La pierre angulaire du mandat de l’ancien directeur général de OMV avait été la mise en place d’un partenariat stratégique avec Gazprom. De telles accointances ne sont bien sûr plus tout à fait dans l’ère du temps — bien que le groupe ait encore importé un cinquième de son gaz de Russie l’an dernier. 

Le portefeuille d’activités a donc été réorienté et, bon point, l’endettement net réduit à presque rien alors qu’il atteignait encore €9 milliards au début de l’année 2020. En la matière, les profits exceptionnels réalisés pendant la pandémie ont été judicieusement utilisés ; ils ont aussi permis de distribuer deux dividendes spéciaux coup sur coup. 

Contrôlé par le gouvernement autrichien à hauteur d’un tiers du capital, et par le fonds souverain d’Abu Dhabi à hauteur d’un quart de ce dernier, OMV présente un profil particulier parmi les autres majors : son activité chimie de spécialité représente 30% de son chiffre d’affaires ; son activité raffinage 20% ; et son activité production et exploration la moitié restante. 

Sur son segment chimie, le groupe est une référence mondiale dans la production de polyoléfines — un polymère dont la demande devrait encore croître de 10% par an d’ici 2030. En raffinage, il dispose d’une capacité d’un demi-million de barils par jour, avec une expertise reconnue dans les carburants dits « propres » et une spécialisation de longue date dans l’aviation. 

Ce segment inclut deux actifs de choix : le réseau de 1 700 stations-services en Europe centrale, qui en l’état représente un tiers du volume d’activité des raffineries du groupe ; et la participation de 15% dans l’activité raffinage de ADNOC, le groupe pétrolier d’Abu Dhabi qui a lui seul représente près de 4% de la production mondiale de pétrole.

OMV n’entretient pas de projets de croissance sur son segment production et exploration. Ses actifs les plus stratégiques se trouvent en Norvège, en Roumanie — avec Neptun, le plus grand gisement offshore en Union Européenne — et, dans une moindre mesure, en Libye, au Kurdistan et aux Emirats. Seul le pôle renouvelables est en expansion, en particulier dans la géothermie.

Son profil original — à cheval entre les activités de chimie et de production d’hydrocarbures — permet à OMV d’afficher une profitabilité dans l’ensemble supérieure à ses comparables directs, c’est-à-dire les autres groupes de chimie européens et, en production et exploration, les producteurs de taille intermédiaire. 

Bien que volatile, sa génération de cash-flow libre peut être raisonnablement lissée sur le cycle à au moins €2 milliards par an. Ceci rend sa valorisation du moment — capitalisation boursière de €13 milliards, avec un endettement négligeable — relativement attractive, même si c’est en premier chef par rapport à sa distribution de dividendes que OMV restera valorisé. 

Justement, or distributions spéciales, le dividende régulier devrait dépasser €3 par action dès l’année prochaine.