Les 2 084,6 millions d'euros facturés au premier semestre représentent une progression de +18,3% en publié et de +20,0% à périmètre et changes constants, l'écart entre les deux se refermant à mesure que la pression du dollar s'atténue : l'effet de change retirait 3,0 points de croissance au premier trimestre, il n'en coûte plus que 0,2 au deuxième. Le trimestre d'avril à juin ressort à 1 093,9 millions d'euros, soit 200 millions d'euros de plus qu'un an auparavant, après un premier trimestre à +17,2%. Le ralentissement de la fin 2025, jusqu'à +14,7% au quatrième trimestre, se relit désormais pour ce qu'il était, une base de comparaison devenue exigeante plutôt qu'un essoufflement de l'activité.

L'expansion du groupe s'est longtemps nourrie pour moitié de rachats, et c'est ce qui rend le tableau de passage aux données comparables presque amusant à lire : la colonne réservée à l'effet de périmètre porte la mention "n/a" sur les trois périodes présentées. Les 323 millions d'euros de facturation supplémentaire du semestre sortent donc intégralement d'entrepôts que le groupe a remportés en appel d'offres, équipés et mis en route lui-même, pendant qu'Eric Hémar se disait encore, en mai, à l'affût de cibles à prix raisonnable.

Vingt-cinq millions d'écart

L'Amérique du Nord facture 439,6 millions d'euros sur le semestre, en hausse de +46,3% en organique, et le deuxième trimestre accélère encore, à +51,5% après +40,6% en début d'année. La zone pèse désormais 236,4 millions d'euros sur le trimestre, contre 261,5 pour la France : vingt-cinq millions d'euros séparent le relais de croissance du bastion historique, et l'Amérique du Nord a ajouté 77 millions d'euros de facturation trimestrielle en un an quand la France en gagnait 16, ce qui ramène le croisement à une affaire de trimestres.

L'Europe hors France, 47% du chiffre d'affaires semestriel et socle du groupe, accélère de +17,3% au premier trimestre à +22,0% au deuxième, tirée par l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Espagne et la Pologne, où les flux physiques et en ligne de Natura, distributeur de produits de beauté fort de plus de deux cents magasins, viennent d'être confiés au groupe sur 8 500 mètres carrés au sud-ouest de Varsovie. La France avance de +5,7% sur le semestre, +6,5% au printemps, ce qui pour un marché mature n'a rien de décevant, même si son poids reflue vers 24% du total. Les autres zones, 8% de l'activité, progressent de +13,8%, portées par le e-commerce brésilien.

Toronto, Melbourne, la même méthode

Melbourne d'abord. ID Logistics y ouvre son vingtième pays sur un site de 86 000 mètres carrés employant 550 personnes, en accompagnant son client leader mondial du e-commerce, fidèle à une habitude prise dès sa deuxième année d'existence, quand le groupe s'implantait à Taïwan : on n'entre dans un pays que derrière un client déjà servi ailleurs, qui vous y invite. Les quatre autres démarrages que le communiqué prend la peine de nommer racontent la même mécanique à des stades différents. Un deuxième site canadien de 100 000 mètres carrés ouvre dans la région de Toronto, 700 personnes à terme, moins d'un an après l'entrée dans le pays ; SC Johnson confie un deuxième site américain de 80 000 mètres carrés près de Chicago ; un leader mondial de la nutrition animale étend son partenariat sur 36 000 mètres carrés dans le sud de la France ; Natura complète le tableau en Pologne.

Un client satisfait d'un premier entrepôt en confie un deuxième, puis suit son prestataire de pays en pays, et changer de logisticien devient, au fil des sites partagés, une opération que peu de directions supply chain ont envie de chiffrer.

Additionnées, ces cinq opérations représentent 310 500 mètres carrés et plus de 1 500 emplois à terme, environ 3% de la surface que le groupe exploite déjà, pour cinq dossiers sur les dix-sept lancés depuis janvier, dont douze au seul deuxième trimestre. Les douze autres n'ont pas eu droit à un paragraphe, ce qui donne la mesure de la banalité qu'a prise l'exercice dans une maison qui pilote 450 sites, dix millions de mètres carrés et 55 000 collaborateurs depuis Orgon, dans les Bouches-du-Rhône.

De la visibilité pour la suite

Un entrepôt ne facture pas grand-chose l'année où il ouvre. Le recrutement, la formation et l'installation des équipements précèdent les volumes, et la marge normative n'arrive qu'au bout de douze à dix-huit mois de montée en charge. La croissance de 2026 se fabrique donc pour l'essentiel dans les sites lancés en 2025, ces vingt-sept ouvertures dont le coût avait valu au titre une sanction de 7% au moment des comptes annuels, un malentendu que le printemps est en train de dissiper : le +22,6% d'avril à juin est, pour une large part, la facturation de ces chantiers-là. Les dix-sept dossiers de ce semestre rejouent la séquence avec un an de décalage, pèsent aujourd'hui sur la marge publiée et nourriront le chiffre d'affaires de l'an prochain, si bien qu'une partie de la croissance organique de 2027 dort déjà dans des baux signés et des équipes en cours de recrutement, forme de visibilité que peu de dossiers de croissance peuvent revendiquer. Eric Hémar, président directeur général et fondateur, anticipe "une nouvelle année de forte croissance organique", ce qui, dans une maison qui ne publie jamais d'objectif chiffré, tient lieu de perspective.

Le doute se loge exactement au même endroit. Le modèle ne tient que si le flux d'appels d'offres se maintient, chaque génération de sites en montée en charge étant portée par la précédente, devenue rentable entre-temps. Une pause dans les gains de contrats laisserait remonter la rentabilité que les démarrages masquent, au prix de la croissance que le marché rémunère. Le directeur financier avait donné l'échelle de ce mécanisme devant les analystes en mars 2024 : un arrêt hypothétique de tout nouveau projet libérerait environ un point de marge en dix-huit mois, de l'ordre de 20% de bénéfices supplémentaires sans effort commercial. L'exercice de pensée n'a jamais eu vocation à devenir un objectif, mais il chiffre ce que la croissance coûte en apparence à la rentabilité affichée.

Le 26 août

Les résultats semestriels complets diront ce que les dix-sept lancements ont coûté à la marge opérationnelle, attendue autour de 4,5% sur l'exercice contre 4,42% en 2025. Ce même chiffre servira de test au programme d'intelligence artificielle AI4ID, déployé depuis 2024 dans l'ensemble des pays : une marge qui s'installerait au-dessus de ce seuil malgré un rythme d'ouvertures soutenu signalerait que l'outil rapporte au-delà du gain mécanique que la maturation des sites apporte d'une année sur l'autre. Le reste se lira au fil de l'eau, dans le tempo des démarrages du second semestre, dont dépend la part de la croissance 2027 qui n'est pas encore écrite, et dans le trimestre, désormais proche, où l'Amérique du Nord passera devant la France.

A ce régime, l'entreprise qui a facturé 3,7 milliards d'euros en 2025 mettrait moins de quatre ans à doubler de taille sans acquisition majeure, et c'est ce calendrier, davantage que le millésime en cours, que les chantiers de l'année préparent. Et pendant que le marché se demande combien de temps une telle cadence peut tenir, la direction, elle, forme déjà deux fois plus de directeurs de site, le vivier qu'exigera le doublement de taille les prochaines années.