Paris (awp/afp) - Le géant énergétique français Engie a signé une année 2023 fructueuse grâce aux énergies renouvelables et à ses activités de trading avec plus de 5 milliards d'euros de bénéfice net récurrent, et relevé jeudi ses prévisions pour 2024.

Le producteur et fournisseur d'électricité et de gaz, dont l'État français détient près de 24%, a dégagé 82,6 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2023, en baisse de 12% par rapport à l'année précédente, en raison de l'accalmie sur les prix de vente du gaz et de l'électricité.

C'est moins que prévu par les analystes interrogés par Bloomberg et Factset, qui pariaient sur un chiffre d'affaires à 95,4 milliards d'euros. Mais les investisseurs ne lui en ont pas tenu rigueur: vers 14H30, l'action d'Engie gagnait +2,3% à 14,86 euros à la Bourse de Paris.

Le résultat net récurrent, qui ne prend pas en compte quelque 5 milliards d'euros de charges liées au désengagement du nucléaire belge et 1,3 milliard de perte liée à la sortie du charbon au Chili, s'est affiché à 5,4 milliards d'euros (+2,8%), conformément au consensus des analystes interrogés et aux prévisions du groupe, relevées deux fois en 2023.

Le résultat net, plombé par les charges belges et chiliennes mais bénéficiant d'autres produits exceptionnels, a lui été plus que multiplié par dix, bondissant à 2,2 milliards d'euros en 2023 après un résultat 2022 réduit à 200 millions d'euros en raison de lourdes charges.

Catherine MacGregor, directrice générale du groupe, a salué auprès des journalistes de "très bons résultats pour 2023", "qui illustrent la solidité de notre performance opérationnelle et financière".

"Solide" hors nucléaire ___

A long terme, Engie veut se désengager de certaines activités comme le nucléaire et investir dans les renouvelables, tout en prônant, à l'instar de TotalEnergies, le maintien du gaz comme énergie de transition.

Sa rentabilité hors nucléaire est "très solide", avec une croissance de 18% du résultat d'exploitation hors nucléaire, à 9,5 milliards d'euros, a souligné Pierre-François Riolacci, directeur général adjoint finances, auprès de journalistes.

Elle a été portée à plus d'un tiers par les activités de trading, mais aussi par les énergies renouvelables, dont la progression est soutenue par "la contribution des capacités nouvellement mises en oeuvre" et "la hausse des prix que nous avons captée", a-t-il indiqué.

Dans le détail, Engie a augmenté ses capacités en énergies renouvelables de 3,9 gigawatts (GW) en 2023, avec des mises en service en Amérique du Nord, en Europe et en Amérique latine, portant sa capacité totale à 41,4 GW.

Côté trading, sa division GEMS (Global Energy Management & Sales), dédiée aux marchés, aux entreprises et aux grands consommateurs d'énergie, "enregistre une nouvelle forte croissance organique de plus de 900 millions d'euros sur l'année", a précisé le directeur général adjoint finances, pour atteindre 3,6 milliards d'euros d'Ebit (résultat d'exploitation).

"La spéculation sur l'énergie représente désormais pratiquement 40% des résultats d'Engie", a critiqué dans un communiqué la CGT, regrettant que les orientations stratégiques fassent d'Engie "un groupe simplement financier dont les résultats ne dépendent plus de notre capacité d'innovation et de travail, mais de la loi du marché".

Prévisions rehaussées ___

La croissance des activités de trading permet à l'ex-GDF-Suez de relever ses objectifs financiers pour cette année. Le groupe vise désormais un résultat net récurrent compris entre 4,2 et 4,8 milliards d'euros, contre 3,8 à 4,4 milliards d'euros annoncés précédemment.

"C'est inférieur à 2023 puisque les conditions de marché sont différentes, mais c'est bien supérieur à 2021, meilleure année de comparaison en termes de conditions de marché", a souligné Mme MacGregor.

Le groupe propose à ses investisseurs un dividende de 1,43 euro par action, légèrement augmenté par rapport à 2022, "ce qui fait un rendement à 9,5%, un des meilleurs de la cote parisienne, a pointé Antoine Fraysse-Soulier, analyste chez eToro.

Avec ce "record de distribution de dividendes", Engie "verse plus aux actionnaires que le résultat qui lui revient, appauvrissant le groupe et l'endettant de plus en plus", a dénoncé la CGT du groupe.

L'ONG Reclaim Finance regrette, elle, qu'Engie "préfère consacrer" cette somme "à ses actionnaires plutôt qu'à sa sortie du gaz fossile, que l'entreprise continue de développer malgré les ambitions climatiques qu'elle affiche".

afp/rp