Tout part des Etats-Unis. La politique déployée par Donald Trump, qui consiste à modifier les règles du jeu mondial au profit de l'Amérique, la "vraie", crée à la fois des points de friction, des risques économiques et une redistribution des cartes géopolitiques. Que l'on soutienne ou que l'on s'oppose aux choix du président des Etats-Unis, c'est une réalité. Prises individuellement, ces décisions entraînent des conséquences relativement prévisibles. Par exemple, relancer une guerre commerciale peut avoir des conséquences sur l'inflation, non seulement aux Etats-Unis mais aussi à l'échelle globale. Mettre l'Europe devant ses responsabilités financières en matière de sécurité devrait entraîner un accroissement des dépenses militaires sur le vieux continent. Sabrer dans les effectifs de l'administration fédérale américaine fait enfler le chômage et peut avoir des conséquences sur la consommation. Et cætera. Quand ces bouleversements interviennent tous en même temps, l'art de l'anticipation est nettement plus délicat.

C'est ce qui se produit en ce moment.

Sur les marchés financiers, cela se traduit par une ruée vers les actifs plus défensifs et les idées les plus évidentes. Acheter des entreprises européennes de la défense par exemple, puisqu'elles sont censées profiter du réarmement européen. Acheter des entreprises du BTP ou des matériaux de construction, parce que l'Allemagne a renversé la table la semaine dernière en annonçant un vaste plan d'investissements dans la défense et les infrastructures, qui enterre de facto des décennies d'austérité budgétaire. Cette nouvelle posture à Berlin a fait exploser les rendements du Bund. Les sociétés exposées aux taux d'intérêt, par exemple dans l'immobilier, ont donc pris un bon uppercut.

Mais le père de tous les risques actuels, c'est la crainte d'un ralentissement économique aux Etats-Unis, qui interviendrait, dans le pire des scénarios, en même temps qu'une accélération de l'inflation provoquée par les surtaxes douanières multilatérales. C'est l'une des raisons de la sousperformance actuelle de Wall Street, qui prend la menace au sérieux. Vendredi, le patron de la Fed a toutefois permis aux indices américains de terminer la séance sur une note légèrement positive. Jerome Powell a expliqué que la croissance économique n'est pas en danger à ce stade, tout en conservant la ligne directrice selon laquelle la banque centrale n'est pas pressée de reprendre ses baisses de taux. Les investisseurs pensent que la Fed agira si la situation part en cacahuète. Mais ils savent aussi que la politique monétaire ne peut pas tout si des forces puissantes, comme la stagflation, sont à l'œuvre.

Le climat est donc à la prudence du côté des financiers, qui, je le rabâche une fois encore, détestent ces périodes d'instabilité qui rendent le futur moins prévisible qu'il ne semble l'être habituellement. Donald Trump a renforcé hier soir ce sentiment lors d'une interview avec Fox News, en refusant, avec une certaine honnêteté, d'affirmer qu'il n'y aura pas de récession cette année, ou plutôt en expliquant détester "prédire les choses comme ça".

Les informations à connaître pour bien démarrer la semaine :

  • Au Canada, Mark Carney, l'ancien gouverneur de la Banque du Canada et de la Banque d'Angleterre, a remporté la course pour devenir le prochain premier ministre du pays.
  • Elon Musk est venu ajouter sa voix au découplage militaire transatlantique, en appelant à une sortie des Etats-Unis de l'OTAN, pour forcer l'Europe à payer sa part dans sa propre défense. Pendant ce temps, l'Eurogroupe va discuter d'emprunt commun et de financements pour la défense. Musk a aussi affirmé que l'accès de l'Ukraine à Starlink ne sera jamais coupé, ce qui pourrait peser sur la hype du moment autour d'Eutelsat.
  • Les discussions entre les Etats-Unis et l'Ukraine reprennent en Arabie Saoudite en ce début de semaine. Les pronostics penchent pour une acceptation par Volodymyr Zelensky de l'accord sur les minerais proposé par la Maison Blanche. Donald Trump a décoché la semaine dernière sa flèche du Parthe en coupant ex abrupto le soutien militaire à Kiev, pour forcer l'Ukraine à accepter un processus de paix aux conditions fixées par les Etats-Unis.
  • C'est le retour du fameux shutdown aux Etats-Unis. Les républicains devraient faire adopter à la chambre des représentants un texte permettant aux administrations d'être financées jusqu'au 30 septembre. Mais il faudra le soutien des démocrates au sénat, ce qui pourrait donner lieu à de nouvelles passes d'armes. La date butoir est fixée au 14 mars à minuit.
  • Sur l'agenda macro : aux Etats-Unis, l'inflation de février (mercredi) sera suivie des prix à la production (jeudi), deux indicateurs majeurs à une semaine de la décision de la Fed sur ses taux. La Banque du Canada tranchera sur les siens mercredi, avec une baisse d'un quart de point en vue (de 3 à 2,75%). Cette nuit, la Chine a annoncé une contraction des prix à la consommation plus élevée que prévu en février (-0,7% sur un an contre -0,5% au consensus), qui démontre que l'économie du pays reste fragile.
  • Sur l'agenda des sociétés : encore quelques résultats de grands noms cette semaine, notamment Oracle et Adobe aux Etats-Unis, Inditex, Generali et BMW en Europe et PDD, Hon Hai Precision et CATL en Asie.

