Paris (awp/afp) - Le spécialiste françAis des paiements Worldline a dévoilé jeudi sa feuille de route à horizon 2030. La société, dont le groupe de services financiers exploitant la Bourse suisse SIX détient 10,5% qui traverse une succession de crises depuis 2019, entend procéder à une augmentation de capital de 500 millions d'euros afin de se relancer.

Le groupe a présenté aux investisseurs son plan "North Star 2030" qui vise à redresser sa croissance et ses finances. Ce projet "repose sur la simplification de notre organisation, l'intégration de nos opérations et la convergence de nos plateformes" via "la réduction des coûts" et "l'amélioration de la rotation des actifs", a résumé Pierre-Antoine Vacheron, directeur général de Worldline, cité dans un communiqué.

L'augmentation de capital permettra d'assurer l'exécution du plan de transformation et de "diviser par deux son endettement d'ici fin 2026", selon Worldline. À l'issue de l'augmentation de capital réservée, d'ici la fin du premier trimestre 2026, Bpifrance détiendrait une participation de 9,6% du capital, Crédit Agricole SA 9,5% et BNP Paribas 7,9%.

SIX, qui a assuré jeudi soutenir les plans de transformations présentés par Worldline, n'entend pas pour autant souscrire à l'opération. L'entreprise zurichoise se résigne ainsi à une dilution de sa participation actuelle de 10,5% comme à son statut de premier actionnaire.

L'accueil de cette annonce à la Bourse de Paris était mitigé. Le titre est monté de plus de 5% à l'ouverture, avant de reculer de 8,45% vers 15h45, dans un marché en petite baisse.

"Lever la totalité du montant de l'augmentation de capital pourrait se révéler difficile", estiment pour leur part les analystes de Jefferies dans une note, compte tenu de "la dette totale en cours d'environ 3,6 milliards d'euros, ainsi que de l'évolution récente du cours de l'action".

Cependant, à court terme, l'injection de liquidités déjà engagée de 245 millions d'euros devrait "donner à l'entreprise une certaine marge de manoeuvre pour exécuter son plan de restructuration", ajoute la note. "L'augmentation de capital n'est pas une question de liquidité. C'est bien plus une question de ratio d'endettement que nous voulions régler", a indiqué le directeur financier Srikanth Seshadri lors d'une conférence téléphonique.

Les analyste d'Oddo BHF restent "prudent(s) pour l'instant sur la valeur" de l'action car, "outre l'exécution, il y a toujours le sujet des controverses auquel s'ajoute (...) une augmentation de capital fortement dilutive (qui amoindrit le poids des actionnaires existants, NDLR)". "Tout ce plan vise à générer des flux de trésorerie, ce qui aura un impact sur la valorisation", a rétorqué M. Vacheron, lors de la conférence.

Transition

Grâce au plan North Star, Worldline prévoit d'ici 2030 une croissance annuelle moyenne du chiffre d'affaires "d'environ 4% sur la période 2027-2030, avec une accélération progressive". L'excédent brut d'exploitation (ebitda) atteindrait environ 1 milliard d'euros en 2030, porté par des économies d'environ 210 millions en base annuelle liées "au plan de transformation et à une contribution organique d'environ 150 millions en 2030".

Enfin, le groupe promet un "retour à une génération de flux de trésorerie disponible dès 2027, avec un objectif de 300 à 350 millions d'euros d'ici 2030", incluant 120 millions de coûts financiers estimés. En attendant, l'année 2026 sera une année de transition avec "une croissance organique à un chiffre", un ebitda ajusté légèrement inférieur au bas de la fourchette prévisionnelle de 2025, tout comme le flux de trésorerie disponible, selon le texte.

Ancienne filiale d'Atos, indépendante depuis 2019, Worldline a connu ces dernières années une série de pannes spectaculaires, des révisions régulières à la baisse de ses objectifs financiers, et une chute de sa valeur entraînant sa sortie du CAC 40, le principal indice de la Bourse de Paris. Fin juin, une enquête publiée par un consortium de journalistes a accusé Worldline d'avoir traité des milliards d'euros de transactions frauduleuses dans des secteurs dits risqués, faisant de nouveau chuter le titre.

Une accusation à laquelle l'entreprise a répondu par un audit qui a "confirmé que notre cadre de gestion des risques est conforme aux référentiels" du secteur, selon M. Vacheron.

afp/vj