par Stefano Rebaudo

4 décembre (Reuters) - Les inquiétudes de marché sur la dette des pays les plus endettés de la zone euro se sont calmées récemment, mais pourraient reprendre en 2024 si les nouvelles règles budgétaires européennes, qui seront décidées cette semaine, sont jugées trop rigoureuses par les investisseurs.

Les analystes estiment que la crise budgétaire allemande entraînera un durcissement de la politique budgétaire dans la plus grande économie de la zone euro en 2024, ce qui pourrait renforcer la pression sur les pays périphériques pour qu'ils maintiennent leur budget sous contrôle.

Un tel scénario pourrait faire rebondir le "spread", l'écart de rendement entre les titres souverains périphériques et allemands qui matérialise la prime de risque exigée par les investisseurs pour s'exposer aux économies endettées de la zone euro, comme l'Italie.

Le spread sur les titres à 10 ans italiens atteint actuellement environ 173 points de base (pb), 38 points de base de moins qu'il y a un an, tandis que tandis que le spread sur les titres portugais de maturité comparable s'est réduit de 34 pb sur un an. Le spread sur l'OAT à 10 ans atteint 58 pb, 5 points de plus qu'il y a un an.

BofA prévient néanmoins que l'endettement important de l'Italie signifie qu'"un choc pourrait précipiter le pays dans une crise de la dette".

"La zone euro doit éviter de commettre la même erreur qu'il y a plus de dix ans, lorsque la politique budgétaire et la politique monétaire étaient trop strictes", souligne Ruben Segura-Cayuela, économiste européen chez BofA.

"Un resserrement simultané trop agressif pourrait menacer la résilience dont la périphérie et les spreads ont fait preuve jusqu'à présent."

Pendant la crise de la dette de 2010-2012, certains pays européens, dont la Grèce, l'Italie et l'Espagne, ont vu leurs coûts d'emprunt s'envoler, mettant en question leur capacité à rembourser leur dette.

Le Pacte de stabilité et de croissance, vieux d'environ 30 ans, et qui limite les déficits budgétaires à 3% du PIB et la dette à 60% du PIB tout en prévoyant des mesures disciplinaires pour les pays ne respectant pas ces ratios, voit actuellement ses contours révisés par les ministres des Finances de l'UE.

La pandémie et la flambée des prix de l'énergie ont poussé les pays membres à suspendre le Pacte en 2020, et l'explosion des volumes de dette, émise pour couvrir les coûts de ces crises, est en partie à l'origine de la révision du cadre budgétaire.

Un accord pourrait être conclu dès la semaine prochaine, mais il faudra peut-être attendre les élections parlementaires européennes de début juin pour qu'un accord final soit atteint.

Certains pays, dont l'Italie, ont plaidé pour une approche plus souple axée sur la croissance, tandis que les pays du Nord, menés par l'Allemagne, favorisent une approche de réduction de la dette.

La Commission européenne a d'abord proposé que n'importe quel objectif de réduction de la dette sur quatre ans soit acceptable, mais l'Allemagne insiste sur des objectifs annuels minimums, qui seraient les mêmes pour tous.

"Les nouvelles règles doivent éviter de proposer des objectifs chiffrés, qui seraient communs à tous les membres, tout en laissant une marge de manœuvre à la région pour faire face aux défis à long terme", estime Ruben Segura-Cayuela, de BofA.

Les finances de l'Allemagne ont été déstabilisées par une décision de justice rendue le mois dernier, qui a jugé que la réaffectation de 60 milliards d'euros de fonds COVID inutilisés pour des dépenses climatiques était inconstitutionnelle. Berlin a dû geler ses plans budgétaires pour cette année et l'année prochaine et suspendre pour une année supplémentaire le plafond d'emprunt qu'il s'est imposé, son "frein à l'endettement".

"Dans l'état actuel des choses, Berlin signale qu'il souhaite maintenir son frein à l'endettement. Si c'est le cas, il pourrait être plus difficile de trouver un compromis sur le Pacte de stabilité et de croissance, car il est peu probable que l'Allemagne assouplisse sa position", estime Felix Hubner, économiste en chef pour l'Allemagne chez UBS.

Les analystes jugent que l'opinion allemande pourrait ne pas accepter un resserrement de la politique budgétaire du pays sans une approche similaire pour toute l'Europe, ce qui compliquerait les perspectives de la périphérie.

En attendant l'issue des négociations, les investisseurs obligataires misent sur une baisse des taux d'intérêt par la Banque centrale européenne dans quelques mois, qui pourrait soutenir la dette des pays périphériques.

JPMorgan estime que le spread italien sera de 175 pb mi-2024 et de 200 pb à la fin de l'année, en supposant que le soutien de la BCE à la périphérie reste inchangé.

Allianz Global Investors est neutre sur les obligations périphériques depuis la fin de l'été et voit le spread italien à 180-200 points de base tant que l'Italie conserve sa note "investment grade" et que la politique de la BCE correspond aux attentes des marchés, selon Massimiliano Maxia, spécialiste taux.

(Reportage Stefano Rebaudo, version française Corentin Chappron, édité par Blandine Hénault)