C’est pourtant sous sa direction que l’institution avait attribué une subvention de €33 millions — à l’époque la plus importante jamais accordée à une PME — douze ans plus tôt, en 2013. Le 30 juin dernier, quinze ans après son introduction en bourse, Carmat annonçait se trouver en cessation de paiement.
A sa décharge, on sait que la banque publique d'investissement française agit souvent en service commandé pour le compte du gouvernement. On devine donc que M. Dufourcq et ses équipes ne disposaient ici, sans doute, que d’une souveraineté limitée.
Un rapide coup d’oeil aux comptes de Carmat suffisait depuis quelque temps à dissuader tout espoir. La société n’a fait qu’enchaîner les pertes d’exploitation, sans jamais générer un volume d’affaires capable d’assurer la couverture de la structure de coûts fixes du groupe.
Depuis 2013, c’est-à-dire depuis la subvention de la Bpi, Carmat a ainsi brûlé près de €450M dans ses opérations. Pour combler ces déficits permanents, la société réalisait de petites augmentations de capital chaque année, pour un total cumulé de €380 millions sur la période ; elle souscrivait en parallèle €50 millions de dettes.
Que l’on rajoute la subvention de la Bpi et la somme de tout ce qui a été englouti — ainsi que son origine — dans l’aventure apparaît clairement sur douze ans d’exploitation.
Il y a douze mois presque jour pour jour, nous soulignions que dix ans après le premier implant réussi d’un coeur artificiel Carmat, seulement cinquante patients avaient bénéficié de cette technologie. En dépit de la prouesse technique et scientifique, ceci laissait naturellement planer le doute quant à la viabilité commerciale de la société.

















