AB Volvo replonge dans son passé récent pour mieux affronter un avenir incertain. Håkan Samuelsson, ancien PDG de 2012 à 2022, reprend les rênes de la marque pour un mandat de deux ans. Une décision inattendue, mais jugée stratégique à l’heure où le constructeur doit faire face à des tensions commerciales croissantes et à des objectifs de transition énergétique revus à la baisse.

Une main sûre pour naviguer en eaux troubles

Samuelsson connaît bien la maison. Durant son premier mandat, il a piloté le redressement de Volvo, mené l’introduction en bourse de 2021 et implanté une usine d’assemblage en Caroline du Sud, une décision désormais cruciale alors que Donald Trump envisage de taxer à hauteur de 25 % les véhicules importés aux États-Unis.

Cette expérience tranche avec celle de son prédécesseur, Jim Rowan, issu des secteurs technologique et de consommation, mais sans passé automobile. Arrivé en 2022, Rowan représentait un pari sur la digitalisation et la disruption. Un pari qui n’aura pas suffi à convaincre dans un contexte de ralentissement de la demande de véhicules électriques et d’explosion des contraintes industrielles.

Volvo, qui importe encore la majorité de ses modèles hybrides et électriques depuis l’Europe, est particulièrement exposé aux décisions de l’administration Trump. Malgré des efforts de relocalisation, la vulnérabilité reste forte, et l’abandon de l’objectif “100 % électrique d’ici 2030” en septembre dernier a marqué un aveu de prudence sur la trajectoire du groupe.

Geely sous pression

Cette nomination intervient également à un moment stratégique pour Geely, actionnaire majoritaire de Volvo (78,7 % du capital), qui multiplie les changements de direction dans ses filiales automobiles. La pression des investisseurs se fait sentir : Håkan Samuelsson est vu comme un profil rassurant, capable de tenir la barre le temps de trouver un successeur de long terme.

Pour autant, tout ne repose pas sur ses épaules. “Samuelsson n’est pas un magicien, il a besoin d’une stratégie claire et d’un conseil d’administration engagé”, rappelle Sverre Linton, représentant des petits actionnaires suédois. Un message qui vise aussi Eric Li, président de Geely, critiqué pour son absence prolongée aux réunions du conseil d’administration de Volvo.

Une transition à double vitesse

Sous la direction de Rowan, Volvo avait initié de grands changements. Mais les retards sur les modèles électriques, la guerre des prix, la baisse de la demande et la pression tarifaire américaine ont fragilisé la trajectoire. L’action a perdu près de 70 % depuis son introduction en bourse, un chiffre qui reflète plus l’incertitude que les performances opérationnelles du constructeur, selon certains analystes.

Pour Handelsbanken, le retour de Samuelsson est donc une solution “temporaire mais rassurante”. Il connaît les équipes, les défis et les attentes. Il donne surtout à Volvo un peu de temps pour retrouver un cap plus stable dans une industrie automobile en pleine recomposition. “Le scénario pessimiste d'une hausse des droits de douane américains de 25 % et le rappel soudain de l'ancien PDG Hakan Samuelsson pour un mandat de deux ans suggèrent que Volvo Cars intensifie sa gestion de crise afin de protéger ses liquidités. Les prévisions seront probablement révisées au moment de la publication des résultats du premier trimestre (29 avril).” détaille Philippe Houchois, analyste Jefferies