Paris (awp/afp) - Entre interrogations sur la rémunération du PDG Alexandre Bompard et sur le modèle social du distributeur, l'assemblée générale du seul distributeur du CAC 40, Carrefour, a été animée vendredi matin à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).

Comme chaque année, le géant de la distribution rassemblait ses actionnaires aux Docks de Paris, en proche banlieue nord de la capitale. Et comme les années précédentes, les organisations syndicales sont de la partie.

La CFDT avait annoncé jeudi prévoir de "porter la voix des salariés" devant les actionnaires.

C'est un salarié d'un magasin passé en location-gérance qui a interpellé le PDG du groupe sur le malaise social en interne, rappelant au passage qu'une "première audience" de pure forme doit avoir lieu vendredi au tribunal judiciaire d'Evry après une assignation de la branche services de la CFDT contre Carrefour "pour pratique abusive de la location-gérance et de la franchise".

La CFDT reproche à Carrefour l'externalisation de plus de 300 magasins et 23.000 salariés via la cession à des tiers, franchisés ou locataires-gérants. Passer les magasins en franchise ou en location-gérance permet au distributeur de conserver sa part de marché commerciale tout en se libérant d'un certain nombre de dépenses, à commencer par les salaires. Mais cela n'est pas sans conséquence pour les salariés.

Alexandre Bompard a répondu en mettant en avant le fait que Carrefour n'avait fermé aucun magasin grâce à cette politique, dans un contexte "extraordinairement difficile" pour le secteur de la grande distribution, sous la "pression concurrentielle" de spécialistes du discount, comme Lidl ou Action, et de réseaux de magasins "indépendants", E.Leclerc, Intermarché, Coopérative U, "dont le modèle social n'a rien à voir avec le nôtre".

"Champion olympique de la casse sociale"

La CGT, qui a fait de son PDG le "champion olympique de la casse sociale" - Carrefour est l'un des importants sponsors des JO-2024 -, a pour sa part perturbé l'assemblée générale par des slogans, chansons et invectives, sifflant l'arrivée au pupitre d'Alexandre Bompard et lui demandant d'"augmenter les salaires, pas les actionnaires".

"Je vous laisse finir", a réagi le dirigeant du groupe depuis 2017, avant de continuer à dérouler son discours pendant une vingtaine de minutes malgré les perturbations, qui se sont poursuivies lors de l'ensemble de l'Assemblée générale.

Alexandre Bompard a par ailleurs été interpellé sur sa rémunération, Carrefour étant selon l'ONG Oxfam l'un des groupes les plus "inégalitaires".

Carrefour conteste le calcul de l'association qui rapporte la rémunération de M. Bompard à celle des 334.000 salariés à travers le monde - dont une majorité au Brésil -, malgré des "écarts de pouvoir d'achat" entre pays.

En outre une part de la rémunération du dirigeant prendra la forme d'actions gratuites délivrées ultérieurement et sous critère de performances.

Pour 2023, il touchera, dans la continuité des années précédentes et si l'assemblée générale donne son feu vert vendredi, au moins 4,5 millions d'euros pour 2023, plus jusqu'à 5,3 millions d'euros en actions ultérieurement.

La rémunération du dirigeant pour 2024, également soumise au vote, prévoit une part fixe inchangée (1,6 million d'euros) et une part variable, sous critères de performance, pouvant aller jusqu'à 190% de cette part fixe (3,04 millions d'euros). Un plan à long terme en actions est également prévu, à hauteur "55% de la rémunération globale maximum".

L'assemblée générale permettra de connaître l'opinion des actionnaires, qui n'avaient entériné la rémunération d'Alexandre Bompard qu'avec réticence un an plus tôt.

Les actionnaires doivent également se prononcer sur l'entrée au conseil d'administration de Marguerite Bérard, inspectrice des finances qui était depuis 2019 et jusqu'à la mi-mars à la tête des activités de détail en France de BNP Paribas. Et entériner l'arrivée comme administrateur d'Eduardo Rossi, en remplacement du milliardaire brésilien Abilio Diniz, décédé mi-février.

Carrefour a par ailleurs annoncé lors de l'assemblée générale qu'il allait ouvrir "dans les prochaines semaines" un magasin sous enseigne Atacadao, originaire du Brésil et dont le groupe est propriétaire, en banlieue parisienne à Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis.

afp/al