En France, bien que Schneider Electric soit récemment devenue la première pondération du CAC 40, ce sont évidemment les géants du luxe qui continuent de marquer l’indice. En additionnant les pondérations de L’Oréal (5%), Hermès (3,4%), LVMH (7%) et Kering (1%), on obtient un poids total de 16,4%. Il y a quelques années, cette dynamique était encore plus marquée, avec un poids proche de 40%, porté par le cycle exceptionnel qu’a connu le secteur.
Un autre cas bien connu est celui de la relation entre l’univers technologique et le S&P 500. Les fameux “Magnificent 7” représentent à eux seuls plus d’un tiers des mouvements de l’indice. Derrière eux, le secteur financier pèse 12%. C’est la technologie qui a permis à l’indice de rapidement sortir la tête de l’eau après la purge d’avril dernier. Mais en octobre, alors que les investisseurs n’avaient d’yeux que pour l’IA, la question de la concentration du marché américain est revenue sur la table. Les plus prudents s’inquiétaient de voir le poids du secteur technologique revenir à des niveaux comparables à ceux de la bulle internet. La différence majeure, toutefois, est que la contribution de ces entreprises aux bénéfices n’a rien de comparable avec celle de l’époque.
Il n’en reste pas moins qu’investir dans un indice est moins passif que certains ne le pensent. Investir en DCA sur le MSCI World et jeter un œil de temps à autre à son portefeuille peut s’apparenter à une approche passive. En revanche, choisir un indice plutôt qu’un autre relève d’une véritable décision d’investissement. Miser sur une meilleure performance des petites et moyennes entreprises peut, par exemple, orienter vers le Russell 2000 ou le S&P 500 équipondéré. De la même manière, on choisit aussi un indice national en fonction des entreprises qui le dominent.
Parfois, il ne s’agit pas d’un secteur entier, mais de quelques entreprises – voire d’une seule. Avec le KOSPI coréen, deux entreprises représentent à elles seules plus d’un tiers de la pondération : Samsung Electronics et SK Hynix. Surtout, elles occupent un positionnement très proche, celui de champions des puces mémoire, devenues indispensables à la révolution de l’IA. Depuis l’été dernier, leurs cours ont été catapultés par une demande insatiable et un pouvoir de fixation des prix toujours plus fort. Il n’en fallait pas plus pour faire du KOSPI l’indice le plus performant parmi les grands indices nationaux en 2025.
Au Danemark, le phénomène est encore plus visible avec Novo Nordisk et son poids de 17%. Très loin devant les autres entreprises de l’indice OMX Copenhagen, le groupe a même joué un rôle central dans la croissance économique du pays et dans les créations d’emplois, notamment en 2022 et 2023. Mais l’heure n’est plus à l’euphorie chez Novo Nordisk, après avoir laissé passer l’occasion de dominer l’immense marché américain. Depuis l’été 2024, les graphiques de Novo Nordisk et de l’OMXC illustrent parfaitement ce retournement de dynamique.

Dans cette même catégorie du “un géant et le reste”, l’indice taïwanais reste le champion. TSMC, principale fonderie mondiale de semi-conducteurs, y pèse 64%, tandis que le deuxième titre de l’indice ne représente que 4%. De nombreux grands indices imposent d’ailleurs une limite à la pondération d’un titre ou d’un secteur afin d’éviter ce type de déséquilibre, qui accentue mécaniquement la volatilité.
Encore dans le secteur pharmaceutique, l’indice belge est lui aussi marqué par cette concentration. Un quart du Bel 20 dépend à lui seul de UCB et ArgenX. Cet indice illustre bien le décalage qui peut exister entre capitalisation boursière et flottant. Quatre entreprises dominent largement le reste de l’indice en termes de capitalisation, mais le plus grand brasseur du monde, AB InBev, est loin d'être le cador de l'indice avec une pondération de 10% contre 7,5% pour l'assureur Ageas par exemple.

Les deux entreprises pharmaceutiques ont été solidement valorisées grâce à leurs belles performances boursières de ces deux dernières années, ce qui a, par ricochet, soutenu l’indice national belge, en hausse de 40% sur deux ans.
S’il fallait citer deux secteurs particulièrement rémunérateurs en Europe l’an passé, ce seraient sans doute la défense et les banques. Si le FTSE MIB, l’indice italien, a progressé de 31% en 2025, c’est en partie grâce à la forte présence des banques dans sa composition. Environ un tiers de la pondération de l’indice correspond au secteur bancaire. On y retrouve en effet six banques parmi les quarante entreprises qui le composent.
Ce déséquilibre est récurrent au sein des indices, et il vaut mieux avoir en tête ce type de spécificités avant de se positionner. Selon ses convictions, il peut parfois être pertinent de s’intéresser à des ETF équipondérés (“equal weight”).





















