaire sera dictée par la pression politique ou l'intimidation ».

Williams a indiqué ne pas pouvoir commenter d'éventuelles enquêtes judiciaires visant la banque centrale ou ses responsables, mais a mis en garde contre tout compromis sur l'indépendance de la Fed.

Attaquer l'indépendance de la banque centrale « mène souvent à des conséquences économiques très défavorables », parmi lesquelles une inflation « élevée », a-t-il prévenu. Williams a aussi souligné que Jerome Powell avait « fait preuve d'une intégrité exemplaire » et avait su diriger la Fed dans des périodes difficiles.

Si l'impact sur les marchés financiers reste pour l'instant moins important que certains ne le craignaient, la menace d'inculpation a généré une forte réaction bipartisane au Congrès et soulevé la perspective que le président ne puisse plus nommer de nouveaux membres au conseil de la Fed tant qu'il ne renonce pas à ses poursuites.

Williams attribue en partie le calme relatif des marchés à l'incertitude sur l'issue du bras de fer politique et judiciaire.

« Les marchés réagissent à l'évolution de la situation et adaptent leurs anticipations », a-t-il expliqué à la presse après son discours. Il a jugé que les mouvements restaient modérés et que « les marchés n'ont aucune conviction sur la façon dont cela va se terminer », ce qui limite, selon lui, tout déplacement majeur des actifs.