La BCE devrait cette semaine maintenir ses taux d’intérêt pour la septième fois d’affilée, dans un contexte de retour de l’inflation lié à la guerre en Iran.
Jeudi, la BCE devrait donc continuer à afficher une rhétorique hawkish et laisser le marché faire le travail pour elle. En effet, les taux (courts et longs) sont fortement remontés depuis fin février. Le resserrement monétaire a donc déjà eu lieu puisque les coûts de financement sont plus élevés pour les entreprises et les Etats.

Mais ce jeu ne peut durer qu’un temps. Face à une inflation élevée, la BCE devra in fine agir. "Le public pourrait avoir du mal à comprendre une fonction de réaction qui ne réagit pas", admettait Christine Lagarde fin mars.
Le conflit au Moyen-Orient a provoqué une envolée des prix de l’énergie, qui touche particulièrement l’Europe, très dépendante des importations d’énergies fossiles. En mars, l’inflation en zone euro a grimpé à 2.6%, son plus haut niveau depuis juillet 2024.
Ainsi, si la BCE devrait passer son tour ce mois-ci, une majorité d’économistes interrogés par Reuters s’attend à une hausse de taux en juin. C’est aussi ce qu’anticipent les marchés. Au total, deux hausses de taux de 25 points de base sont pricées pour 2026.
La Banque centrale européenne reste hantée par la flambée inflationniste de 2022. La BCE, avait alors estimé que l’inflation était transitoire et tardé à réagir. Mais comme nous l’avons plusieurs fois souligné dans ces colonnes, le contexte est bien différent de 2022. Dans les deux cas, il y a un choc énergétique. Mais en 2022, nous étions dans une phase de reprise post-pandémie. La demande était forte, ce qui a accentué le choc inflationniste.
Aujourd’hui, l’économie européenne est bien plus faible, et des hausses de taux risquent de freiner davantage la croissance. En avril, le PMI composite de la zone euro s’est établi à 48.6. Un chiffre bien en dessous des attentes, et surtout qui signale que l’activité se contracte. Et la semaine dernière, le gouvernement allemand a réduit de moitié sa prévision de croissance pour 2026, passant de 1,0% à 0,5%.
La dernière enquête de la BCE sur l'accès au financement des entreprises (SAFE), publiée lundi, montre aussi qu’il y a peu de risques d’effets de second tour sur l’inflation. Les entreprises s’attendent notamment à un ralentissement de la croissance des salaires. Sur les marchés, les mesures d’anticipations d’inflation à long terme (5y5y) restent ancrées.
Enfin, il faut signaler que l’ampleur du choc énergétique est malgré tout moindre qu’en 2022. Le prix du gaz est par exemple deux fois plus faible qu’à la même période en 2022.
Si le traumatisme de 2022 est encore bien présent dans les esprits, l’histoire de la BCE est aussi marquée par deux autres erreurs de politique monétaire : 2008 et 2011. Deux cas où la BCE a remonté ses taux face à la flambée des cours du pétrole, avant de finalement devoir les baisser quelques mois plus tard. Plusieurs économistes anticipent déjà que la BCE devra baisser ses taux, après les avoir relevés. Bank of America s’attend ainsi à deux baisses de taux de la BCE en 2027.




