En Asie Pacifique, l'Australie, la Corée du Sud, le Japon et l'Inde gagnent 0,2 à 0,4%. C'est plus compliqué en Chine, notamment du côté de Hong Kong où les valeurs technologiques sont en berne. Le Hang Seng perd 2,2% en séance. Les indicateurs avancés européens sont assez nettement haussiers, par contraste avec des contrats à terme US teintés de rouge. La volatilité reste relativement forte, même si l'indice VIX s'est légèrement détendu par rapport à ses pics de la semaine dernière. Attention, les Etats-Unis sont passés à l'heure d'été au cours du weekend. La séance démarre donc à 14h30 heure de Paris à Wall Street au lieu de 15h30 habituellement. Le SMI prend 0,4% à 13 132 points. Le Bel20 perd 0,2% à 4463 points.

Le CAC40 a démarré la journée en hausse de 0,5% à 8161 points.

Les temps forts économiques du jour

La production industrielle allemande de janvier a été annoncée à 8h00. Tout l'agenda ici.

Les cotations sont celles du jour autour de 7h00 :

Les principaux changements de recommandations

  • Air France-KLM : JP Morgan maintient sa recommandation de surpondérer et relève l'objectif de cours de 9,50 à 15 EUR. Bernstein dégrade de surperformance à performance de marché avec un objectif de cours relevé de 11 EUR à 11,50 EUR.
  • Airbus : Morgan Stanley maintient sa recommandation de surpondérer et relève l'objectif de cours de 200 à 205 EUR.
  • Alcon : Bank Vontobel maintient sa recommandation de conserver avec un objectif de cours relevé de 84 à 90 CHF.
  • Alstom : Citi passe d'acheter à neutre en visant 26 EUR.
  • Alten : AlphaValue/Baader Europe maintient sa recommandation de réduction avec un objectif de cours relevé de 90,50 à 91,80 EUR.
  • ArcelorMittal : Zacks maintient sa recommandation neutre avec un objectif de cours relevé de 30 à 36 USD.
  • ArgenX : Guggenheim maintient sa recommandation d'achat avec un objectif de cours relevé de 775 à 1100 USD.
  • Bilfinger : Landesbank Baden-Wuerttemberg passe d'acheter à conserver avec un objectif de cours relevé de 57 EUR à 72 EUR.
  • Biomérieux : Morgan Stanley maintient sa recommandation de surpondérer avec un objectif de cours relevé de 123 à 129 EUR.
  • Carrefour : Morgan Stanley maintient sa recommandation de pondération de marché avec un objectif de cours réduit de 15,20 à 13,80 EUR.
  • Elis : Bernstein passe de performance de marché à surperformance avec un objectif de cours relevé de 23,90 EUR à 27,50 EUR.
  • FDJ United (ex-La Française des Jeux) : Bernstein dégrade de surperformance à performance de marché avec un objectif de cours réduit de 41,80 EUR à 37,50 EUR.
  • Flughafen Zürich : Barclays maintient sa recommandation de pondération de marché et relève l'objectif de cours de 210 à 215 CHF.
  • Galapagos : Morgan Stanley abandonne la couverture de souspondérer avec un objectif de cours de 21 EUR.
  • Galderma Group : Jefferies reste à l'achat avec un objectif de cours relevé de 105 à 115 CHF. RBC passe de surperformance à performance de marché en visant 106 CHF.
  • Greencore Group : HSBC améliore sa recommandation de conserver à acheter avec un objectif de cours relevé de 200 à 230 GBX.
  • Hensoldt : Kepler Cheuvreux dégrade d'alléger à conserver avec un objectif de cours de 52,40 EUR.
  • Holcim : Citi déclasse d'acheter à neutre avec un objectif de cours relevé de 108 CHF à 109 CHF.
  • Logitech International : Deutsche Bank maintient sa recommandation de conserver avec un objectif de cours réduit de 85 à 80 CHF.
  • Manitou Group : Kepler Cheuvreux dégrade son conseil d'achat à conserver avec un objectif de cours réduit de 27 EUR à 22 EUR.
  • Saint-Gobain : Citigroup maintient sa recommandation d'achat avec un objectif de cours relevé de 112 à 120 EUR.
  • Sandoz Group : Morgan Stanley maintient sa recommandation de pondération de marché avec un objectif de cours réduit de 41 à 38 CHF.
  • Solvay : AlphaValue/Baader Europe maintient sa recommandation d'achat avec un objectif de cours relevé de 42,50 à 42,90 EUR.
  • Spie : JP Morgan maintient sa recommandation de surpondérer et relève l'objectif de cours de 39 à 45 EUR.
  • Vivendi : AlphaValue/Baader Europe maintient sa recommandation d'achat et relève l'objectif de cours de 4,55 à 4,61 EUR.

