Dans la plainte déposée par le cabinet de conseil financier Kroll au nom de trois entités liquidées liées au 1MDB, les plaignants soutiennent que Standard Chartered a permis plus de 100 transferts internes entre 2009 et 2013. Ces mouvements auraient servi à masquer le détournement de fonds publics. Selon eux, ces opérations, entachées de signaux d'alerte flagrants, révèlent de graves défaillances de contrôle interne, qui ont rendu possible un vaste détournement orchestré au plus haut sommet de l'État malaisien.

La banque, qui affirme ne pas avoir encore reçu les documents judiciaires officiels, rejette en bloc les accusations. "Ces revendications sont dénuées de fondement, et Standard Chartered entend se défendre avec vigueur contre toute procédure initiée par les liquidateurs", a déclaré un porte-parole dans un communiqué.

Standard Chartered a également rappelé que les entités à l'origine de la plainte avaient, par le passé, été elles-mêmes qualifiées de sociétés-écrans par les liquidateurs, et qu'elles étaient soupçonnées d'être liées au financier en fuite Low Taek Jho, considéré comme l'architecte du scandale. Toujours introuvable, ce dernier nie toute implication.

Bijoux, luxe et versements douteux

Selon la plainte, les flux transitant par les comptes de Standard Chartered incluraient des paiements en faveur de l'ex-Premier ministre Najib Razak, actuellement incarcéré et condamné à six ans de prison dans l'une des nombreuses affaires liées au 1MDB. D'autres sommes auraient servi à l'achat de biens de luxe, notamment des bijoux destinés à l'épouse et au beau-fils de Najib , des accusations que la famille continue de contester.

Un porte-parole du conseil d'administration de 1MDB a salué l'initiative judiciaire, y voyant une avancée dans la quête de justice. "Le peuple malaisien est la véritable victime de cette fraude planétaire", a-t-il déclaré. "Tous les acteurs doivent être tenus responsables , y compris les institutions financières qui ont failli à leurs devoirs fondamentaux de vigilance et de responsabilité".

Ce n'est pas la première fois que Standard Chartered se retrouve sur la sellette dans ce dossier. En 2016, la banque centrale de Singapour avait infligé une amende de 5,2 millions de dollars singapouriens à sa succursale locale, pour manquements aux règles de lutte contre le blanchiment d'argent en lien avec le scandale. Si des lacunes notables avaient été relevées dans le suivi des clients, les autorités n'avaient pas retenu l'intentionnalité.

Des milliards encore introuvables

Cette nouvelle plainte vient s'ajouter aux ennuis judiciaires de la banque, déjà visée par une action distincte de 1,9 MrdsUSD à Londres pour des violations présumées des sanctions américaines contre l'Iran. Le scandale du 1MDB, quant à lui, continue d'avoir des répercussions à l'échelle mondiale : au moins six pays, dont Singapour et la Suisse, ont ouvert des enquêtes.

Depuis 2019, la Malaisie est parvenue à récupérer environ 29 milliards de ringgits (6,92 MrdsUSD) liés au fonds. Mais plusieurs dizaines de milliards restent introuvables, et la pression judiciaire sur les institutions mises en cause ne faiblit pas.

Créé en 2009 avec de grandes ambitions économiques, le 1Malaysia Development Berhad (1MDB) était dirigé par Najib Razak et en coulisses par le flamboyant Jho Low. 

L'ampleur du scandale a poussé les États-Unis à lancer la plus vaste enquête pour kleptocratie de leur histoire. Low en aurait été le chef d'orchestre. Najib, lui, affirme avoir été dupé, convaincu que les fonds provenaient de dons généreux de la famille royale saoudienne. Les tribunaux, en Malaisie comme à l'étranger, ne l'ont pas suivi. Il a été condamné en 2020 pour corruption, abus de pouvoir et blanchiment d'argent.

Les retombées de l'affaire ont également frappé d'autres géants de la finance, à commencer par Goldman Sachs, qui a versé des milliards pour mettre fin à des enquêtes sur son rôle dans l'endettement frauduleux du 1MDB.