PARIS (awp/afp) - Englués depuis des mois dans la bataille du rachat de l'un par l'autre, Suez et Veolia ont repris de timides contacts pour tenter de trouver un terrain commun à des positions a priori difficilement conciliables.

Suez, qui a reçu une proposition d'investissement des fonds Ardian et GIP, a offert dimanche de reprendre le dialogue, en vue du maintien des deux entreprises. Veolia, qui a acheté en octobre 29,9% de Suez à Engie, n'a pas dit non à la discussion, mais sur la seule base de son projet d'absorption de son vieux rival.

A ce stade, les deux géants des services environnementaux ont juste commencé à évoquer des modalités de négociations, indique-t-on de sources proches, certainement pas le fond.

"Il faut (...) laisser le temps, l'annonce ne date que de dimanche soir" justifie Diane Galbe, directrice générale adjointe de Suez, à l'Usine nouvelle.

GIP et Ardian, parmi les plus gros fonds d'infrastructure au monde, se sont dits prêts à investir dans Suez avec l'objectif de préserver les deux groupes, à condition que ceux-ci s'accordent. Cela pourrait aller "jusqu'au dépôt d'une offre sur l'ensemble du capital de Suez avec 18 euros par action" (le prix payé par Veolia à Engie), a indiqué Suez.

Selon le Canard Enchaîné, les deux fonds se sont entendus pour contrôler chacun 30% de Suez. "Si on arrive à bon port" lors des discussions Suez-Veolia, "cet ordre de grandeur ne me choque pas", a dit à l'AFP Mathias Burghardt, patron d'Ardian Infrastructures, ajoutant avoir aussi "discuté d'une durée minimum avec GIP".

- "Besoin de stabilité" -

L'actionnariat, qui devra être à "majorité française car c'est l'ADN de Suez", impliquerait une hausse de participation des salariés et serait ouvert à des investisseurs institutionnels, publics notamment, ajoute-t-il.

Ardian, premier fonds européen, compte 16% d'actifs dans les infrastructures (transports, énergie, eau...), en croissance: ce sont "des investissements de long terme, avec des retours moins élevés, mais résilients face aux crises", explique M. Burghardt.

Le projet de GIP et d'Ardian, qui investit quasi exclusivement dans des actifs non cotés, serait de sortir Suez de la cote boursière, quitte à y revenir plus tard: "Suez a besoin de stabilité."

Quant à GIP, c'est Suez qui a proposé sa participation: "C'est un des plus gros investisseurs au monde dans les infrastructures, à la réputation de compétence et de responsabilité". Rien de choquant à ce qu'il soit américain, selon M. Burghardt: "Suez a 40% d'actifs investis aux États-Unis. Sur une activité aussi sensible que l'eau, avoir un actionnaire américain fort et respecté compte."

Mais en face, Veolia attend de pouvoir lancer son OPA sur le reste des titres de Suez, bloquée dans l'immédiat par des recours judiciaires.

"Nous confirmons que jamais nous ne céderons les 29,9%", redit-on vendredi à Veolia, où l'on veut construire "un champion" du secteur.

-"Champ de bataille"-

"Nous reprenons les discussions sérieusement, avec la volonté d'aboutir", mais sur la base du sujet Suez Eau France, que Veolia devrait revendre pour répondre aux lois anti-trust et dont il se dit prêt à céder un plus large périmètre.

"Ca va avancer, ça va aller jusqu'au bout et ça va bien se passer", a affirmé lundi son PDG Antoine Frérot.

Avec l'arrivée de GIP-Ardian, le gouvernement, qui avait d'abord semblé favorable au projet Veolia avant de s'opposer en vain à la vente du bloc d'Engie, s'exprime de nouveau.

"Ce qui compte est la préservation de l'emploi, la qualité de l'offre industrielle, de la concurrence (...), ces défis seront remplis si cette opération se fait dans un cadre amical", a souligné le ministre de l'Économie Bruno Le Maire.

Dans un livre juste paru, il décrit "un champ de bataille", "des négociations jamais conduites de bonne foi" et les sarcasmes des journaux quand l'État, actionnaire de référence d'Engie, fut désavoué. "On ne s'est pas très bien débrouillés", a-t-il admis jeudi sur LCI.

La Caisse des dépôts s'est dite prête, par la voix de son patron Eric Lombard, à soutenir "une solution négociée qui permettrait de consolider deux grands groupes français". Une CDC actionnaire à 6,1% de Veolia, dont elle avait précédemment soutenu le projet.

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