La décennie 2014-2024 fut tout simplement exceptionnelle : ni plus ni moins l’un des plus beaux parcours boursiers de toute la cote américaine. Le titre est passé d’une cinquantaine de dollars à près de 2 400 $ (x48). La profitabilité est remarquable et n’a cessé de progresser au fil des années. Fair Isaac a profité de sa position dominante pour effectuer des hausses tarifaires régulières qui ont clairement constitué le principal moteur de croissance de la société.

Jusqu’à récemment, les investisseurs partaient du principe que le modèle de Fair Isaac n’était pas amené à changer dans les années à venir et que les marges et le chiffre d’affaires pouvaient continuer à croître sans embûches.

Or, la situation pourrait bien être plus compliquée à l’avenir. D’abord, parce que la politique monétaire aux États-Unis reste restrictive en raison des droits de douane voulus par Donald Trump et de l’inflation. Le raisonnement est le suivant : politique monétaire restrictive = taux élevés = moins de crédits accordés = moins d’activité pour Fair Isaac.

Par ailleurs, le facteur ayant le plus pesé sur le titre ces dernières semaines est la décision d’autoriser l’usage du modèle VantageScore 4.0 dans l’octroi des prêts hypothécaires. Cela signifie que les prêteurs peuvent désormais utiliser ce modèle concurrent du score FICO pour les prêts garantis par Fannie Mae et Freddie Mac, deux institutions clés du marché immobilier américain. Celles-ci n’accordent pas de prêts directement, mais rachètent des prêts hypothécaires aux banques pour les transformer en titres financiers (MBS) revendus à des investisseurs. Elles représentent près de la moitié des nouvelles demandes hypothécaires. Jusqu’à présent, seul le score FICO était accepté dans ce circuit. L’ouverture à VantageScore marque donc un changement de dimension pour Fair Isaac, qui évoluait jusqu’ici presque en situation de monopole. VantageScore introduit aussi des évolutions puisque l’outil intègre des données alternatives comme les loyers ou factures téléphoniques.

Les analystes qui suivent le dossier ont toutefois temporisé : les prêteurs ont peu d’expérience avec VantageScore et pourraient rester prudents afin d’éviter d’avoir à reprendre à leur charge des prêts mal évalués. Certains estiment même que l’abandon du projet d’imposer les deux scores empêche VantageScore de devenir un standard au même titre que FICO et protège la position dominante du second.

Il n’y a pas lieu de s’alarmer malgré la chute de 28% depuis les plus-hauts. La position dominante de Fair Isaac est certes challengée, mais uniquement en surface pour le moment. Le FICO Score reste profondément ancré dans les pratiques des professionnels du crédit et un changement massif vers un autre modèle semble peu envisageable à court terme. En revanche, une certaine volatilité sur le titre n’est pas à exclure, car ces évolutions marquent une rupture après près de dix années de trajectoire sans heurts.

Fair Isaac est bien armé financièrement pour faire face à l’évolution de son marché. L’endettement est maîtrisé et l’activité opérationnelle tourne à plein régime. La valorisation, toujours élevée — au-delà de 65 fois les profits de cette année et 55 fois ceux de l’an prochain — reflète toujours des fondamentaux particulièrement solides.