New York (awp/afp) - L'autorité américaine de la concurrence (FTC) a saisi la justice lundi contre la fusion du géant des supermarchés Kroger avec la chaîne Albertsons, estimant qu'elle nuirait aux consommateurs et aux employés.

"La FTC considère que l'opération envisagée éliminera une concurrence vive entre Kroger et Albertsons, entraînant des prix plus élevés pour les produits d'épicerie et autres produits essentiels pour les foyers de millions d'Américains", a-t-elle indiqué lundi dans un communiqué.

Elle explique que ce qui serait la "plus importante (fusion) de l'histoire des Etats-Unis" dans le secteur "va aussi se traduire par des produits et des services de moindre qualité, tout en restreignant le choix des consommateurs pour les magasins où faire leurs courses".

Lors de l'annonce de ce rachat à 24,6 milliards en octobre 2022, la finalisation était prévue d'ici début 2024 mais restait soumise à l'approbation des autorités de régulation.

La FTC a déposé plainte et ouvert la porte à un procès fédéral pour bloquer la fusion dans l'attente de l'issue de la procédure.

L'autorité de la concurrence argue également que cette fusion affecterait les centaines de milliers d'employés des deux groupes en "effaçant immédiatement une vive concurrence (...), ce qui menacerait la capacité des travailleurs à obtenir des salaires supérieurs, de meilleurs avantages sociaux et de meilleures conditions de travail".

Que nenni, a immédiatement répliqué Kroger dans un communiqué.

Le groupe affirme qu'empêcher la fusion "nuirait précisément aux personnes que la FTC entend servir: les consommateurs américains et les travailleurs".

Il assure avoir réduit certains prix depuis 2003, grâce à un investissement cumulé de cinq milliards de dollars à cette fin et à la réduction de sa marge brute de 5% sur cette période.

Domination

Il s'est engagé à débourser 500 millions de dollars pour faire de même après la fusion ainsi que 1,3 milliard de dollars pour une remise à niveau de magasins Albertsons.

Il a par ailleurs l'intention de consacrer un milliard de dollars pour augmenter les salaires et les avantages sociaux. Selon lui, aucun magasin ne fermerait du fait de la fusion mais plus de 400 seraient cédés au grossiste C&S Wholesale Grocers.

Et, selon lui, bloquer cette opération profiterait aux "distributeurs plus gros et sans syndicat comme Walmart, Costco et Amazon" qui pourraient "accroître leur domination" dans l'épicerie.

L'entité qui naîtrait de ce rapprochement a vocation à rivaliser justement avec le géant Walmart, numéro un de la grande distribution aux Etats-Unis.

Albertsons a résumé les avantages, à ses yeux, de la fusion: "Accroître la concurrence, abaisser les prix, augmenter les salaires des employés, protéger des emplois syndiqués et améliorer l'expérience des courses pour les clients".

Son rapprochement avec Kroger "permettra à nos supermarchés de quartier d'être plus concurrentiels face (aux) géants de la distribution" cités par Kroger.

La décision de la FTC "n'est pas réellement surprenante", a commenté Neil Saunders, directeur chez GlobalData.

L'agence "montre beaucoup plus ses muscles face aux grosses fusions, et il était improbable qu'une fusion de cette ampleur échappe à sa surveillance et à son opposition", a-t-il ajouté.

Mais, selon lui, certains arguments de la FTC comme la crainte d'une hausse des prix "ne reposent pas sur des éléments probants" et "les dynamiques actuelles du marché montrent que cette vision est globalement erronée".

Ce mariage "ne représente que peu de menace" concurrentielle, à part sur quelques secteurs très localisés, a estimé M. Saunders.

Kroger est présent dans 35 Etats américains sous son enseigne mais également une dizaine d'autres comme Harris Teeter, Dillons, etc. En 2022, il a réalisé un chiffre d'affaires de 148,3 milliards de dollars dans ses plus de 2.700 magasins et employait 430.000 personnes.

En juin 2023, Albertsons comptait près de 2.300 supermarchés dans 34 Etats sous son étendard mais aussi une vingtaine d'autres (Safeway, Vons, Randalls, etc.). En 2022, il a réalisé un chiffre d'affaires de 77,65 milliards de dollars et comptait 290.000 employés.

Le projet porte sur le rachat par Kroger des actions d'Albertsons au prix unitaire de 34,10 dollars, soit près de 33% de plus que le cours de clôture l'avant-veille de l'officialisation du projet le 14 octobre 2022.

L'accord prévoit également que Kroger prenne en charge environ 4,7 milliards de dollars de dette figurant dans les comptes d'Albertsons.

afp/rp