Bernard Chapon, comment avez-vous vécu cette année difficile pour Cogra et toute la filière bois énergie ?
" L’exercice 2023-2024 a été fortement perturbé après une forte croissance les années précédentes. J’y vois une crise de croissance dans un marché chahuté par la crise énergétique, et où l’offre et la demande se sont mal ajustées. Nous avons essayé d’amortir les chocs en tant qu’acteur régional, mais l’influence des marchés internationaux du granulé et d’une météo trop douce a été trop forte. Cela s’est traduit par une chute de 23% de notre chiffre d’affaires granulés, et ce malgré une politique délibérée de notre part de limiter au maximum la hausse des prix d’une année sur l’autre. Notre modèle et notre vision sont singuliers sur le marché en ce que nous nous positionnons comme un maillon d’une filière bois souvent tiraillée par des facteurs externes. Cogra est un intermédiaire entre des fournisseurs scieurs, transformateurs de bois, et des consommateurs qui ont fait le choix d’un mode de chauffage économique et écologique, en privilégiant avant tout la clientèle de proximité pour garder le côté vertueux de la consommation de bois énergie (15% de la production est même vendue en direct au particulier). L’adaptation à nos fournisseurs de matière et à la demande finale nous amènent à jouer le rôle d’interface, et a disposé du stock tampon nécessaire à la saisonnalité de la consommation de chauffage. C’est notre déontologie et la pérennité de la filière qui sont en jeu dans cette approche. Nous le savons d’autant plus que nous sommes par ailleurs importateur/installateur d’équipements ce qui nous offre une vision assez précise des besoins du marché national."

Source : société
Comment s’est traduit, financièrement, cet environnement adverse ?
" C’est notre cœur de métier, la production et la vente de granulés (90% du CA), qui ont été touchés, avec une activité en baisse de l’activité de 23%. Cogra a piloté ses opérations avec agilité et prudence. Les capacités de productions ont été ralenties et les achats ont été réduits de 21%. Malgré un effectif stabilisé autour de 76 personnes, nous avons aussi enregistré une augmentation de la masse salariale de 9% principalement liée à la revalorisation des salaires et a des départs en retraite. La maîtrise du modèle économique de Cogra et les marges de manœuvre dégagées au 1er semestre nous ont tout de même permis d’atteindre marge d’EBITDA annuelle de 10,5 % : un niveau conforme à l'objectif du plan Cap 2022 qui visait une marge d'EBITDA dépassant durablement les 10 %. Après un résultat financier de -182 K€ et un résultat exceptionnel de 73 K€, le résultat net de l’exercice 2023/24 s’élève à 0,6 M€, soit une marge nette de 1,6 %. Nos fonds propres sortent donc renforcés et notre dette à court terme devrait progressivement refluer après l’atteinte d’un pic des stocks à fin juin, à 17.3M€ soit +22% sur un an. Aujourd’hui, notre carnet de commandes est bien orienté, mais la base de comparaison est élevée au 1er trimestre et la saison hivernale encore lointaine. "

Compte de résultat annuel de Cogra (source : présentation société, septembre 2024)
Comment voyez-vous la suite en termes de demande et de prix des granulés ? Avez-vous noté une reprise de la demande d’appareils de chauffage ces derniers mois ?
" Il est très difficile, sur ce marché actuellement très mouvant, de se prononcer. La consommation repart, mais les stocks restent importants, les importations d’Europe de l’Est, ou même plus lointaine, n’ayant pas encore été totalement déstockées. Cela freine, à ce stade, une saine normalisation des prix, surtout que contrairement à l’année dernière, les consommateurs ne semblent pas constituer de stocks de précautions en amont de la saison de chauffage. Nous nous attendons tout de même à une normalisation des prix à l’approche de l’hiver. A plus long terme, j’espère que certains acteurs de la filière ont compris qu’une certaine discipline s’imposait, que des hausses de prix trop opportunistes vont in fine à l’encontre du développement de notre marché. Quant aux ventes et installations d’appareils de chauffage, malgré des aides peu lisibles et compliquées à obtenir, elles sont en train de repartir, car le granulé reste un combustible très compétitif."

Source : Cogra
Quelles sont les capacités de production et de stockage de Cogra ?
" Notre potentiel de production annuelle de 200 000 tonnes au total pour le Groupe auquel il convient d’ajouter une capacité de stockage d’environ de 45 000 tonnes. "
Comment comptez-vous croitre en volume dans les prochaines années ?
" Nous ne réalisons pas d’investissement de capacité à proprement parler pour l’instant, mais plus classiquement de remplacement et de productivité. Diverses propositions de rachat de société nous ont été faites, mais nous n’avons pas donné suite, car elles ne remplissaient pas nos critères exigeants. Nous défendons un modèle de fournisseur de proximité qui s’appuie sur un outil le plus efficace, le plus rentable, et le plus cohérent possible. Selon nous, le bois énergie doit rester une énergie locale et non nationale, qui complète d’autres solutions de chauffage. Dans ce contexte, nous travaillons aujourd’hui sur des projets importants de réseaux de chauffage collectif, de la conception à la mise en œuvre, avec des perspectives d’approvisionnement durable en granulés en vrac. Cet axe de développement nous semble solide, car il correspond à un véritable besoin du marché. "
Le cours est bas et vous n’avez pas de projet d’investissement significatif. Pourquoi ne pas racheter d’actions ?
" Il n’y a pas de question taboue, nous y réfléchissons."

L'Auteur de cet article est actionnaire de la société à titre personnel.

















