Au 2e trimestre 2026, Alphabet a généré 39,1 milliards de dollars de cash opérationnel et investi 44,9 MdsUSD, presque tout dans les serveurs, les réseaux et les data centers de l'IA. Le free cash flow ressort à -5,9 MdsUSD, une première depuis l'entrée en Bourse de 2004. Vingt-deux ans que Google a transformé chaque recherche en cash. Pourtant, le groupe finit le trimestre comme un étudiant le 25 du mois.
La planche à billets passe au guichet
Alphabet a englouti 44,9 MdsUSD en trois mois, deux fois plus qu'un an plus tôt, et vise entre 195 et 205 MdsUSD sur l'année. Il faut dire que le groupe avait investi 91,4 milliards sur tout 2025, et qu'on trouvait déjà ça fou. Anat Ashkenazi, la directrice financière, a prévenu que 2027 irait encore au-delà, sans donner de chiffre, le temps peut-être de négocier l'autorisation de découvert. En attendant, il faut payer. Alphabet n’a racheté aucune de ses actions depuis le début de l’année, a levé 49,6 MdsUSD en capital en juin et, selon Anat Ashkenazi, a fait passer son portefeuille de dette d’environ 16 à 100 MdsUSD en un an.
Sur douze mois glissants, le free cash flow reste positif à 53,3 MdsUSD, la banqueroute n'est pas au programme. A l'été 2025, Alphabet dégageait encore 24,5 MdsUSD de free cash flow par trimestre. Cet hiver, 10,1. Ce printemps, moins 5,9. La directrice financière prévient qu'il restera "sous pression". On veut bien la croire.
Il y a bien un record dans le communiqué, 112,1 MdsUSD de bénéfice net. Sauf que 77,1 MdsUSD viennent, après impôts, de plus-values essentiellement latentes sur ses participations, SpaceX citée nommément, ainsi qu'une mystérieuse "société privée". Sans ce coup de pouce, le bénéfice par action retombe autour de 2,85 USD, à peu près le consensus. Le meilleur placement IA de Google ce trimestre aura été de miser sur les autres.
205 MdsUSD et toujours locataire
Le chantier, au moins, a des clients qui se bousculent au portillon. Le cloud bondit de 82% à 24,8 MdsUSD, dégage 35,6% de marge opérationnelle, et 514 MdsUSD de contrats signés attendent d'être servis.
Le hic tient au calendrier. Le cash sort aujourd'hui, l'essentiel des revenus des TPU déjà commandés n'arrivera qu'en 2027. Alphabet achète des puces et coule du béton avant que les tokens ne remboursent le chantier. Et comme le béton n'a pas encore pris, elle louera de la capacité de calcul chez des tiers dès le 3e trimestre.
En février, Gemini 3.1 Pro plaçait Google en tête de l'Intelligence Index d'Artificial Analysis. Depuis, le barème a changé et la concurrence aussi. Claude Opus 5 affiche 61 points, le meilleur Gemini du moment 50. Détail piquant, Opus est signé Anthropic, dont Google vend les modèles sur son propre cloud et détient une part du capital. La "société privée" de tout à l'heure, très probablement. Sundar Pichai mise désormais sur Gemini 4, encore à l'entraînement.
Lundi, la start-up pékinoise Moonshot a corsé l'addition en rendant son modèle Kimi K3 librement téléchargeable, 57 points au même classement, sept de mieux que le meilleur Gemini. Les poids sont en téléchargement libre.
Le titre a rendu 7% le lendemain de la publication, avant de reprendre son souffle. Meta et Microsoft publient ce soir, Amazon demain. A eux quatre, les hyperscalers prévoient plus de 725 MdsUSD d'investissements cette année.
Alphabet n'est donc pas un cas isolé. Le groupe reste très bien placé pour gagner de l'argent avec l'IA, ce qui n'est pas la même chose qu'avoir la meilleure IA. Quant à savoir où est passé le cash, Sundar Pichai peut poser la question à Gemini. Pour la réponse, il faudra peut-être attendre la version 4.



















