Le groupe de services financiers, dont certaines de ses prédictions passées ont été avérées, notamment le Brexit, liste une série d'événements improbables mais sous-estimés qui, selon lui, pourraient déclencher une onde de choc sur les marchés l'an prochain. Pour Saxo, depuis la pandémie de COVID-19, le monde est durablement entré dans une situation d'imprévisibilité et il est évident pour 2024 que "le retour à la normale" sur lequel pariaient les responsables politiques et les investisseurs n'aura pas lieu.

"Le monde plonge dans un avenir dangereusement imprévisible", écrit Saxo, tandis que le directeur des investissements du groupe, Steen Jakobsen, note que "la route tranquille sur laquelle le monde a voyagé depuis la grande crise financière, avec une géopolitique stable, une inflation faible et des taux d'intérêt bas" est finie.

Pour l'an prochain, Saxo imagine un monde où l'Arabie saoudite va étendre son influence en acquérant l'une des franchises les plus convoitées du monde du sport pour créer une Ligue des champions du monde grâce à la flambée du pétrole, dont le cours pourrait monter à 150 dollars le baril à la fin du premier semestre sur fond de hausse de la demande de brut.

Ryad deviendrait ainsi une puissance du tourisme, des loisirs et du divertissement et dans un contexte de compétition mondiale de clubs, le cours de l'action Manchester United doublerait.

Toujours sur le plan politique, aux Etats-Unis, Robert F. Kennedy Jr, candidat indépendant, remporterait l'élection présidentielle de 2024, grâce à un programme populiste plébiscité à la fois par des démocrates traditionnels mécontents et des partisans de Donald Trump.

"Le message de Kennedy en faveur de la paix et sa promesse de mettre fin aux abus du système de santé américain et de briser l'excès de pouvoir des entreprises voient les entreprises de défense, de médicaments et de soins de santé piquer du nez", écrit Saxo dans l'impact attendu sur les marchés de cette victoire.

Impact des nouvelles technologies

Saxo estime par ailleurs que les nouvelles technologies, si elles permettent de résoudre des problèmes, peuvent aussi en créer d'autres, parfois éminemment dangereux. L'intelligence artificielle (IA) générative, perçue comme une opportunité en matière de gains de productivité, pourrait ainsi déclencher une crise de sécurité nationale, après une usurpation d'identité.

Cela conduirait les Etats à adopter de nouvelles règles et mettrait un terme à l'engouement pour l'IA, provoquant l'effondrement de l'action des sociétés comme Adobe, et un retour en grâce des médias traditionnels comme le groupe de presse The New York Times Company (NYTC) dont l'action pourrait doubler.

Autre secteur exposé pour 2024: celui du luxe. Il pourrait plonger après une décision de l'Union européenne, sur proposition de la Commission européenne, de mettre en place un impôt sur la fortune dans le but de redistribuer les richesses. Dans un tel scénario, l'action LVMH pourrait chuter de 40%, tandis que des groupes comme Porsche ou Ferrari seraient également gravement affectés.

Dans le secteur pharmaceutique, où le danois Novo Nordisk est devenu en 2023 la première capitalisation boursière européenne devant LVMH, grâce notamment à son traitement contre l'obésité Wegovy, une crise sanitaire majeure se profile peut-être, note Saxo.

Le groupe de services financiers estime que l'engouement pour les médicaments anti-obésité pourrait conduire les populations à renoncer à tout exercice physique et à une alimentation saine, ce qui se traduirait par une hausse significative de la demande pour les aliments transformés, permettant notamment un bond en Bourse des actions McDonald's et Coca-Cola.

Saxo voit le taux d'obésité des adultes dans le monde passer actuellement de 39% à 45% en 2024, l'offre de médicaments anti-obésité n'étant pas en mesure de répondre à la demande.

Le changement de cap de la BOJ ?

Parmi les autres scénarios extrêmes envisagés par Saxo figure également une crise sur le marché obligataire avec l'abandon par la Banque du Japon (BoJ) de sa politique de contrôle de la courbe des taux, qui pourrait conduire "les investisseurs japonais a rapatrier leur argent", provoquant un affermissement du yen qui pourrait se traiter à 130 pour un dollar.

La semaine dernière, Mabrouk Chetouane, directeur stratégies marchés internationaux chez Natixis IM, avait lui aussi estimé que la fin de la politique ultra accommodante de la BoJ attendue en 2024, pourrait entraîner une modification des flux de capitaux qui iront davantage vers l'investissement local au détriment des obligations américaines, ce qui pourrait accentuer la question de la soutenabilité de la dette des Etats-Unis.

La création d'un "Club de Rome" par les pays dits déficitaires (Etats-Unis, Royaume-Uni, Inde, Brésil, Canada et France) afin de négocier avec les pays excédentaires (Chine, Allemagne, Norvège, Japon, Pays-Bas et Singapour) des conditions commerciales qui leur sont plus favorables, la dette américaine étant devenue incontrôlable, pourrait réduire la confiance dans le système monétaire fiduciaire. Dans ce contexte, l'or et les cryptomonnaies en profiteraient pour réaliser d'importants gains, explique Saxo.

Saxo imagine aussi les Etats-Unis, contraints d'accroître les dépenses fiscales avant les élections de 2024, adopter une stratégie radicale en exonérant d'impôts les revenus tirés d'obligations d'Etat, ce qui pourrait provoquer un effondrement du marché boursier. (Rédigé par Claude Chendjou)