Le marché automobile chinois s'essouffle, mais les véhicules électriques (VE) tirent leur épingle du jeu.

Considérez ceci : les ventes totales de véhicules ont atteint 34,4 millions d'unités en 2025, en hausse de 9,4% sur un an en Chine. Le volume se maintient au-dessus des 30 millions d'unités pour la troisième année consécutive. Mais la véritable révolution réside désormais dans l'électrification.

Les véhicules à énergie nouvelle (NEV) ont surperformé avec 16,5 millions d'unités vendues en 2025, soit un bond de 28,2% sur un an. L'an prochain, les prévisions tablent sur 19 millions d'unités, captant environ 54,7% du marché total. En revanche, la croissance des ventes globales de véhicules ne devrait progresser que d'environ 1% en 2026.

L'exportation est devenue un second moteur majeur. La Chine a expédié 7,1 millions de véhicules en 2025 (+21,1% sur un an) et devrait atteindre 7,4 millions d'ici la fin de l'année 2026.

Yadea se positionne au cœur de ce segment porteur de la vague électrique, mais ne peut s'extraire totalement du ralentissement général. À l'échelle de l'industrie, la demande totale en Chine plafonne entre 34 et 35 millions d'unités.

Avec une croissance globale atone prévue à 1% pour 2026, le paradigme change : on passe d'une expansion facile à une concurrence brutale. Si Yadea bénéficie de la transition technologique, le marché se resserre, devient plus compétitif et exerce une pression accrue sur les prix. Les derniers résultats de Yadea prouvent toutefois que le groupe fait cavalier seul pour l'instant.

Surmultipliée sur les profits

Les chiffres de l'exercice 2025 du fabricant de deux-roues semblent solides au premier abord, mais ils révèlent une dynamique qui dépasse la simple vente de scooters électriques. Le chiffre d'affaires a progressé de 31% sur un an pour atteindre 37 milliards de yuans (CNY), contre 28,2 milliards. Le bénéfice a crû bien plus rapidement, avec un résultat net en hausse de 128,8% à 2,9 milliards CNY contre 1,3 milliard.

L'écart entre la croissance des revenus et celle des profits est l'élément clé. L'entreprise n'a pas seulement vendu davantage d'unités, elle a augmenté sa marge par unité. Cela se reflète clairement dans la marge brute, qui s'est élevée à 7,1 milliards CNY, en hausse de 65% sur un an, contre 4,3 milliards.

La direction attribue cette hausse de la rentabilité à la vente de produits premium plus onéreux et à une montée en gamme soutenue par le branding et la R&D, plutôt qu'à une simple réduction des coûts.

Le bilan s'est développé parallèlement à l'activité, mais l'effet de levier s'est accentué. Les actifs sont passés de 24,6 à 30 milliards CNY. Le passif a augmenté de 15,9 à 19,5 milliards CNY. La trésorerie a chuté à 6 milliards CNY contre 7,9 milliards, soit une baisse de 23,9% sur un an.

Le point essentiel à retenir est le suivant : l'exercice 2025 a été l'année où Yadea a optimisé le modèle économique de ses opérations.

La valorisation face à la réalité

L'action s'échange à 11,8 CNY, en baisse de 10,1% sur l'année écoulée, ce qui indique que le marché n'a pas encore validé la trajectoire des résultats de 2025. Le titre reste sous son plus haut de 52 semaines (13,1 CNY), suggérant soit que le rallye a déjà fait long feu, soit que les investisseurs attendent la preuve que le bond de 129% du bénéfice net n'était pas un accident de parcours.

Un ratio cours/bénéfice (P/E) de 9,7x basé sur les prévisions de 2026 représente à peine la moitié de la moyenne historique sur trois ans (17,9x), signifiant que le marché a de fait divisé par deux le multiple qu'il est prêt à payer.

Les 13 analystes couvrant la valeur sont à l'achat, avec un objectif moyen de 15,2 CNY, impliquant un potentiel de hausse de 46,3%. Un tel consensus témoigne généralement plus de l'optimisme des analystes que d'une réelle appréhension des risques. Le marché, lui, reste divisé.

Les rendements attendus de 5% en 2026, portés à 6,3% d'ici 2028, sont honorables, mais insuffisants à eux seuls pour justifier une réévaluation brutale du titre.

Sommet ou plateau

Le risque majeur pour Yadea réside dans la durabilité de ses performances de 2025. Lorsqu'on double ses profits en un an grâce à l'intégration verticale et à l'ajustement du mix produit, la répétition d'un tel exploit devient complexe.

Les matières premières représentent l'essentiel des coûts ; par conséquent, la moindre hausse des prix se répercute immédiatement sur les résultats. Le développement international ajoute une couche d'incertitude. Les ventes couvrent désormais plus de 100 pays, ce qui diversifie théoriquement la demande, mais expose le groupe aux tarifs douaniers, aux évolutions réglementaires et aux fluctuations de change.

La prochaine phase ne consistera pas tant à savoir si Yadea peut croître, mais si elle choisira d'utiliser ses liquidités pour générer des rendements composés.