Francfort (awp/afp) - La Banque centrale européenne (BCE) pourra commencer à baisser ses taux d'intérêt en juin sans devoir attendre la Réserve fédérale américaine, estime le gouverneur de la Banque de Finlande Olli Rehn. Ce dernier laisse toutefois ouverte la suite de l'assouplissement monétaire.

"Même si nous n'élaborons pas de politique en vase clos, la BCE n'est pas le 13e district fédéral de la Réserve fédérale américaine (Fed)", déclare le banquier central dans un entretien à l'AFP. Une allusion à la banque centrale américaine, avec son réseau de 12 banques centrales régionales, qui jusqu'ici a souvent donné le cap en matière monétaire, la BCE jouant le rôle de suiveur.

Cette fois, c'est l'institution francfortoise qui paraît la plus à même de baisser ses taux la première, lors de sa réunion du 6 juin. Pour calmer l'inflation, la BCE a porté les coûts d'emprunt en zone euro à un niveau record, procédant une succession inédite de hausses de taux depuis juillet 2022.

Alors que les tensions sont encore vives sur les prix outre-Atlantique, forçant la Fed à temporiser, la tendance est en zone euro "à la baisse de l'inflation sous-jacente (hors prix de l'énergie et des matières premières,) et à la croissance quelque peu modérée des salaires", observe M. Rehn.

Ecarts normaux

Il existe donc de "solides arguments en faveur d'une réduction des taux en juin", estime celui qui compte parmi les vingt-cinq membres du conseil des gouverneurs de la BCE. "Au-delà, voyons si la tendance continue", tempère-t-il. Une nouvelle baisse des taux dès juillet n'est donc pas acquise, comme d'autres ténors de la BCE ont déjà prévenu.

"Nous ne nous engageons pas à l'avance sur une quelconque trajectoire de taux", ajoute M. Rehn, réitérant des propos de la présidente Christine Lagarde. En tout état de cause, "ce que fera la Fed ne sera pas déterminant", affirme-t-il, au moment où certains craignent que des divergences de politique monétaire entre les deux côtés de l'Atlantique conduisent à déprécier l'euro et rajouter de l'inflation importée.

"Il ne faut pas accorder trop d'attention aux éventuels petits écarts de la politique monétaire", rassure le Finlandais, selon lequel les cycles économiques ne peuvent être parfaitement synchronisés de part le monde, "surtout après les chocs exceptionnels que nous avons vécus"

Plus d'investissement

Le "découplage" en terme de développement économique entre les Etats-Unis et l'Europe est en revanche "une préoccupation majeure", souligne M. Rehn. Les États-Unis connaissent une croissance plus rapide que la zone euro depuis 25 ans, notamment grâce à une démographie plus favorable et des gains plus rapides de productivité.

Le choc inflationniste de 2022 a de plus souligné la dépendance excessive de l'Europe aux combustibles fossiles importés de Russie, quand les États-Unis ont été et continuent d'être un exportateur net d'énergie. "C'est pourquoi les efforts en faveur de la transition verte et de la numérisation sont essentiels pour l'Europe", déclare-t-il.

"Nous sous-investissons en Europe et cela nuit à notre compétitivité" : le Vieux continent a donc plus que jamais besoin d'une "union des marchés des capitaux", capable de mobiliser l'argent privé, qu'il préférerait rebaptiser en "union du financement et de l'investissement". Il s'agirait par exemple d'utiliser "plus efficacement la Banque européenne d'investissement", l'organe de financement de l'UE, comme outil pour canaliser l'épargne vers les investissements privés et publics.

Quand Emmanuel Macron plaide pour intégrer dans les missions de la BCE un objectif de croissance, voire de décarbonation, M. Rehn rappelle qu'il faut "respecter le traité européen dans son intégralité" qui stipule que la stabilité des prix est la finalité du mandat de la banque. Sans compromettre cet objectif, la BCE a "le devoir de soutenir une croissance équilibrée, le plein emploi et le développement durable", rappelle M.Rehn.

L'institution a déjà intégré des critères climatiques dans ses rachats de dette sur le marché. Atteindre la stabilité des prix, définie comme une inflation ancrée à 2%, "contribue également à la transition verte et à l'action climatique en créant une condition préalable aux décisions d'investissement et de consommation des entreprises et des ménages", conclut-il.

afp/vj