Paris (awp/afp) - La Bourse de Paris a chuté de plus de 3% vendredi en séance, les investisseurs s'inquiétant du coût des programmes économiques du Rassemblement national (RN) et du Nouveau Front populaire en vue des législatives prochaines, dans un marché déjà inquiet de la trajectoire du déficit de la France.

Vers 17H00, l'indice vedette de la Bourse de Paris, le CAC 40, lâchait 2,90%, s'établissant à 7.484,61 points, et se dirigeait vers sa pire baisse hebdomadaire depuis mars 2022, juste après l'invasion russe de l'Ukraine.

Parmi les principales Bourses européennes, toutes dans le rouge vendredi, le CAC 40 est le seul indice à avoir effacé ses gains depuis le début de l'année, cédant 0,76% à ce stade de la séance.

En comparaison, depuis le début de l'année, les Bourses de Milan et de Francfort ont gagné plus de 7% et Londres plus de 5%.

A Paris, "la présentation du programme du Nouveau Front populaire a accentué la chute du marché d'actions et a mis sous tension le marché obligataire", a commenté Alexandre Baradez, responsable des analyses de marchés chez IG France.

"Le volet fiscal fait surtout réagir les actions et l'aspect budgétaire fait réagir le marché obligataire souverain", a détaillé l'analyste.

"On voit que le bloc de gauche qui s'est mis en place, plus rapidement qu'on ne l'attendait, a désagréablement surpris les marchés parce que dans les premières lignes du programme un volet fiscal semble assez important, incluant par exemple le rétablissement de l'ISF" (impôt de solidarité sur la fortune), a expliqué Alexandre Baradez.

Les élections législatives des 30 juin et 7 juillet pourraient mener à l'entrée au gouvernement du RN, ou bien de membres de l'alliance de gauche Nouveau Front populaire. Mais les programmes politiques des deux camps ne sont pas de nature à plaire aux marchés entre baisse des taxes à l'extrême droite et abrogation de la réforme des retraites à gauche.

Un point commun est identifié par les analystes: le risque d'augmentation des déficits budgétaires, "à un moment où le déficit est élevé et où le taux d'emprunt de l'État a déjà augmenté", a noté Sylvain Bersinger, analyste d'Asterès.

Autre facteur qui entraîne l'indice CAC 40 en baisse, l'écart grandissant entre le taux d'intérêt des OAT (obligations assimilables du Trésor, NDLR) françaises à dix ans - qui atteignait 3,12% vers 15H10 GMT - et son équivalent allemand qui reculait plus fortement (à 2,35%).

Cet écart entre les deux taux - ou "spread" - est un indicateur de mesure de la confiance des investisseurs en la France et ses perspectives économiques de long terme. Il se situait vers 15H15 GMT à 0,76 point de pourcentage. Selon Bloomberg, son amplification sur la semaine est à ce stade la plus importante depuis 2011, au moment de la crise des dettes des Etats de la zone euro.

"Cet écart nous montre le degré de défiance vis-à-vis de la dette française par rapport à la dette allemande", or "plus cet écart s'agrandit et plus le marché d'actions baisse", a souligné Alexandre Baradez.

afp/rp