Après avoir été interdite en Inde, Jane Street s’est dite "profondément déçue" par ce qu’elle qualifie d’accusations "extrêmement inflammatoires" émanant de la Securities and Exchange Board of India (SEBI). Elle prépare actuellement une réponse formelle, sans avoir précisé la nature exacte des actions juridiques envisagées.
Vendredi, la SEBI a interdit à Jane Street d’acheter ou de vendre des titres sur les marchés indiens, tout en gelant 567 millions de dollars de ses fonds. Le régulateur reproche à la société d’avoir acheté massivement des actions et contrats à terme liés à l’indice bancaire indien Bank Nifty afin de le soutenir artificiellement en début de séance, tout en prenant simultanément des positions vendeuses sur des options liées au même indice, positions qui auraient ensuite été exercées ou laissées expirer plus tard dans la journée.
La SEBI suit les activités de Jane Street depuis plus de deux ans, et a élargi son enquête à d'autres indices et plateformes de négociation. Cette décision s’inscrit dans un contexte de vigilance accrue autour des dérivés boursiers, un marché en pleine explosion en Inde mais source de pertes massives pour les investisseurs particuliers. Selon les dernières données, les pertes des traders particuliers sur les produits dérivés actions ont bondi de 41% sur un an, atteignant 1 060 milliards de roupies (environ 12,4 milliards de dollars) à fin mars.
Un arbitrage classique, selon Jane Street
Dans son message interne, Jane Street affirme que ses stratégies d’arbitrage "contribuent à aligner les prix des instruments liés entre eux", un rôle fondamental des intervenants de liquidité dans les marchés. La firme conteste vigoureusement le fait que ces activités puissent être qualifiées de manipulation en soi.
Elle réfute également l’accusation selon laquelle elle n’aurait pas coopéré avec le régulateur. Selon elle, ses dirigeants ont rencontré à plusieurs reprises des représentants de la SEBI et des bourses concernées, et ont adapté leurs pratiques à la suite de ces échanges. "Depuis février, nous avons multiplié les tentatives de dialogue avec la SEBI, sans succès", précise le courriel.
Jane Street est actuellement à la recherche de cabinets d’avocats indiens pour préparer sa riposte, selon plusieurs sources proches du dossier. L’étape suivante pourrait être un recours devant le Securities Appellate Tribunal (SAT).
La SEBI, pour sa part, n’a pas fait de commentaire au-delà de son ordonnance publiée vendredi. Son président, Tuhin Kanta Pandey, a néanmoins déclaré lundi que le régulateur renforçait sa surveillance des manipulations sur le marché des dérivés, tout en estimant que "peu d’autres cas comparables" à celui de Jane Street devraient émerger.
Outre Jane Street, plusieurs grandes firmes de trading mondiales opèrent sur les marchés indiens, dont Citadel Securities, IMC Trading, Millennium et Optiver. En mai, l’Inde représentait environ 60% du volume mondial des dérivés sur actions, selon la Futures Industry Association.



