En France

Annonces importantes (et moins importantes… Je précise que les informations sont données à chaud avant l'ouverture et ne préjugent pas de la couleur des actions pendant la séance)

  • Dupixent (Sanofi) a le potentiel de devenir le premier et le seul médicament ciblé pour le traitement de la pemphigoïde bulleuse.
  • Le fonds activiste Whitelight Capital passe à l'offensive contre Carrefour, selon La Lettre.
  • TotalEnergies abandonne un projet de centrale photovoltaïque en Guyane.
  • Le moteur Arriel de Safran choisi pour motoriser le nouvel hélicoptère R88 de Robinson.
  • Dassault Aviation annule 0,25% de son capital.
  • La famille brésilienne Moreira Salles lance une offre publique d'achat sur Verallia à 30 EUR l'action.
  • Les dirigeants de Spartoo rachètent 15,7% du capital de la société, détenus par Highland Capital Partners.
  • The Blockchain Group lève 48,6 M€ via une convertible réservée à des investisseurs et souscrite majoritairement en bitcoin, en traînant une dilution potentielle d'environ 50% pour les actionnaires existants.
  • Cabasse signe un nouveau financement dilutif sous forme d'OCA.
  • Egeiro (Theravet) en faillite.
  • Versity communique sur sa situation.
  • Les principales publications du jour : néant… Le reste ici.

Dans le vaste monde

Annonces importantes (et moins importantes)

D'Europe

  • Porsche Automobil accuse une perte de 21,7 milliards de dollars après impôts en raison de la dépréciation de sa participation dans Volkswagen.
  • Bain et WPP, les propriétaires de la société d'études de marché Kantar Group, vont étudier la possibilité de vendre la branche Worldpanel de la société pour un montant d'au moins 5 milliards de livres sterling, selon Sky News.
  • BBVA annonce qu'elle proposera des services de négociation et de conservation de bitcoins et d'éthers en Espagne.
  • Hikma est en pourparlers avec des partenaires pour préparer la vente d'une version générique d'Ozempic et de Wegovy (Novo Nordisk), selon le FT.
  • Mandatum et Geely vont céder leurs participations respectives de 19,8% et 49,9% dans la banque danoise Saxo Bank au groupe suisse Safra Sarasin. Saxo est valorisée environ 1,6 Md€.
  • Assura Plc aurait reçu une offre de KKR à 49,40 GBX par action.
  • Deliveroo quitte Hong Kong.
  • Canal+ a déposé un recours devant le Conseil d'Etat dans un litige l'opposant à l'administration fiscale française.
  • Les principales publications du jour : Traton, D'Ieteren

D'Amérique du Nord

D'Asie Pacifique et d'ailleurs

  • Palliser Capital presse Rio Tinto de renoncer à sa double cotation Londres / Sydney pour se concentrer sur Sydney.
  • Nissan Motor maintiendra en activité cinq usines d'assemblage de véhicules dans le cadre d'un plan de restructuration, selon Kyodo.
  • Petrobras va payer 283 millions de dollars pour régler le litige qui l'oppose à EIG devant un tribunal américain.
  • Les principales publications du jour : TSMCJardine Matheson Holdings LimitedKGI Financial Holding

Le reste de l'agenda mondial des publications ici.

Lectures