C'est sur la base de ce postulat que les investisseurs se réfèrent de manière immédiate au multiple de leurs profits auxquels sont valorisées les sociétés cotées en bourse pour évaluer l'attractivité d'une éventuelle transaction.
Plusieurs paramètres vont ici entrer en ligne de compte : calcul du profit réel, c'est-à-dire dans la majorité des cas et des secteurs le cash flow libre, souvent très différent du résultat comptable ; perspectives de croissance de ce dernier ; taux d'intérêts et prime de risque par rapport à celui-ci ; etc.
Voir à ces sujets, et entre autres, ABC de l'analyse financière : le tableau des flux de trésorerie, ABC de l'analyse financière : les six piliers de la valorisation d'un actif, et ABC de l'analyse financière : le coût du capital.
La publication la semaine dernière de notre commentaire des résultats d'Accenture a suscité la question d'un lecteur, qui s'interrogeait sur les calculs nous ayant amenés à écrire que la valorisation actuelle du leader mondial du conseil représentait "un multiple de huit à neuf fois le profit cash attendu cette année".
L'occasion se présentait donc d'ajouter une fiche de plus à la série des ABC sur le thème de comment définir le profit réel, car si le "prix" payé est clair - capitalisation boursière ou valeur d'entreprise, c'est selon, comme nous le rappelions dans ABC de l'analyse financière : capitalisation boursière vs. valeur d'entreprise - le dénominateur est parfois plus compliqué à arrêter.
Prenons justement le cas d'Accenture. Sur l'exercice fiscal précédent, le groupe affiche un résultat net de 7,7 milliards de dollars, et un cash flow libre de 10,9 milliards de dollars. La divergence entre les deux s'explique par le poids des amortissements - une charge non-cash héritée des nombreuses acquisitions d'Accenture - supérieur aux investissements dans les immobilisations et, bien sûr, aux rémunérations en stock-options qui atteignaient 2,1 milliards de dollars.
Auquel se référer ? Prenant le parti d'éviter les circonvolutions et raisonnements complexes, et gardant en tête que la valeur d'un actif découle en premier lieu du cash flow libre qu'il met dans la poche de son propriétaire, nous nous étions ici basés sur le montant de capital retourné aux actionnaires via les dividendes et les rachats d'actions.
Pour 2025, qu'observait-on donc ? Qu'Accenture avait distribué 3,7 milliards de dividendes et, net des émissions de titres liés aux stock-options, orienté 3,2 milliards vers les rachats d'actions, pour un total rendu aux actionnaires de 6,9 milliards de dollars, en l'occurrence très exactement deux fois plus que dix ans auparavant.
Divisé par le nombre de titres en circulation, ceci se traduisait en un capital retourné aux actionnaires de 11 dollars par action ; un bénéfice comptable par action de 12 dollars ; et un cash flow libre brut et non retraité - tel qu'il apparaîtrait sur un screener - de 17 dollars par action.
Autant dire que l'amplitude est importante, et que se référer ici au seul cash flow libre brut et non retraité pourrait conduire à une erreur significative d'appréciation. En revanche, sur dix ans, on observe à l'aide de ces rapides calculs de coin de serviette que le capital rendu aux actionnaires chaque année équivaut dans une très large mesure au résultat net : en agrégat, entre 2016 et 2025, 73 dollars par action en dividendes et rachats de titres, contre 81 dollars de bénéfice par action.
À cet égard, le résultat comptable du groupe nous semblait ici une mesure fidèle de la capacité bénéficiaire du groupe, et un numérateur idéal pour calculer le multiple de profits auquel s'échangeait Accenture à date de publication de l'article. Voici d'ailleurs, à titre illustratif, le bénéfice par action d'Accenture sur dix ans :
2016 : $6,2
2017 : $5,2
2018 : $6,2
2019 : $7,4
2020 : $7,9
2021 : $9,1
2022 : $10,7
2023 : $10,8
2024 : $11,4
2025 : $12,1
Et, toujours par action, le capital retourné aux actionnaires via des dividendes et des rachats de titres nets des émissions liées aux stock-options.
2016 : $5,1
2017 : $5,3
2018 : $5,2
2019 : $5,7
2020 : $6,2
2021 : $7,5
2022 : $8,1
2023 : $8,8
2024 : $10
2025 : $11
Pour 2026 et 2027, comme on peut le retrouver sur Zonebourse, le bénéfice par action est attendu à 13,5 et 14,7 dollars, respectivement. On peut s’attendre à le voir presque entièrement retourné aux actionnaires, comme d’habitude. D'où une situation en apparence très attractive, et le titre de l'article Accenture désormais valorisé à hauteur d'un multiple à un chiffre de son profit parfaitement justifié.




















